Ligue des Champions, chasse gardée des puissants

le , mis à jour à 08:10
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Ligue des Champions, chasse gardée des puissants
Ligue des Champions, chasse gardée des puissants

La Ligue des Champions constitue aujourd’hui la poule aux œufs d’or de l’UEFA. La réforme engagée pour le cycle 2018-21 pourrait bien accroître son poids économique déjà considérable, le tout dans un contexte géopolitique négligé.

30% d’augmentation, c’est la croissance historique des revenus de l’UEFA distribués aux participants de la Ligue des Champions pour le cycle 2015-18. Cette envolée, l’UEFA la doit à la montée exponentielle de l’attractivité de la C1, son produit phare. Les recettes de la compétition, composées essentiellement des droits TV, ont en effet explosé pays par pays, compte tenu de la forte concurrence et de l’inflation qui font rage sur les différents marchés des retransmissions sportives. En Angleterre, par exemple, BT Sport a doublé la mise de Sky, pour atteindre les 358 millions d’euros par saison pour l’exclusivité des compétitions UEFA (Ligue Europa et Ligue des Champions). Une tendance à la hausse accentuée par une augmentation, elle aussi, significative des revenus commerciaux. Une approche incomplète si l’on omet de mentionner les 1,6 milliards qu’empoche l’UEFA en sponsoring. Les comptes de la confédération européenne se portent donc bien.

A qui profite l’inflation de la plus grande compétition de clubs avec la NBA ?

Ce cercle économique vertueux profite en premier lieu aux clubs les plus puissants, participant chaque année à la plus prestigieuse des compétitions européennes, pour ne pas dire mondiales. En 2014-15, la seule phase de poules de la C1 assure une manne de près de 9 millions d’euros pour chaque club qualifié, auxquels viennent s’ajouter des bonus selon les performances enregistrées pendant cette phase préliminaire. Avant même de disputer les huitièmes de finale, la Juventus Turin avait déjà touché 70 millions d’euros il y a deux ans. Une aubaine et un modèle pour les compétitions de club de haut niveau. La seule Ligue des Champions, avec 215 matchs, déplace en outre près de 800 000 supporters dans les principales places fortes du Vieux Continent. Selon une étude du site GoEuro, spécialisé dans le tourisme sportif, le secteur touristique de la ville de Berlin, hôte de la finale de l’édition 2014-15 aurait bénéficié de 36 millions d’euros de revenus pour 90 minutes de jeu. Colossal. Pour autant, aborder cette épreuve à l’aune de son seul rayonnement économique serait une erreur. Car la compétition évolue au cœur d’enjeux géopolitiques aussi négligés qu’évidents.

Du marketing au soft power : Gazprom, l’entrisme géopolitique russe

Chacun le sait, le football est une vitrine diplomatique pour certains Etats. Pour la Chine ou les Emirats arabes unis, investir dans le football est une façon d’utiliser ce sport comme un instrument de rayonnement et de soft power. « On parle alors de nation branding, analyse Jean-Baptiste Guégan, spécialiste en géopolitique du sport. En rachetant le PSG, le Qatar a par exemple trouvé un formidable outil de promotion, et une puissance d’attraction considérable, d’autant que les moyens alloués étaient jusqu’alors pratiquement illimités. » Ceci dit, en s’intéressant aux autres acteurs de la Ligue des Champions, en dehors des clubs, il est intéressant de noter la présence de Gazprom parmi les sponsors principaux de l’UEFA. « La preuve d’une passion récente du premier exportateur de gaz mondial pour le football, poursuit Guégan. Gazprom est ainsi devenu l’un des six principaux partenaires de l’UEFA en 2012 pour le cycle correspondant 2012-15, avant de prolonger sans surprise pour le suivant. L’idéal pour avoir son logo sur les panneaux publicitaires qui bordent les terrains s’afficher dans tous les spots télévisés dédiés à la manière d’un autre sponsor majeur, l’alcoolier Heineken. » Le brasseur néerlandais a fait de la Ligue des Champions sa chasse gardée depuis 2005. Symbole de la volonté de s’implanter durablement sur les panneaux publicitaires de la C1 pour ses besoins marketing, le groupe consentirait un investissement de 70 millions de dollars. La prolongation en 2013 pour le cycle 2015-18 porte la présence de la marque sur les panneaux LED de 9 à 13 minutes. Un investissement aussi considérable qu’éminemment rentable. Pour autant, les enjeux diffèrent.

Entre sponsoring et influence, Gazprom s’impose comme un exemple

Gazprom a déboursé 50 millions d’euros « pour créer un monde meilleur » selon Alexeï Miller, son directeur général. Ironique quand on sait les liens étroits entre le groupe Gazprom et le pouvoir en place en Russie, notamment dans le contexte du conflit en Ukraine. En effet, il est difficile d’oublier la menace émanant du groupe gazier russe de couper le gaz aux Ukrainiens en raisons d’impayés, en 2014, alors que les autorités de Kiev luttaient contre la sécession de la péninsule ukrainienne pro-russe de Crimée en passe d’obtenir son rattachement à la Russie. Le pouvoir russe, justement, use et abuse de la position du groupe gazier, tout en l’instrumentalisant. Et le football n’est qu’un de ses terrains d’action. Communiquer en direction de l’étranger et négocier au plus haut niveau avec Berlin, la Russie en avait rêvé, Gazprom l’a fait. Schalke 04 est un autre exemple de cette tendance. La compagnie russe verse désormais 30 millions d’euros par an à la troisième puissance financière de la Bundesliga pour figurer sur son maillot, selon les derniers termes d’un contrat renégocié pour courir jusqu’en 2021. Si l’on ajoute à cela les liens forts entre la présidence du conseil de surveillance de Gazprom confiée à l’ancien chancelier Gerhard Schröder et Schalke 04, un seul constat s’impose : le football incarne d’autres enjeux qui le dépassent. Bref, cette Ligue des Champions est celle des puissants. Et cela demeurera. Quant à la réforme à venir pour le cycle 2018-21, pour Jean-Baptiste Guégan, « elle n’entend pas changer la donne ». A voir aussi : >>> L'actualité de la Ligue des Champions >>> Le calendrier de la Ligue des Champions
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