Locataires et propriétaires : 250 ans de relations tumultueuses

le
10

INTERVIEW - Une chercheuse du CNRS retrace cette relation française passionnée qui a débuté à la fin du XVIIIe siècle. Loyers, droits, luttes... Au fil des décennies tout s’est complexifié. Le Figaro Immobilier vous raconte l’histoire avec l’auteur.

Les gentils locataires et les vilains propriétaires. Cette phrase pourrait faire office de titre pour un livre enfantin avec de jolis dessins. Pourtant, c’est cette idée très simple qui caractérise la vision très manichéenne de la relation tumultueuse entre les locataires et les propriétaires. L’imaginaire commun est ainsi fait: d’un côté les locataires, bolcheviks et révolutionnaires, de l’autre les propriétaires, qui ne pensent qu’à fixer un loyer le plus élevé possible.

Dans un livre intitulé «Locataires et propriétaires, Une histoire française»*, Danièle Voldman, directrice de recherches au CNRS, explique cette relation complexe - qui l’est de plus en plus au fil des décennies - entre deux entités que tout semble opposer. Elle a expliqué au Figaro Immobilier les grandes étapes de cette relation durable et conflictuelle.

LE FIGARO. - Depuis quand les locataires et propriétaires s’opposent-ils?

DANIÈLE VOLDMAN. - «On» les oppose depuis assez peu de temps: ce n’est que dans les années 1980/90 que l’on véhicule des messages politiques, publics, qui expliquent que c’est «mieux» d’être propriétaire. En revanche, «ils» s’opposent depuis la fin du XVIIIe siècle et la période de la Révolution. C’est là que tout débute. C’est à cette période que naît l’idée que quelqu’un qui est propriétaire de son logement aura moins envie de se révolter: il restera concentré sur ce qu’il possède déjà. D’où l’intérêt que même les plus pauvres soient propriétaires. C’est à cette période que naissent également les traits de caractère des deux parties: un propriétaire est forcément quelqu’un de plus stable, plus fiable, et beaucoup plus sérieux. Tandis qu’un locataire, c’est tout le contraire!

Et depuis cette période, la vision manichéenne perdure?

Elle s’entretient, en effet! Et elle se complique peu à peu... Pendant la Commune (en 1871) les locataires ne payaient pas leur loyer! C’est à ce moment que naît le sentiment de peur pour le propriétaire. La peur que son locataire ne lui verse pas de loyer! Pour lutter, ils commencent donc à créer des groupements de propriétaires, des fédérations afin de défendre leurs droits. Et quelques mois après... les locataires font la même chose! Les notions de «devoir du propriétaire» et leur «rôle social» apparaissent alors.

1871 est donc la date historique du premier non-paiement de loyer?

C’est la première fois que les locataires ne paient pas leur loyer, oui! Pour encourager les hommes à aller se battre, il est décidé d’accorder une suspension de paiement - et non pas une suppression! - aux locataires les plus modestes... Mais deux mois après, à la fin de la Commune changement de programme: la suspension se transforme en suppression! Finalement, les locataires finiront bien par payer leur loyer, parfois avec un étalement de leur dette sur deux ans, avec certaines remises. Résultat: les propriétaires ont râlé. Ils ont donc eux aussi été indemnisés! On voit ici un premier grand rôle de l’État-arbitre.

Existe-t-il d’autres dates «clefs» de la relation propriétaires-locataires?

À compter des années 1900, les locataires commencent à s’organiser très sérieusement, créant des associations, des fédérations sur une échelle locale dans un premier temps, mais qui ont très vite une envergure nationale. C’est l’équivalent de la DAL ou des Enfants de Don Quichotte. La plupart du temps, elles sont le fruit de militants anarchistes. En 1894 avec la loi Siegfried, c’est l’apparition du logement social privé (porté par des promoteurs) et en 1912 l’apparition du logement social public, et la possibilité pour les communes d’emprunter à taux réduits pour construire des logements à louer moins cher.

Fondamentalement, qu’est-ce qui a changé dans la relation entre un locataire et un propriétaire d’il y a une centaine d’années et la même relation aujourd’hui?

Fondamentalement, rien n’a changé! La préoccupation d’un propriétaire reste la même: avoir un locataire exemplaire et recevoir un loyer le plus élevé possible. Quant au locataire, il trouve toujours que c’est trop cher. Seul changement notable: à partir des années 1980/90, la relation physique entre le locataire et le propriétaire commence à se raréfier. On ne paie plus «son proprio» mais un gestionnaire, un groupe.

Dans les premières pages de votre livre* vous citez l’exemple de Maryvonne, une octogénaire, qui a retrouvé sa maison occupée par des squatters... Ce fait divers est l’un des feuilletons de l’année. Que traduit-il selon vous?

L’affaire Maryvonne traduit toute la complexité des rapports entre locataires et propriétaires! Le bon sens ne suffit pas. Ce qui paraît évident ne l’est finalement pas. On a envie de prendre naturellement la défense de la pauvre dame et de punir les squatters. Et d’un point de vue juridique Maryvonne devrait pouvoir récupérer rapidement son logement squatté... Sauf qu’elle savait que son logement était occupé (à l’époque où elle habitait chez son ami défunt) et qu’elle n’a rien fait, elle a laissé traîner... C’est pour cela qu’elle a elle-aussi une part de responsabilité, et que les squatters ont quant à eux une partie du droit à leur avantage. C’est ce qui a rendu l’arbitrage de cette affaire très complexe.

*Locataires et propriétaires, Une histoire française, Danièle Voldman, publié aux éditions Bibliothèque historique Payot, 22 euros.

Lire la suite de l'article sur lefigaro.fr

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • paspil le mercredi 23 mar 2016 à 14:46

    la droite n a jamais protégé les propriétaires ... et il ne faut pas compter sur la gauche pour faire mieux

  • ericlyon le mercredi 23 mar 2016 à 12:20

    Tout le monde est d'accord mais notre gouvernement continue à tout faire pour protéger les mauvais payeurs et ceux qui dégradent.

  • er3dw le mercredi 23 mar 2016 à 11:40

    même la location normale n'est plus rentable je ne parle pas des HLM qui sont en déficit permanent car les loyers sont sous évalués mais cela n'a pas d'importance c'est le contribuable qui paie. Il paie aussi pour les dégâts de certains qui ne paient pas leur loyer et en plus dégradent

  • c.debarg le mercredi 23 mar 2016 à 09:18

    si seulement le locataire laisserait l'habitation en bon état le jour du départ , hors ,la plupart du temps ce n'est pas le cas , le propriétaire doit tout remettre en état pour la prochaine location , ou alors il décide de vendre de peur de retrouver un nouveau locataire indélicat

  • g.dupuy le mercredi 23 mar 2016 à 08:09

    Au canada au bout de 10 jours de retard de paiement c est l expulsion et pas de trêve hivernale,en france il faut être fou pour investir dans l immobiler avec la mentalité socialo.

  • heimdal le mardi 22 mar 2016 à 22:54

    "Recevoir le loyer le plus élevé possible ",désolé tous les bailleurs ne raisonnent pas de cette façon .Ils veulent surtout être assurés de le toucher chaque mois et avoir le moins de turn over possible donc fixer un loyer raisonable .Le droit à la propriété privée n'a jamais autant été remis en cause qu'Aujourd'hui .Le vilain "rentier" est et sera toujours haï par la gauche

  • M7093115 le mardi 22 mar 2016 à 22:12

    " relations " empoisonnées par des gouvernement , souvent de gauche, qui n' ont qu' une idée en tête; le proprio est un exploiteur et le locataire une victime Alors vive l' économie à la soviétique ( cf Mme Duflo et consorts..........)

  • ericlyon le mardi 22 mar 2016 à 20:22

    La solution c'est que plus personne n'achète pour mettre son bien en location. Ainsi ceux qui ont les moyens devront devenir propriétaires s'ils veulent avoir leur propre logement et ne plus squatter chez leur parents ou autres. Ceux qui n'ont pas les moyens aurons accès aux logement sociaux et l'état se chargera de gérer les impayés et les dégradations. Pourquoi demande-t-on toujours au particulier d'investir dans le logement alors que les constructeurs immobilier ne le font pas ....

  • M7966995 le mardi 22 mar 2016 à 20:22

    une fois que la gauche se sera fait viré et qu'on aura un gouvernement libéral de droite, on pourra sans doute s'aligner sur un mode de fonctionnement plus viable pour l'immobilier.

  • sibile le mardi 22 mar 2016 à 19:47

    le combat cessera faute de combattants ; est-ce que vous voudriez achetez pour faire de la location ?