Logement social : les maires récalcitrants

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Ces élus invoquent l'absence de foncier et mettent aussi en avant l'opposition des habitants à la construction de logements sociaux.

Impossibilité matérielle ou choix politique délibéré? Les maires qui n'atteignent pas les 20 % de logements sociaux prévus par la loi - seuil porté à 25 % dans le nouveau projet - récusent, dans leur très grande majorité, l'accusation de traîner des pieds et plaident la bonne foi.

L'objectif de 20 % de logements sociaux d'ici à 2020 s'applique à toutes les communes de plus de 1500 habitants en Ile-de-France. Or, plusieurs communes résidentielles de la région demeurent très en deçà de ce chiffre. Jean-Christophe Fromantin, député maire (divers droite) de Neuilly-sur-Seine, une ville qui comprend moins de 5 % de logements sociaux, explique cette situation par «l'absence de foncier disponible» dans sa commune. «Nous n'avons pas un seul terrain de libre, argumente-t-il. Et on ne trouve pas, à Neuilly, d'immeuble vétuste qui nécessiterait d'être détruit et reconstruit.» Pour lui, la loi devrait apprécier les efforts des communes en tenant compte de «leur potentiel foncier» et non pas de «leur potentiel fiscal».

Certes, il a pu arriver que le maire d'une ville importante d'Ile-de-France assume publiquement son refus d'appliquer le quota de 20 % de logements sociaux. Maire de Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne) de 1977 à 2008, Jean-Louis Beaumont (divers droite) affichait sa volonté de «protéger» sa ville de 75.000 habitants contre «le fléau des grands ensembles à la Le Corbusier» qui, selon lui, auraient «défiguré» les communes des environs.

Le nouveau maire de Saint-Maur-des-Fossés, Henri Plagnol (UMP), marque au contraire son intention que sa commune ne figure plus parmi les récalcitrants. Mais l'ancien secrétaire d'État explique volontiers qu'il privilégie la construction de «petites résidences sociales bien intégrées dans l'urbanisme» pavillonnaire. En termes châtiés, Henri Plagnol rend compte des inquiétudes de ses administrés, qui «ne veulent pas qu'on dévalorise leur patrimoine immobilier».

20 % de logements sociaux

Les défenseurs du quota de 20 % de logements sociaux eux-mêmes reconnaissent le bien-fondé de certains arguments en défense des maires pointés du doigt. Au manque de terrains à bâtir en zone urbaine dense et au foncier trop cher s'ajoute l'opposition des riverains, souvent hostiles à la construction de HLM dans leur voisinage. Fédérés en associations de combat, les riverains attaquent fréquemment en justice le permis de construire délivré à un organisme HLM et menacent le maire de le sanctionner dans les urnes aux municipales suivantes.

Éric Raoult, maire UMP du Raincy (Seine-Saint-Denis) qui ne compte que quelque 5 % de logements sociaux, aime à rappeler l'expression américaine not in my backyard - «pas dans mon jardin» - pour illustrer cette hostilité des riverains. «Certains trouvent que je ne fais pas assez de logements sociaux, mais si je leur proposais une HLM à côté de chez eux, je ne suis pas sûr qu'ils accepteraient», se défend l'ancien ministre.

La Ville de Paris elle-même, pourtant dirigée depuis plus de dix ans par le socialiste Bertrand Delanoë et sa majorité de gauche, n'a pas encore atteint l'objectif de 20 % de logements sociaux. Comme d'autres communes dans la même situation, Paris, qui comptait quelque 17 % de logements sociaux en 2010, a préféré financer la réalisation de logements sociaux supplémentaires plutôt que de s'exposer à verser à l'État une forte «amende». Delanoë assure être en passe d'atteindre les 20 % en 2014, notamment en obtenant de l'État la cession de nombreux terrains dans la capitale.

En province, l'objectif de 20 % s'applique à toutes les villes de plus de 3 500 habitants. Antibes, Le Cannet ou Nice (Alpes-Maritimes) comme Arcachon (Gironde) figurent parmi les récalcitrants. De nombreuses petites communes du littoral méditerranéen préfèrent payer les «amendes» que de s'imposer un surcroît de construction de HLM. Au risque de devoir augmenter les impôts locaux pour s'acquitter de ces pénalités financières.

Les maires de ces communes fondent leur plaidoirie sur le refus catégorique des barres exprimé par les habitants. «Avec les projets en cours, on devrait arriver à 10-12 % de logements sociaux, indiquait l'an dernier le maire de Gémenos (Bouches-du-Rhône), Roland Giberti. On ne va pas pousser les maisons actuelles pour faire des tours. Il faut arriver à un juste milieu sans rien défigurer.»

 

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  • calippe3 le jeudi 6 sept 2012 à 18:51

    Dans ma ville on avait une zone de logements sociaux vraiment réussis avec pelouse vallonnée arbres , bien entretenus des clôtures imposées toutes les mêmes c'était joli (maire de droite) aujourd'hui ( maire de gauche) on a construit des petites maisons sur les pelouses avec du grillage en clôture chacun fait comme il veut résultat clôtures sont au bord de la route c'est sans goût et ça a tout gâcher

  • porchert le jeudi 6 sept 2012 à 17:31

    C'est pas qu'il manque des logements, c'est que nous sommes trop nombreux...

  • london le jeudi 6 sept 2012 à 17:02

    Ces maires ont bien raison, les gens ne veulent pas de cette mixité sociale, c'est une idée de gauchiste mais les gens n'en veulent pas !!!

  • gyere le jeudi 6 sept 2012 à 15:33

    @14re259....Les deux mon général!!!

  • finkbro1 le jeudi 6 sept 2012 à 13:42

    200 000 immigrés de plus par an sans compter les illégaux, et il manque de logement, chômage a 10% .... une société schizophrene, où, pour ne pas se faire taxer de racisme, ce qui est ridicule, les politiques se bandent les yeux et oubli d avoir une cervelle en envoyant toute la société française dans le mur. Parcequ il ne s agit pas seulement de pauvreté, mais de toutes les violences et trafic qui pourrissent la vie des citoyens qui eux payent leurs impots pour un si triste résultat.Révoltant

  • JMH01 le jeudi 6 sept 2012 à 13:18

    Faut demander aux Bédouins de Super Cannes de céder qqs ha pour construire pour leurs compatriotes!!

  • paumont1 le jeudi 6 sept 2012 à 13:14

    Si madame Duflot s'occupait un peu plus d'écologie et un peu moins de problèmes de société auxquels elle ne comprend visiblement pas grand chose, les vaches seraient mieux gardées.Que chacun fasse ce qu'il sait faire et laisse les autres travailler sur leurs spécialités.

  • paumont1 le jeudi 6 sept 2012 à 13:11

    je ne suis pas un fan d'Eric Raoult mais sa position peut se défendre.D'autant que le meilleur moyen de mettre en faillite une commune c'est de lui imposer le traitement social dont les habitants des logements sociaux ont besoin...Je ne suis pas sur qu'il ne vaille pas mieux payer l'amende madame Duflot...

  • paumont1 le jeudi 6 sept 2012 à 12:51

    je ne suis pas un fan d'Eric Raoult mais sa position peut se défendre.D'autant que le meilleur moyen de mettre en faillite une commune c'est de lui imposer le traitement social dont les habitants des logements sociaux ont besoin...Je ne suis pas sur qu'il ne vaille pas mieux payer l'amende madame Duflot...

  • supersum le jeudi 6 sept 2012 à 11:35

    Des logements sociaux pour les roms à neuilly, c'est sur que l'on va bien rigoler