Logement à partager, un rêve compliqué

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La vogue du co-housing remet au goût du jour l’achat à plusieurs, puisque ces logements partagés se vendent à des tarifs plus accessibles. Mais les freins pratiques restent nombreux.

Vivre dans un superbe manoir pour le prix d’un bel appartement. Cela semble trop beau pour être vrai et c’est pourtant bien ce que font les huit familles britanniques se partageant la demeure historique de Postlip Hall dans le Gloucestershire (sud-ouest de l’Angleterre). Un rêve qui se poursuit depuis plus de quarante ans et auquel on peut même essayer de goûter. Après avoir logé vingt-sept ans sur place, une famille revend en effet son vaste logement de 4 chambres moyennant 427.000 livres (560.000 euros).

Déjà bien ancrée dans les pays anglo-saxons, cette tendance revient aussi au goût du jour par chez nous sous le nom de co-housing ou co-habitat. Le principe est simple: se regrouper entre connaissances, parents ou même entre acquéreurs sans aucun lien afin d’acheter ensemble un grand logement qui sera ensuite découpé en plusieurs parties privatives avec des espaces communs. Une formule attrayante quand les prix de l’immobilier sont élevés ou que le pouvoir d’achat est à plat. «Cette solution a vocation à rester marginale, précise Henry Buzy-Cazaux, président de l’Institut du management des services immobiliers. Mais, contrairement à ce que j’ai pensé à une époque, ce n’est pas une mode mais un mouvement de fond, celui de l’économie participative.»

Achat après la création d’une SCI

La méthode peut s’appliquer aussi bien à la résidence principale (typiquement une maison de maître à répartir en plusieurs lots) qu’à la résidence secondaire, d’autant que les campagnes ne manquent pas d’immenses bâtisses sous-utilisées. Cela revient à créer une copropriété où chacun sera chez lui.

Cet habitat partagé n’a rien à voir avec le sulfureux time-share ou temps partagé. Cette dernière formule, qui a connu bien des déboires, notamment en Espagne, ne consiste qu’à vendre du temps disponible, le propriétaire de l’appartement concerné restant généralement son constructeur promoteur. Le co-habitat est quant à lui un véritable achat immobilier en pleine propriété.

Le site Internet Jerevedunemaison.com s’était, un temps, lancé sur ce créneau. Surfant sur la vogue de l’achat malin, il promettait à ses acheteurs surtout des résidences secondaires avec des prestations bien supérieures à ce qu’ils trouveraient au même tarif dans une vente «classique». Côté pratique, afin d’éviter le statut de l’indivision, l’achat s’effectuait après la création d’une SCI (société civile immobilière) où figurait en annexe le règlement de copropriété. Mais il faut croire que cette tendance reste une niche puisque Jerevedunemaison.com se consacre actuellement plutôt à la recherche de logements pour des ventes tout à fait traditionnelles.

Un budget de 200.000 à 250.000 euros

C’est désormais SharingPart qui a pris le relais en tentant de se focaliser sur la résidence principale. Lancée récemment par une Alsacienne, Christine Gertiser, cette plateforme compte faire trouver preneur à ces grandes maisons dont le prix trop élevé fait fuir les acheteurs. Pour l’instant, l’offre se concentre sur l’Alsace, la région de Nantes et le Sud. Les tarifs quant à eux s’affichent de 250.000 euros (maison de 16 pièces en Dordogne) à 995.000 euros (maison familiale rénovée de 350 m² à Bordeaux). «Nous cherchons des biens de 300 m² au minimum pour un partage à 2 ou 3, souligne Chrstine Gertiser. Sachant que la plupart des acheteurs disposent d’un budget de 200.000 à 250.000 euros, cette méthode rend accessible un grand nombre de maisons.»

Le site sélectionne les biens et aiguille les acheteurs potentiels vers un agent immobilier. Pour l’instant, aucune bente n’a encore été conclue mais l’entrepreneuse est persuadée que la tendance s’installe comme c’est déjà le cas chez les Anglo-Saxons et les Scandinaves. Elle reconnaît cependant que les Français restent plus attachés que d’autres à une propriété privée plus cloisonnée.

«La formule me semble plus adaptée à la résidence secondaire que principale, souligne Henry Buzy-Cazaux. Il y en a beaucoup qui sont vastes et sous-utilisées et, surtout, les risques sont moins forts que la communauté des occupants ne vole en éclats après une mutation ou un divorce.» Car toute la difficulté de cet exercice consiste à penser à la sortie de cette copropriété dès l’entrée pour éviter qu’une défection ne fragilise tout le modèle. Des précautions qui passent par le bon choix des cohabitants et par une structure juridique adaptée. «La SCI n’est pas incontournable, estime pour sa part Henry Buzy-Cazaux. Elle a souvent été détournée de sa vocation initiale. Un achat classique en indivision fait très bien l’affaire quand la communauté n’est pas trop vaste.»

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