Logement : promoteur, prêtre et engagé

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L'association Habitat et Humanisme propose aux plus démunis des solutions à bas prix à travers la construction ou la rénovation de logements.

Créée voilà vingt-sept ans, l'association Habitat et Humanisme est un véritable «ocni», un objet caritatif non identifié. Imaginée par un promoteur immobilier devenu prêtre à 40 ans, Bernard Devert, cette structure non confessionnelle s'appuie sur un outil financier classique (une société foncière) pour lutter contre le mal-logement. Et en estimant qu'il ne faut pas «ajouter de la fragilité à la fragilité», elle implante tous ses programmes immobiliers dans les beaux quartiers.

Après des débuts à Lyon, le mouvement compte aujourd'hui 54 associations locales qui identifient sur le terrain les besoins en logement pour les plus démunis. Les fonds collectés dans chaque région sont investis dans la société foncière d'Habitat et Humanisme et permettent ensuite de financer la construction ou la rénovation de logements.

«C'est à la fois un vrai professionnel de l'immobilier et un vrai professionnel de Dieu», souligne, admiratif, l'économiste Jean-Paul Betbèze, lorsqu'il évoque Bernard Devert. Il soutient d'ailleurs son association depuis de nombreuses années en précisant: «Il suffit de lui confier un pain pour qu'il en fabrique trois.» En effet, pour chaque euro placé dans la Foncière, un euro de financement public est récupéré ainsi qu'un euro de prêt aidé. Au final, 30.000 euros peuvent suffire pour loger une famille. «Mais nous ne réalisons pas autant de miracles que nous l'aimerions», reconnaît Bernard Devert.

Plutôt que de s'appuyer sur la seule générosité de donateurs, le créateur d'Habitat et Humanisme a voulu jouer le jeu classique de l'économie. Tous les ans, la Foncière procède à une augmentation de capital en émettant de nouvelles actions. Il n'y a pas de distribution de dividende mais la valeur de l'action est réévaluée tous les ans, en moyenne de 2 % sur les dix dernières années. Certes, le retour sur investissement n'est pas exceptionnel mais la fiscalité est avantageuse: possibilité de réduction de l'ISF (50 % des versements, plafonnée à 45.000 ¤) ou de leur impôt sur le revenu (18 % des versements, plafond à 100.000 ¤ pour un couple). Cette année encore, la Foncière procède (jusqu'à fin mai) à une augmentation de capital de 4 millions d'euros, à raison de 142 euros par action, pour financer la rénovation ou l'achat de 250 logements.

À l'avenir, l'association compte multiplier ses réalisations et donc ses financements par deux. «Lorsque l'on rencontre, comme je le fais régulièrement, une femme enceinte à la rue ou une famille qui travaille mais ne peut faire face à ses charges, on ne peut que se décider à agir», souligne Bernard Devert. Au-delà des loyers réduits (5 à 6 euros le mètre carré), l'association travaille également sur des formes originales de logements: à proximité du parc de la Tête d'or à Lyon elle a lancé un programme destiné notamment aux étudiants de classes préparatoires ayant de faibles ressources. À Noisy-le-Grand, en région parisienne, un partenariat avec Science Po et une maison de retraite permet de créer un habitat mixte et bon marché pour les étudiants qui rendent quelques services et les retraités. À 65 ans, le prêtre promoteur n'a pas fini de jouer les bâtisseurs.

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