Ligue 1: un PSG entre ombres et lumières

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LE PSG LAISSE ENTREVOIR DE BELLES PROMESSES
LE PSG LAISSE ENTREVOIR DE BELLES PROMESSES

par Olivier Guillemain

PARIS (Reuters) - Le PSG version qatarie aura mis deux ans et investi plus de 200 millions d'euros pour remporter un premier titre. Un ratio coût/bénéfice élevé en apparence mais qui, dans le fond, laisse entrevoir de belles promesses.

Certes, ce PSG-là n'a pas été la machine de guerre attendue, qui devait marcher sur la Ligue 1 et remporter un maximum de trophées en un temps record. Il est encore fragile, perfectible et parfois prétentieux.

Il a aussi et surtout été sujet à des accès de nervosité symbolisé par la suspension à titre conservatoire de Leonardo, le directeur sportif, pour un coup d'épaule donné à l'arbitre du match de la 35e journée contre Valenciennes ou les trois cartons rouges récoltés le dimanche précédent à Evian.

Mais eu égard aux conditions dans lesquelles sont arrivés les nouveaux propriétaires qataris au printemps 2011, dans un club qui n'avait plus gagné de titre majeur depuis une éternité, qui avait une mauvaise image et souffrait de sa réputation de "club de coupes", le pari est en grande partie réussi.

Après une première saison étrange, où se sont succédé sur le banc Antoine Kombouaré et Carlo Ancelotti et où Montpellier a réalisé le meilleur exercice de son histoire, le PSG a enfin décroché son premier titre de champion de France depuis 1994.

Au-delà d'avoir effacé cette anomalie pour un club de ce standing, les Qataris peuvent se targuer d'avoir redonné au club de la capitale son lustre d'antan, celui des années 1990 et de l'ère Canal+, quand Rai, Ricardo et autres George Weah flambaient en France et en Europe.

En attirant des stars du calibre de Zlatan Ibrahimovic, Thiago Silva ou encore David Beckham, le PSG a renoué avec un côté glamour et clinquant, synonyme d'engouement, de fantasmes et de rêves.

Mieux, depuis deux ans, on ne parle que du PSG. Pas que pour l'encenser bien évidemment mais en tout cas plus pour le railler systématiquement comme ce fut le cas pendant ces années où le club était en "crise" permanente, parfois jusqu'au ridicule.

UNE CRÉDIBILITÉ RETROUVÉE

Cette époque semble déjà loin.

Comme celle où le PSG était sevré de Ligue des champions et disputait la petite Coupe d'Europe comme lot de consolation.

Pour son grand retour en C1 après huit ans d'absence, le club de la capitale a frappé plus fort que prévu. Les Parisiens sont sortis en tête de leur groupe devant Porto, ont éliminé le FC Valence avec brio en huitièmes et se sont fait éliminer en quarts sans perdre contre le FC Barcelone (2-2 et 1-1).

Les sceptiques auront presque raison de dire que ce Barça-là, balayé 7-0 en score cumulé par le Bayern Munich en demi-finale, était moins fort que les années précédentes.

Mais qu'importe, les Parisiens ont regagné cette saison une crédibilité européenne et réussi là où Manchester City, le "nouveau riche" du football anglais, a échoué deux années de suite en étant sorti dès la phase de groupes.

Ce parcours laisse augurer de belles soirées européennes la saison prochaine dans une compétition que les propriétaires qataris ambitionnent de remporter d'ici cinq ans.

Ces succès, comme la quasi disparition du hooliganisme dans les rangs des supporters parisiens, ne sont pas que le fruit du travail des Qataris, du professionnalisme qu'ils ont su apporter au club ou de l'excellent recrutement mené par de Leonardo.

Les bases jetées par l'ancien président Robin Leproux et son entraîneur Antoine Kombouaré, débarqué en décembre 2011 alors que le PSG était en tête du classement, y sont pour beaucoup.

STYLE DE JEU ET ANGOISSES

Carlo Ancelotti a su gérer les egos sans que le cocktail explosif ne fissure un vestiaire riche en internationaux.

L'Italien a responsabilisé ses cadres, Ibrahimovic et Thiago Silva en tête, sauvé un fragile Javier Pastore, révélé Marco Verratti et transcendé Blaise Matuidi, entre autres.

Avec le technicien italien, le PSG a aussi gagné en professionnalisme, pas seulement en s'entraînant avec des GPS.

L'ex-entraîneur du Milan AC et de Chelsea a inculqué à son groupe une culture de la gagne toute italienne, même si cela a parfois été moins visible contre des équipes modestes, et lui a donné un ADN où la contre-attaque est le gêne dominant.

Au-delà de cette longue liste de réussites et de la perspective de l'ouverture, en 2015, d'un nouveau centre d'entraînement ultra moderne, ce PSG pose toutefois question. Ou, au moins, laisse encore songeur sur certains points.

La saison dernière, bien que mieux pourvu que Montpellier, il a terminé "seulement" deuxième du championnat et laissé filer Coupe de France, Coupe de la Ligue et Ligue Europa.

Cette année, il a certes dominé la Ligue 1, effectué un bon parcours en Ligue des champions mais encore une fois, les coupes nationales, a priori plus qu'à sa portée, lui ont échappé.

Le PSG a subi aussi cette saison quelques trous d'air. Il s'est caractérisé par son incapacité chronique à damer le pion aux "petits", en témoignent les défaites surprises contre Sochaux et Reims ou les deux 0-0 concédés à Ajaccio.

Le revers enregistré à domicile en novembre contre Rennes (2-1), pourtant réduit à neuf pendant près de 40 minutes, a également laissé pantois nombre d'observateurs du football.

De même que la nervosité de ses joueurs - le PSG est un des cancres au classement du fair-play - et les saillies verbales de Leonardo, prompt à fustiger l'arbitrage ou à dire que son équipe était peut-être davantage "taillée pour l'Europe", avec une pointe de mépris.

Dans un autre registre, le jeu du PSG interroge.

Peut-on parler de choix quand il se contente de contrer même face à des formations modestes ? N'est-ce pas plutôt un style par défaut ? Peut-on parler de domination quand la réussite dépend trop d'un seul joueur, en l'occurrence Ibrahimovic ?

Outre ces questions autour de la véritable identité du PSG, le club se prépare à vivre des semaines de doutes avec la crainte de perdre Ancelotti, Ibrahimovic et Leonardo, tous trois concernés par des rumeurs de départ.

Si ces trois symboles du PSG version qatarie s'en allaient aussi vite, la saison ne serait pas si réussie.

Edité par Grégory Blachier

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