Livrer des armes à Kiev serait un pari risqué pour les USA

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par Timothy Heritage et Richard Balmforth MOSCOU/KIEV, 4 février (Reuters) - En envisageant de livrer des armes défensives à Kiev, les Etats-Unis sont en face d'un choix risqué dont les partisans estiment qu'il aiderait à mettre fin au conflit dans l'est de l'Ukraine mais dont les détracteurs craignent qu'il n'envenime la situation. Le débat en cours à Washington illustre la frustration des Américains face à l'inflexibilité du président russe Vladimir Poutine, dont le soutien aux séparatistes ukrainiens ne faiblit pas malgré les sanctions internationales et la crise économique et financière dans laquelle s'enfonce la Russie. Il reflète aussi le dilemme auquel les Occidentaux risquent d'être rapidement confrontés: que faire si les sanctions ne marchent pas, ou pas assez vite ? "Une armée ukrainienne renforcée, avec des moyens de défense améliorés, augmenterait la perspective de négociation d'un accord pacifique", estime un rapport de l'Atlantic Council publié lundi, qui suggère l'envoi de missiles antiblindages, de véhicules blindés Humvee et de drones. ID:nL6N0VD016 Ces déclarations ont été bien accueillies à Kiev, qui voit son armée, mal équipée, subir les assauts des séparatistes, dont tout indique qu'ils bénéficient de renforts russes en hommes et en armes, y compris sophistiquées, en dépit des dénégations de Moscou. Mais certains font remarquer que livrer des armes à l'Ukraine ne changerait pas le cours du conflit et encouragerait même plus probablement une implication encore plus grande et plus brutale de l'armée russe, augmentant ainsi le risque d'une intervention occidentale. "Envoyer des armes reviendrait à entretenir la flamme de la guerre et donnerait du grain à moudre au gouvernement ukrainien qui fait tout ce qu'il peut pour entraîner les Etats-Unis et l'Occident dans ce conflit", estime Otfried Nassauer, directeur du Centre d'information pour la sécurité transatlantique, basé à Berlin. L'idée de déployer des casques bleus dans l'est de l'Ukraine n'a pour l'instant pas la cote, alors que la thèse selon laquelle Vladimir Poutine ne comprend que le langage de la force et ne reculera que face à l'échec de sa politique du fait accompli fait son chemin. ÉVITER UNE ESCALADE Pour les tenants de cette logique, une armée ukrainienne mieux équipée écarterait la perspective d'une victoire militaire des séparatistes et créerait les conditions d'un conflit prolongé dans lequel Moscou pourrait finir par regretter de s'être engagé. Pour l'heure, Vladimir Poutine semble continuer à bénéficier d'un fort soutien populaire en Russie, malgré les sanctions et la prochaine récession économique du pays, ce qui limite la marge de manoeuvre des Occidentaux. Alors que le durcissement des sanctions contre Moscou suscite de fortes réticences, notamment dans certains pays d'Europe comme l'Allemagne, l'option des livraisons d'armes a donc des allures de pis aller. "Nous n'allons pas donner les moyens à l'armée ukrainienne de rivaliser avec l'armée russe, pas dans un futur proche", a reconnu Ben Rhodes, un conseiller à la sécurité nationale de Barack Obama, dans un entretien à la chaîne CNN. "Nous devons garder en tête que notre meilleur moyen de pression sur la Russie est la pression économique grâce aux sanctions." Les Etats-Unis savent qu'ils ne pourront sans doute pas compter sur un fort soutien de leurs alliés européens et de l'Otan s'ils se décident à franchir le pas des livraisons d'armes. Bien que dénonçant régulièrement le rôle joué par Moscou dans le conflit, l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord ne manifeste pas un enthousiasme débordant à l'idée d'armer l'Ukraine. "Jusqu'à présent, nous n'avons pas livré d'équipement létal pour éviter une escalade qui pousserait la Russie à s'impliquer encore plus directement", explique un responsable de l'Otan. Pour Alexander Golts, un spécialiste en questions militaires russe, l'armée ukrainienne ne pourrait de surcroît pas utiliser du jour au lendemain des armes sophistiquées sans l'aide de centaines d'instructeurs américains. "Vous imaginez la réaction de la Russie, qui verrait cela comme un déploiement de l'Otan à nos frontières", a dit cet expert indépendant au journal russe Nezavisimaya Gazeta. (Avec Juliana Woitaschek à Berlin, Adrian Croft à Bruxelles, David Storey et Lesley Wroughton à Washington; Tangi Salaün pour le service français, édité par Marc Angrand)

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  • M6194462 le mercredi 4 fév 2015 à 19:10

    il faut aider l'Ukraine qui est un allié de l'occident contre la Russie qui en est l'ennemi. Nous n'avons pas le choix.

  • charleco le mercredi 4 fév 2015 à 13:55

    Ils mettent de l'huile sur le feu. Ils veulent armer un pays qui n'a pas le moindre sou pour payer! Ce n'est quand même pas l'UE qui va payer. Encore une guerre pour le roi de Prusse (Prusse = USA).

  • M6194462 le mercredi 4 fév 2015 à 12:27

    La troisième guerre mondiale est ouverte depuis un an minimum et se développe grâce à la pusillanimité des dirigeants occidentaux. Obama le premier.

  • M8129092 le mercredi 4 fév 2015 à 10:22

    c'est l'ouverture de la 3ème guerre mondiale