« Loi Macron sur l'activité : quels impacts possibles ? » par Christian Saint-Etienne (Cercle des économistes)

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L'ouverture des professions réglementées apportera plus d'efficacité mais ne créera pas beaucoup d'emplois en net.
L'ouverture des professions réglementées apportera plus d'efficacité mais ne créera pas beaucoup d'emplois en net.

Le Ministre de l'économie, Emmanuel Macron, présentera son projet de loi dite « sur l'activité » dans quelques jours en Conseil des ministres. Selon Christian Saint-Etienne, si les mesures prévues peuvent être à la hauteur des enjeux, elles entraineront de profondes mutations qu'il conviendra d'accompagner.

L'objectif de la loi Macron est de relancer l'économie sans argent public en pariant sur la mise en concurrence des professions réglementées et en ouvrant les possibilités de travail le soir et le dimanche. On sait que la France est un des pays développés souffrant d'un des niveaux de réglementation anti-compétitive les plus élevés. La concurrence sert à enrichir l'offre de produits et services au moindre prix en favorisant l'innovation. Par exemple, Air France s'est endormie sous des couches de protection et ses salariés ne lui permettent pas de résister aux low costs.

Toutefois, les estimations de croissance parfois présentées à la suite d'un éventuel déverrouillage de l'économie sont trop fortes. Ouvrir les professions réglementées ne doit pas se faire au détriment de la sécurité. Les pharmacies ont été réglementées pour éviter les médicaments frelatés. Les notaires assurent la sécurité des transactions et le pourcentage des transactions notariées qui sont contestées est de l'ordre de trente fois moins en France que pour les transactions non notariées au Royaume-Uni.

C'est surtout la distribution et le commerce qu'il faut faire évoluer. La distribution alimentaire et produits associés est assurée par cinq groupements. Il faut faire évoluer ce système sans déstabiliser le commerce de centre-ville et sans réduire la pression à la baisse des prix.

La libération du transport en autocar ne semble avoir que des avantages mais il faut anticiper la fermeture de plusieurs milliers de kilomètres de voies ferrées non compétitives. Car si on s'oppose à ce mouvement, on fera exploser le coût du transport en train.

La liberté d'installation des notaires et des huissiers ne peut se faire en tolérant une baisse de la qualité de ce quasi service public. Il faut gagner en efficacité en baissant les marges sans réduire la sécurité des transactions. Il faut aussi comprendre que, paradoxalement, une ouverture de ces professions peut conduire à une concentration du secteur...

Au total, tout ce mouvement de libération est utile pour faire respirer le pays et renouveler l'offre compétitive, mais il faudra accepter les mutations associées, par exemple faire baisser le nombre de cheminots de 30 ou 40 000 alors que les services d'autocar pourraient créer de 60 à 70 000 emplois. On aura donc plus de flexibilité et un système plus efficace, mais on ne créera pas forcément beaucoup d'emplois en net, au moins dans un premier temps.

L'ouverture des marchés est souhaitable mais ce ne sera pas le remède miracle aux maux de la France surtout si l'on ne réforme pas la fiscalité et le droit social.

Christian Saint-Etienne

Christian Saint-Etienne est professeur titulaire de la Chaire Jean-Baptiste Say d'économie industrielle au Conservatoire national des Arts et Métiers, président de l'Institut France stratégie. Docteur d'Etat es Sciences économiques il a été économiste au FMI et à l'OCDE.

Ses principaux domaines d'expertise sont : Politique monétaire et financière ; finances publiques et fiscalité ; stratégie et compétitivité des Etats et des entreprises.

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd'hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l'initiative repose sur une conviction commune : l'importance d'un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

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  • y.batard le mercredi 3 déc 2014 à 10:20

    je n'ai même pas lu ses propositions: ce type est d'un autre âge. Je l'ai regardé/écouté dans l'émission BFM avec C. Sannat et A. Madelin, il est juste hallucinant !! Assurément, un excellent théoricien (rappelons-nous le recours à d'excellents théoriciens tels que les prix nobel chez LTCM...). Il oppose à lui-même sans s'en rendre compte les objections à ses idées surannées. Par contre, en effet, belle carrière universitaire mais concrètement?

  • LERINS le mardi 2 déc 2014 à 14:22

    Ce n'est pas avec des réformettes que l'on évitera la faillite causée principalement par un gaspillage de l'argent public, une logique d'assistanat, une réglementation ubuesque et une fiscalité délirante pour tenter vainement de financer tout cela. La seule planche de salut étant l'investissement privé, il serait grand temps d'adopter sans tarder le principe fiscal décrit dans le blog intitulé : REMBOURSER LA DETTE PUBLIQUE SANS APPAUVRIR LES CITOYENS.

  • lorant21 le mardi 2 déc 2014 à 13:40

    Une loi inutile et inutilisable comme les accords sur le maintien de l'emploi (aucune sécurité juridique, parcours du combattant). Ce sera pareil pour le CICE ou les lois Macron. 5 ans de perdus.

  • knbskin le mardi 2 déc 2014 à 12:09

    En fait, M64315, de fil en aiguille, on est passés d'un système "assurantiel" (le fameux "modèle social" français, né en 1945) où prestations et cotisations sont équilibrées, à un modèle "redistributif" où on augmente sans cesse les impôts des "riches" (plus de 2000 Euros par mois) pour nourrir prétendument les "plus fragiles" (moins de 2000 Euros par mois) mais surtout la grande armée des inutiles (politiques et fonctionnaires surnuméraires ...) ! :(

  • ccoudra2 le mardi 2 déc 2014 à 12:06

    Le sondage du jour de Boursorama: Le budget consacré aux dépenses de Noël serait d'environ 500 euros par personne en France. Quel sera le vôtre cette année ?Je ne crois pas mes yeux. 500 euros par personne !! cela fait plus de 32 500 000 000 d'euros pour fêter Noël (32.5 milliards d'euros).... et certains disent que l'on est en crise/austérité en France !!!!!

  • M64315 le mardi 2 déc 2014 à 12:04

    Au début, il y avait des prestations sociales versées aux salariés, et payées par des cotisations sociales des salariés. Rien à dire, ça marchait bien. Puis on a augmenté les prestations, et il a fallu augmenter les cotisations des salariés. Puis les prestations ont encore augmenté, mais on ne pouvait plus ponctionner les salariés, alors on a ponctionné les employeurs. Puis, comme ça ne suffisait pas, on a ponctionné tous les contribuables.

  • M64315 le mardi 2 déc 2014 à 11:58

    On ne peut pas accepter ce qu'écrit M8252219. Non, tous les français ne bénéficient pas de l'assurance chômage. Non, tous les français ne bénéficient pas des prestations sociales. Pourtant, tous les français payent les prélèvements sociaux. Par exemple, si j'ai un PEA, je paye plus de 15% de prélèvements sociaux, et ça me donne droit à quoi ? A rien du tout. Alors ne dites pas qu'il faut ajouter une TVA sociale quand il y a déjà des prélèvement sociaux qui ne cessent d'augmenter.

  • fouche15 le mardi 2 déc 2014 à 11:41

    Pour la fiscalité je suis d'accord avec C Saint-Etienne, il y a 6 fiscalités lors de la vente d'entreprises depuis 2012. La taxe sur l'épargne est la TMI ou le prélèvement libératoire de 21 ou 24 %, les PS de 15,50 %, l'IPV s'assimilant à un revenu et taxable comme tel !!! les DMTO et DMTG sans oublier l'ISF... Bientôt une taxe sur les résidences secondaires et peut-être le retour de la taxe sur les revenus fictifs sur l'occupation d'une résidence principale. Goulag ou enfer fiscal?

  • fouche15 le mardi 2 déc 2014 à 11:37

    160 000 fonctionnaires partant en retraite par an non remplacés pendant dix de suite cela représente 7,2 milliards par et 72 milliards dans 10 ans. Avions-nous besoin de ces 1,6 millions de fonctionnaires avant Mitterrand et Chirac ? La France fonctionnait-elle moins bien ? En tout cas il y avait moins de paperasserie dans nos entreprises et compte à rendre à ces gens. On peut donc s'en passer

  • voeuxplu le mardi 2 déc 2014 à 11:15

    Oui M8252219. 100% d'accord !