Livret A : la réforme se fait attendre

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Le doublement du plafond - une promesse de campagne de François Hollande - fait l'objet d'une négociation serrée avec les banques.

Le gouvernement entretient le suspense sur la mise en musique de l'une des promesses de campagne de François Hollande: le doublement, à 30.600 euros, du plafond du livret A. La décision «n'est pas arbitrée», a assuré lundi matin le ministre de l'Économie, Pierre Moscovici, qui promet «une réforme globale qui ira vers le doublement» promis par le président, au nom du financement du logement social dont la nouvelle majorité veut doper la construction.

La mesure promise tiendrait pourtant en une ligne de décret. Si elle prend du retard, c'est qu'une bagarre féroce se déroule en coulisses, face à un secteur bancaire et de l'assurance vent debout contre le projet. «C'est une mesure qui sera coûteuse pour les finances publiques puisque cela ne va pas générer d'épargne supplémentaire, cela va simplement faire que les Français vont transférer de l'épargne qui aujourd'hui est fiscalisée sur un produit qui ne l'est pas», avait expliqué le mois dernier le patron de BPCE, François Pérol.

Deux sujets font l'objet d'une négociation pied à pied. Le calendrier d'abord, puisque le relèvement du plafond du placement préféré des Français devrait être progressif. Le JDD a évoqué une première étape à 20.000 euros à la rentrée, mais Bercy juge toutes les hypothèses prématurées. Le second porte sur les commissions que touchent les banques pour collecter cette épargne et qui pourraient être abaissées.

Guerre des dépôts

«Si les Français se reportent massivement vers le livret A, cela changera complètement l'équation de refinancement des banques et affectera notre capacité à accorder des crédits», explique Dominique Lefèbvre, le président de la Fédération nationale du Crédit agricole. La promesse électorale de François Hollande prend en effet parfaitement à contre-pied la priorité stratégique des banques françaises: collecter plus de dépôts. «Le secteur bancaire français a un déficit global de 400 milliards d'euros de dépôts par rapport aux crédits qu'il accorde. Il faudrait ramener le ratio prêts sur dépôts de 125% aujourd'hui, à 110%», explique le patron d'un établissement. «Conséquence: ce sont 200 milliards d'euros qu'il faut ramener vers nos bilans.»

Or, le doublement du plafond du livret A va provoquer un mouvement dans l'autre sens. Pour 100 euros déposés sur un livret A, 35 euros seulement restent au bilan des banques, tandis que 65 euros remontent vers la Caisse des dépôts, aux fins de financement du logement social. Seuls 9% des clients des banques, les plus aisés, détiennent un livret au plafond et sont donc susceptibles d'y transférer de nouveaux fonds. Mais ces livrets représentent la moitié des encours totaux. Déplafonné, le livret A pourrait attirer 20 à 40 milliards d'épargne supplémentaire.

Christian Noyer a recommandé une période de transition

Le choc se fera également sentir chez les assureurs. Leur produit phare, l'assurance-vie, se remet tout juste d'une vague de décollecte historique. Un nouveau coup de pouce au livret A accentuerait encore l'effet de vase communicant. Les compagnies ne craignent pas tant des rachats de leurs contrats que d'assister un siphonnage des nouveaux flux.

«Le doublement du plafond du livret A serait susceptible de générer des transferts d'épargne longue vers de l'épargne courte et donc de limiter la capacité de financement des investissements: un mécanisme contradictoire avec les objectifs de croissance préconisés par les pouvoirs publics», dénonce Bernard Spitz, président de la Fédération française de sociétés d'assurance (FFSA). Les banquiers aussi font du financement de l'économie un argument dans la négociation, et proposent de «faire revivre le plan d'épargne populaire», sur leur bilan mais à destination du financement des entreprises.

Les négociations se déroulent aussi sous l'œil vigilant de la Banque de France. Son gouverneur, Christian Noyer, a recommandé une période de transition. «Ce qui est traditionnellement la recommandation de l'Autorité de contrôle prudentiel (ACP, régulateur des banques et des assureurs), c'est que les évolutions soient conduites de telle sorte qu'elles laissent le temps aux établissements de s'adapter.»

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  • apipop le lundi 25 juin 2012 à 17:30

    Hum! Le taux du livret A...n'a-t-on pas aussi oublié de suivre l'inflation ? Ou bien me trompe-je ?

  • a.lauver le lundi 25 juin 2012 à 12:52

    Livret A : le doublement du plafond n'est pas «arbitré» ?????????????????Je comprends pas? C'etait pourtant dans le programme non? On propose et on regarde ensuite si c'est faisable ou pas? Magnifique...

  • kelmano le lundi 25 juin 2012 à 12:08

    ... sutout ne rien céder face au lobby bancaire ... C'est à la cupidité des financiers que l'on doit d'être plongé dans une crise dont la durée reste indéterminée car nul ne sait à ce jour quels sont les "cadavres" cantonnés dans les placards bancaires ...