Londres menace l'Iran après l'invasion de son ambassade

le
0

par Robin Pomeroy

TEHERAN (Reuters) - Le calme est revenu mardi soir à Téhéran où plusieurs dizaines d'étudiants ont envahi deux bâtiments de l'ambassade de Grande-Bretagne pour protester contre les nouvelles sanctions de Londres, qui a menacé l'Iran de "graves conséquences".

"L'attaque de l'ambassade britannique de Téhéran aujourd'hui est scandaleuse et inexcusable. L'incapacité du gouvernement iranien à protéger le personnel et les biens britanniques est honteuse", a lancé David Cameron dans un communiqué.

"Le gouvernement iranien doit savoir que l'incapacité à protéger notre personnel aura de graves conséquences. Nous réfléchirons à ces mesures dans les jours qui viennent", a ajouté le chef du gouvernement britannique, qui avait auparavant convoqué un conseil des ministres extraordinaire.

Les manifestants ont escaladé les grilles du bâtiment principal de la mission, brûlé l'Union Jack et hissé à la place le drapeau iranien, selon l'agence de presse Mehr. Une fois à l'intérieur, ils ont jeté des dossiers par les fenêtres et lancé des cocktails Molotov.

L'un d'eux s'est emparé d'un portrait de la reine Elizabeth et un autre a emporté les armoiries royales sous les yeux des forces de l'ordre. Certains brandissaient des portraits de l'ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de la Révolution et des drapeaux symbolisant le martyr.

Des affrontements ont ensuite éclaté entre la centaine de manifestants encore massés devant la mission diplomatique et la police qui tentait de les disperser à coups de grenades lacrymogènes, mais ils sont parvenus pénétrer une deuxième fois dans les locaux, indique l'agence Fars.

Un autre groupe de manifestants est parvenu à pénétrer dans une annexe de l'ambassade située dans le nord de la ville et s'est emparé de documents confidentiels, selon l'agence de presse Irna. Le personnel de l'ambassade a réussi à fuir quelques minutes avant l'intrusion des manifestants.

"Les forces de sécurité ont pu fermer les portes et ils ne laissent personne entrer", rapporte Irna.

ULTIMATUM

Selon l'agence Isna, près de 200 personnes se trouvaient à l'extérieur du bâtiment situé dans le jardin Qolhak. Une école allemande voisine a également été endommagée, indique Berlin.

Les manifestants ont quitté les deux sites dans la soirée, rapportent les agences. "Après un ultimatum des forces de l'ordre aux étudiants, la manifestation a cessé devant le bâtiment principal de l'ambassade", relate une dépêche de Fars, tandis qu'Isna annonce le départ de la foule sur le deuxième site.

"Nous tenons le gouvernement iranien responsable en raison de son incapacité à prendre les mesures nécessaires pour protéger notre ambassade, comme il est tenu de la faire. Il y aura assurément d'autres conséquences graves", dit William Hague, chef de la diplomatie britannique, dans un communiqué.

Aucun membre du personnel diplomatique ne manque à l'appel, ajoute le secrétaire au Foreign Office. Selon les agences de presse iraniennes, six Britanniques ont été brièvement retenus en otages pendant l'intrusion, mais l'information a été démentie de source britannique. William Hague a quant à lui évoqué une situation confuse, ajoutant que le terme d'otages ne lui semblait pas approprié.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a regretté l'incident. "Nous respectons les règles internationales sur la sécurité et l'immunité du personnel et des sites diplomatiques et sommes déterminés à les faire respecter", ajoute-t-il dans un communiqué repris par Isna.

Un haut fonctionnaire iranien a en outre assuré que les autorités n'avaient rien à voir avec ces intrusions.

Le Conseil de sécurité de l'Onu les a condamnées "dans les termes les plus vifs", tout comme la Maison blanche. Une porte-parole de Catherine Ashton, haute représentante de l'Union européenne pour les Affaires étrangères et la sécurité commune, les a jugées "totalement inacceptables".

SANCTIONS

Lundi, un projet de loi révisant à la baisse les relations diplomatiques et économiques entre l'Iran et la Grande-Bretagne a été entériné par le Parlement de Téhéran.

Cette décision entraînera le départ d'ici deux semaines de l'ambassadeur de Grande-Bretagne et son remplacement par un chargé d'affaires.

William Hague avait déclaré que Londres répliquerait "avec vigueur" à une réduction des relations diplomatiques entre les deux pays.

La Grande-Bretagne a pris des sanctions contre la République islamique après la publication le 8 novembre d'un rapport de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) selon lequel l'Iran travaille à la conception d'une bombe nucléaire. Téhéran a rejeté les conclusions de l'AIEA, jugeant son rapport inspiré par des considérations politiques.

La semaine dernière, Londres a rompu tous les liens entre son secteur financier et les banques iraniennes, y compris la banque centrale iranienne.

Avec Mohammed Abbas à Londres Guy Kerivel, Marine Pennetier et Jean-Philippe Lefief pour le service français

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant