Londres juge probable qu'une bombe a détruit l'A321 russe

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(Actualisé avec Obama) par Paul Sandle LONDRES, 6 novembre (Reuters) - Il est de plus en plus probable que la catastrophe aérienne qui a fait 224 morts samedi dernier en Egypte a été provoquée par une bombe, a déclaré jeudi le Premier ministre britannique David Cameron. "Nous ne pouvons pas être certains que l'avion de ligne a été détruit par un attentat terroriste à la bombe mais cela semble être de plus en plus le cas", a dit le chef du gouvernement britannique qui recevait à Londres le président égyptien Abdel Fatah al Sissi. S'exprimant pour la première fois publiquement au sujet de la catastrophe, le président américain Barack Obama a pour sa part dit à la radio KIRO/CBS News, reprise par la chaîne CNN, qu'il y avait une "possibilité" qu'elle ait été causé par une bombe placée à bord de l'appareil. Lors d'une conversation téléphonique, le président russe Vladimir Poutine a dit à David Cameron qu'il était important que l'analyse des causes de la catastrophe soit fondée sur des données recueillies par l'enquête officielle et non sur des spéculations, a rapporté l'agence Interfax. L'Egypte, dont le tourisme constitue une des plus importantes sources de revenus, a affirmé qu'il n'y avait aucune preuve qu'une bombe était en cause. Le groupe Province du Sinaï, branche locale de l'EI, "a revendiqué la responsabilité du crash de l'avion russe", a rappelé quant à lui le secrétaire au Foreign Office, Philip Hammond, sur Sky TV. "Il l'a fait juste après la catastrophe. Nous avons examiné l'ensemble des informations, dont cette revendication, mais aussi beaucoup d'autres, et avons conclu que c'était hautement probable." L'A321 qui s'est écrasé dans le Sinaï peu après son décollage de la station balnéaire de Charm el Cheikh appartenait à la compagnie russe Metrojet, qui a annoncé jeudi la suspension de l'exploitation de ce modèle pour procéder à des vérifications. Le groupe Province du Sinaï, qui dit avoir agi en représailles à l'intervention russe en Syrie, a renouvelé mercredi sa revendication mais Le Caire et Moscou continuent à contester cette version, pourtant privilégiée par les autorités américaines et européennes, selon des sources proches des services de sécurité. Toutes les théories avancées à ce jour relèvent de la spéculation, a réaffirmé jeudi Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin. Les compagnies aériennes russes, a-t-il ajouté, continueront à desservir Charm el Cheikh. MOSCOU PARLE DE RUMEURS "Nous l'avons déjà dit et nous le répétons une nouvelle fois: seule l'enquête peut permettre de se prononcer sur les théories relatives aux causes de la catastrophe", a dit Dmitri Peskov. "Jusqu'à présent, les enquêteurs n'ont rien dit (qui aille dans ce sens). Toute déclaration de ce genre s'appuie sur des informations qui n'ont pas été vérifiées ou sur des rumeurs", a ajouté le porte-parole russe. Allant dans le même sens, le ministre égyptien chargé de l'Aviation civile, Hossam Kamal, a indiqué que rien à ce stade ne permettait de dire qu'il y avait eu une explosion à bord. "L'équipe d'enquêteurs n'a à ce jour aucune preuve ou donnée qui confirme cette hypothèse", a-t-il dit. Le ministère russe des Affaires étrangères a déploré pour sa part que les Britanniques n'aient pas transmis au Kremlin les éléments qui pourraient être en leur possession sur la tragédie de samedi. "Le gouvernement britannique ne nous a donné aucune information", a dit à l'agence Tass Maria Zakharova, porte-parole du ministère. "S'ils (les Britanniques) ont des informations et qu'ils les gardent pour eux, c'est vraiment choquant", a-t-elle ajouté. Le Kremlin a fait savoir jeudi que Vladimir Poutine et David Cameron s'étaient entretenus par téléphone dès le week-end dernier de la destruction de l'Airbus. Le président russe a souligné à cette occasion que les déclarations sur les causes de ce drame devaient être fondées sur les éléments de l'enquête officielle, non sur des spéculations. Selon Alexandre Neradko, directeur de l'aviation civile russe, les premières conclusions de l'enquête ne sont pas attendues avant plusieurs mois. L'équipe qui en est chargée va chercher d'éventuelles traces d'explosif, a-t-il précisé. VOLS SUSPENDUS La Grande-Bretagne a annoncé mercredi la suspension de ses vols au départ et à destination de Charm el Cheikh. L'Irlande, les Pays-Bas et l'Allemagne ont fait de même. Selon ABC News, le département de la Sécurité intérieure américaine devrait appeler dès ce vendredi à un renforcement de la sécurité de certains aéroports étrangers offrant des vols directs vers les Etats-Unis. Jeudi, le ministre égyptien du Tourisme, Hecham Zaazou, a jugé cette décision "injustifiée" mais le président Sissi a dit "comprendre" les inquiétudes de la Grande-Bretagne pour la sécurité de ses ressortissants. S'il s'avérait que l'A321 avait été détruit par une bombe, ce serait un coup dévastateur pour l'industrie touristique égyptienne, qui se remet à peine de plusieurs années de turbulences politiques. Les actions des tours-opérateurs Thomas Cook TCG.L et TUI Group TUIT.L ont chuté à la suite des propos de David Cameron, de respectivement 7,3% et de 0,7% Pour Constantin Kosatchev, président de la Commission des Affaires étrangères de la Douma, la chambre basse du Parlement russe, la suspension des vols est en fait un moyen détourné pour Londres de condamner l'intervention russe en Syrie. "Il y a une opposition géopolitique aux initiatives russes en Syrie", a-t-il déclaré. David Cameron a assuré jeudi que tout était fait pour pouvoir rétablir aussi vite que possible les liaisons entre le Royaume-Uni et la péninsule du Sinaï. Son ministre des Transports, Patrick McLoughlin, a dit espérer que les vols au départ de Charm el Cheikh à destination de la Grande-Bretagne pourraient reprendre dès vendredi. Le directeur de l'aéroport de Charm el Cheikh a été promu. En plus de ses fonctions actuelles, le capitaine Abdoul Wahhab Ali a été nommé directeur adjoint des autorités aéroportuaires nationales "en raison de ses qualifications et de ses qualités", a annoncé jeudi son nouveau supérieur. Citant un responsable américain sans le nommer, la chaîne d'information américaine CNN a rapporté mercredi que la chute de l'A321 russe était vraisemblablement imputable à une bombe posée par l'EI ou un groupe affilié. Michael McCaul, président de la commission de la sécurité intérieure à la Chambre des représentants, a également jugé jeudi que cette thèse était la plus probable. La Russie a commencé jeudi à enterrer les victimes de la catastrophe. A Saint-Pétersbourg, notamment, ont eu lieu les obsèques d'Alexeï Alexeïev, 31 ans, qui travaillait pour une société de climatisation et rentrait de vacances. (Avec Omar Fahmy, Andrew Osborn, Stephen Addison et Katya Golubkova; Jean-Philippe Lefief et Guy Kerivel pour le service français)


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