Logement : la «Métropole de Paris» divise les élus

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Le premier ministre souhaite doper la construction de logements en Île-de-France, qui est aujourd'hui au plus bas comme au niveau national.

Le logement, c'est l'acte II du Grand Paris, après le transport. Jean-Marc Ayrault a martelé mercredi son ambition de construire «70.000 logements neufs par an», avec une cible privilégiée, les classes moyennes.

L'enjeu, en Île-de-France, est le même qu'au niveau national: comment doper la construction de logements en France, qui est aujourd'hui au plus bas, alors qu'elle est nécessaire à la fois pour stimuler l'activité économique et pour répondre aux besoins massifs des habitants? Alors même que les moyens sont sur la table, notamment pour l'habitat social financé par les fonds du livret A, les freins sont souvent à rechercher au niveau local, où les élus hésitent à autoriser de nouvelles constructions.

Jean-Marc Ayrault a donc esquissé ses solutions. La première: «Convaincre que le logement collectif, moins consommateur d'espace, moins consommateur d'énergie, est souvent la meilleure solution.» Mais il a aussi et surtout tranché, alors que les élus ne parvenaient pas à s'accorder, en faveur de la création d'une «Métropole de Paris», essentiellement dédiée au logement, dans le cadre du projet de loi de décentralisation qui sera présenté le 10 avril en Conseil des ministres. Cette structure centralisera l'aide à la pierre. Elle sera constituée des présidents de la trentaine d'intercommunalités qui vont être créées dans la zone urbaine de Paris d'ici au 1er janvier 2016. Son objectif, a précisé Jean-Marc Ayrault, n'est pas d'être «une institution de plus», comme le craignent déjà de nombreux élus, mais «un outil qui renforcera l'efficacité des programmes d'aménagement et de logement».

Pour ne pas amplifier le sentiment de la région qu'elle est reléguée aux frontières, Ayrault a indiqué que cette Métropole agira en «cohérence» avec un «schéma régional de l'habitat et de l'hébergement». Les quatre établissements publics fonciers actuels seront en outre «fusionnés en un seul».

«Une politique soviétique»

Les prérogatives des différentes instances restent cependant encore très floues. Les communes vont-elles perdre la main, au profit des intercommunalités, sur le plan local de l'habitat et le plan local d'urbanisme, qui devraient être harmonisés dans le cadre de la loi logement de Cécile Duflot? «L'idée, c'est de forcer la main des maires», affirme la vice-présidente de la région en charge du logement, l'élue EELV Emmanuelle Cosse.

L'existence d'une autorité coercitive en la matière est défendue avec vigueur par le maire PS de Paris, Bertrand Delanoë. Une obligation, avait-il dit lors de ses vœux, pour atteindre les objectifs en termes de logement social. Mais le sénateur PS de Paris Jean-Pierre Caffet, auteur d'un rapport sur le Grand Paris, s'est étonné à la lecture du projet que «rien n'indique que la Métropole de Paris ait effectivement ce pouvoir. Au contraire, a-t-il regretté, elle ressemble à un pôle métropolitain, une structure coopérative entre collectivités territoriales qui repose sur le volontariat…»

Président de l'une des rares «interco» franciliennes de 300.000 habitants, Grand Paris Seine Ouest, le maire UMP de Boulogne, Pierre-Christophe Baguet, se dit déjà convaincu, au contraire, que «tout est largement prévu pour les contraintes avec la mise en place de cette nouvelle infrastructure, véritable machine à gaz qui va déposséder les maires de leur pouvoir, les priver de leurs actions de proximité et leur coûter très cher». Selon lui, alors que son «interco» pourrait absorber 1600 logements de plus par an jusqu'à 2016, la région lui en imposerait 2000. «À partir de 2016, nous n'aurons plus les terrains», prévient-il, dénonçant «une politique à la soviétique suicidaire pour l'intérêt national».

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  • paumont1 le jeudi 7 mar 2013 à 09:52

    assez de ce raisonnement: il faut construire collectif pour polluer moins! que ce soit vrai ou pas ce n'est pas en entassant les gens les uns sur les autres qu'on va résoudre les problèmes...la violence est une question de territoire, si on diminue le territoire de chacun encore davantage, où s'arrêtera le curseur de la violence urbaine?