Ligue 1: Jean Fernandez s'apaise et s'installe

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JEAN FERNANDEZ S'INSTALLE À MONTPELLIER
JEAN FERNANDEZ S'INSTALLE À MONTPELLIER

par Dimitri Moulins

MONTPELLIER (Reuters) - D'abord agacé par les questions qui le ramenaient à son échec à Nancy, Jean Fernandez s'est peu à peu installé à Montpellier, où il peaufine un effectif profondément remanié.

Samedi, le club de l'Hérault reçoit Lille, troisième de Ligue 1 et dirigé par René Girard, son prédécesseur, qui a amené le MHSC à son premier titre de champion de France, en 2012.

"Le public va lui faire une ovation, il le mérite. Je ne vais pas dire que je vais applaudir aussi mais je suis dans le même état d'esprit. Je trouve cela légitime que les gens le reçoivent avec tous les honneurs. Après, sur le terrain, c'est autre chose...", reconnaît Jean Fernandez dans un entretien accordé à Reuters.

Sur son ordinateur portable, dans son petit bureau du centre d'entraînement de Grammont, Jean Fernandez visionne à n'en plus finir les matchs du Losc.

"Non seulement, ils ne prennent pas de but, mais en plus, ils ne concèdent pas d'occasions de but", constate-t-il.

Sur des feuilles où sont pré-imprimés des terrains de football, il prépare ses entraînements et met sa tactique au point.

"On va essayer de confirmer ce qu'on a fait contre Lyon. Cela va se jouer sur des petits détails, sur un coup de pied arrêté, sur une erreur individuelle ou sur un contre", dit-il.

Montpellier a beau ne compter qu'une seule défaite cette saison - seuls Paris et Monaco restent invaincus -, les nuls s'enchaînent (six) et les victoires sont rares.

"La victoire contre Lyon a fait taire un peu les gens agressifs. J'ai senti beaucoup d'impatience", explique le technicien héraultais, surpris par le décalage entre l'objectif fixé de terminer dans les dix premiers, la réalité d'une équipe à reconstruire et les rêves des supporters, persuadés que le MHSC peut jouer les premiers rôles.

"CELA M'A GAVÉ"

Puis il y a cette statistique qui le concerne, répétée à l'envi avant la victoire sur Lyon : 25 matches de Ligue 1 (avec Nancy puis Montpellier) et une seule victoire. De là à faire de lui un entraîneur incapable de gagner, il n'y a qu'un pas.

"C'est l'interprétation de certains qui disaient 'voilà, il ne gagne pas' (...) Ce que j'ai vécu à Nancy, c'est un truc qui ne m'était jamais arrivé en trente ans de carrière. Et quand j'arrive ici, le fait qu'on me reparle des matches de Nancy, cela m'a gavé", reconnaît-il.

"J'ai eu le sentiment que je méritais un peu plus de respect par rapport à mon parcours. Tu fais trente ans de carrière et on ne retient que ces trois mois de Nancy. Dans tous les clubs où je suis passé, j'ai toujours atteint les objectifs. Et sur le plan professionnel, et sur le plan humain."

Jean Fernandez aimerait qu'on se souvienne qu'il démarre à Montpellier avec un effectif considérablement modifié.

"Il faut que les gamins trouvent des automatismes. Cela ne se fait pas d'un claquement de doigts. Il faut du temps, de la répétition, de l'expérience."

Parmi ces "gamins", l'une des révélations du début de saison, Morgan Sanson, récemment appelé en équipe de France espoirs. A tout juste 19 ans, il est devenu un des joueurs clés du dispositif de Fernandez, même s'il manquera à l'appel contre Lille en raison d'une suspension.

"Lui me disait qu'il pouvait jouer à gauche ou à droite, dans les couloirs. Quand je l'ai pris, je lui ai dit qu'il n'allait jouer ni à gauche, ni à droite, mais devant la défense. Dans son jeu, j'ai senti qu'il y avait un truc, avec une qualité de passe extraordinaire", raconte le coach.

"Et puis il a une VMA (vitesse maximale aérobie) où il mange tout le monde, c'est la plus forte du club. Il est capable de te faire un effort à la 87e minute comme si tu étais à la troisième. De ce point de vue-là, il est comme (Franck) Ribéry".

NOUVEAU CHOUCHOU

Morgan Sanson est devenu le nouveau chouchou du public mais pas autant que Rémy Cabella. Younès Belhanda parti en Ukraine, celui qui évoluait les saisons passées dans son ombre s'est retrouvé en pleine lumière, avec un nouveau statut à assumer.

Il n'a pas su briller d'entrée, voulant trop en faire. Jusqu'à ce match exceptionnel contre Lyon où il a été auteur de deux buts et de trois passes décisives.

"Cela ne se fait pas d'un coup de baguette magique. Il faut voir s'il assume les responsabilités, s'il est capable de jouer en numéro 10, mais ça, ce sont les matches qui vont décider", tempère Jean Fernandez.

La crainte pourrait être qu'il brille trop maintenant et que Montpellier le perde cet hiver. Manchester United serait sur le point de faire une proposition au club et au joueur.

"C'est un garçon intelligent qui est parti pour faire la saison. Maintenant, si au mercato d'hiver, Manchester donne 18 millions d'euros, comme je l'ai lu, il faut qu'il y aille. Même si, entre guillemets, tu 'tues' l'équipe, tu ne peux pas refuser", admet Jean Fernandez.

Edité par Chrystel Boulet-Euchin et Gilles Trequesser

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