Ligue 1: Florian Thauvin, itinéraire d'un jeune pressé

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FLORIAN THAUVIN, L'UNE DES RÉVÉLATIONS DE LA LIGUE 1
FLORIAN THAUVIN, L'UNE DES RÉVÉLATIONS DE LA LIGUE 1

par Simon Carraud

PARIS (Reuters) - Florian Thauvin est de ces footballeurs qui grandissent plus vite que la moyenne, au point d'apparaître aujourd'hui, à 20 ans, comme l'une des révélations de la saison de Ligue 1.

A peine sorti de l'adolescence, l'attaquant a gagné cette année une place de titulaire à Bastia avant d'exploser et de séduire les recruteurs de Lille.

Le club champion de France 2011 a obtenu en janvier son transfert. Mais l'a laissé six mois de plus en prêt en Corse où il finit de découvrir les exigences du monde professionnel.

En attendant de traverser la France, il pourra nouer dimanche un premier contact avec ses futurs coéquipiers, puisque Bastia accueille Lille pour la 33e journée de Ligue 1.

Florian Thauvin a quasiment tout connu plus tôt que les autres : les buts au plus haut niveau - neuf cette saison -, la curiosité des médias et celle des grands clubs, l'ascension.

Les doutes aussi.

A 16 ans, alors qu'il était au centre de formation de Grenoble, on lui a diagnostiqué une fissure sur une vertèbre. Un échographe en a conclu qu'il n'avait aucun avenir dans le football professionnel.

Pour faire mentir le médecin, il a dû se plier à un programme contraignant : l'obligation de porter un corset, des journées entières en salle de musculation, des mois sans toucher un ballon.

"Bien sûr, il y a eu quelques larmes, des gros moments de doutes", raconte aujourd'hui Michaël Diaferia, préparateur physique à Grenoble, qui s'est occupé personnellement de sa remise sur pied. "Mais il s'est accroché, il a été fort."

ENDURCI

Il y a comme un paradoxe dans l'épisode de sa blessure. "Je pense que ça a été bénéfique pour lui. Ça l'a endurci", explique l'entraîneur de Grenoble, Olivier Saragaglia, qui l'a découvert il y a cinq ans lors d'une journée de détection à Châteauroux.

Florian Thauvin aura appris qu'une carrière de footballeur est très précaire.

"Comme j'ai eu beaucoup de soucis, je sais que ça peut aller très vite d'un côté comme de l'autre (...). Le football, c'est très compliqué", disait-il en mars, lors d'une conférence de presse avec l'équipe de France des moins de 20 ans.

De son club de Châteauroux à l'antichambre des Bleus, l'attaquant a continué à progresser en cultivant ses qualités de dribbleur, toujours prêt à provoquer les défenseurs adverses. Un profil à la Franck Ribéry ou à la Jérémy Ménez.

Grâce à ce bagage, il a pu se faire une place en Corse, où il est arrivé libre à l'été 2011 après le dépôt de bilan de Grenoble.

La première année, il n'a joué que 13 bouts de matches de Ligue 2. Depuis la remontée du club en Ligue 1, cette saison, il est titulaire quasiment tous les week-ends.

"On sentait qu'il avait un très gros potentiel par rapport à son âge. Il fallait juste bien le cadrer et l'accompagner dans son développement", dit Frédéric Née, entraîneur de l'équipe réserve de Bastia.

L'ancien joueur de Lyon devenu entraîneur a eu le temps de l'observer pendant un an. Mais lui-même ne s'attendait pas à une progression si fulgurante, jusqu'à ses trois doublés entre mi-mars et début avril, apothéose provisoire de sa carrière balbutiante.

"Il était capable du très bon comme du très médiocre. Le fait qu'il soit devenu aussi régulier, ça me surprend", dit-il.

GÉNÉRATION 1993

Jérôme Rothen, le doyen du vestiaire bastiais, a pu voir de près les progrès accomplis en un an et demi par le petit nouveau.

"Quand il est arrivé, il manquait de force. Depuis, il a pris quelques kilos de muscles", explique l'ancien joueur du Paris Saint-Germain, qui jouait déjà en pro quand Florian Thauvin était encore à l'école maternelle.

A Bastia, le milieu de terrain, gaucher comme lui, a joué le rôle d'aîné auprès du jeune attaquant. Il lui a glissé quelques conseils quand l'apprenti se montrait un peu trop impatient dans l'antichambre de l'équipe première.

"Il a encore une belle marge de progression. Il lui reste maintenant à travailler sa vision du jeu, pour faire de bonnes passes décisives. Il a besoin de ça dans sa panoplie", selon Jérôme Rothen.

"En passant à Lille, il y a une vraie marche à franchir. S'il y arrive, de très belles choses s'ouvrent à lui."

Ils sont désormais nombreux, y compris Frédéric Née et Jérôme Rothen, qui ont chacun fait un passage éclair en équipe de France, à prêter à Florian Thauvin un destin chez les Bleus.

Il y rejoindrait deux autres talents de la génération 1993, encore plus précoces que lui, le défenseur Raphaël Varane et le milieu de terrain Paul Pogba.

Deux joueurs qui ont grandi plus vite que la moyenne.

Edité par Gilles Trequesser

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