Ligue 1: derrière Paris et Monaco, un mercato bien terne

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par Gregory Blachier et Dimitri Rahmelow

PARIS (Reuters) - Il n'y a pas besoin d'aller bien loin pour trouver les deux plus gros transferts de l'été européen à ce jour. Edinson Cavani et Radamel Falcao évolueront tous deux en Ligue 1 cette saison.

Il n'y pas plus besoin d'avoir la bosse des maths pour faire le compte des mouvements supérieurs à cinq millions d'euros cet été dans le championnat de France: derrière le Paris Saint-Germain et Monaco, seul Marseille s'est laissé tenter.

Si rien ne garantit que la lutte pour le titre se réduira à un duel entre le PSG et l'ASM, comme beaucoup le prédisent, ils ont fait cavalier seul sur un marché des transferts par ailleurs plus terne que jamais pour des clubs français trop endettés.

"Le PSG et Monaco sont clairement hors marché français. Le marché français est un marché à 18 clubs. Il y a eu une quarantaine de millions d'euros dépensés, pour l'instant, par les clubs français, contre 250 par le PSG et Monaco", résume l'agent de joueurs Frédéric Guerra.

En attendant que se concluent quelques mouvements pressentis chez les grands d'Europe, dont l'éventuelle arrivée de Gareth Bale au Real Madrid qui pourrait faire du Gallois le joueur le plus cher de l'histoire, Paris et Monaco ont tout écrasé.

En quelques semaines, ils ont tour à tour effacé le record du plus gros transfert de Ligue 1, avec les arrivées de Falcao en principauté puis de Cavani dans la capitale, estimées à 60 et 64 millions d'euros respectivement.

Mieux, Monaco a profité à plein de la fortune, la 119e mondiale, de son propriétaire russe Dmitry Rybolovlev.

Le promu est à cette heure le club qui a le plus dépensé en Europe -près de 150 millions d'euros-, devant Manchester City et le PSG (110 millions). Ainsi James Rodriguez, Joao Moutinho ou Jérémy Toulalan, entre autres, ont rejoint la principauté, pendant que Marquinhos et Lucas Digne signaient à Paris.

"IMMOBILISME"

Ces opérations spectaculaires, si elles profiteront à la Ligue 1 indirectement en aiguisant l'intérêt des diffuseurs étrangers, n'ont pour autant pas réanimé le marché français.

Seuls les 15 millions d'euros misés sur le latéral gauche lillois sont allés à un rival national et le Losc, un des plus gros vendeurs de l'été, avait comme la plupart des clubs trop de déficit à éponger pour réinvestir.

La situation de Lille illustre parfaitement la logique qui a prévalu en Ligue 1: vendre avant d'acheter, voire vendre seulement, car les clubs français n'ont pas assez de recettes -ce que le renouvellement des stades palliera un peu à l'avenir- et paient leurs errements passés.

"Tout est monté au plafond, et les droits télés ne suffisent plus", reprend Guerra.

"C'est l'immobilisme, la conséquence d'une crise économique mais aussi du fait qu'il y a beaucoup de clubs qui ont beaucoup de joueurs sous contrat et qu'il faut payer", reprend Guerra.

Derrière Paris et Monaco, seul Marseille a fait frémir le marché, parce qu'il avait entrepris depuis un an d'assainir ses comptes et parce qu'il n'avait pas prévu dans son budget de jouer la Ligue des champions cette année -donc d'en encaisser les subsides.

L'OM a donc fait exception parmi les 18 autres clubs en dépensant un peu plus de 20 millions d'euros pour s'attacher les services de Dimitri Payet (Lille), Gianelli Imbula (Guingamp), Benjamin Mendy (Le Havre) et Saber Khlifa (Evian).

L'autre exception pourrait être Saint-Etienne, qui a réalisé après Marseille -et hors PSG et Monaco- les deux transferts les plus importants de l'été, en termes de prix, avec Franck Tabanou et Benjamin Corgnet. Mais ils ont été rendus possibles par la vente de Pierre-Emerick Aubameyang à Dortmund.

À LYON, LES GRANDS DÉPARTS

Les Verts se démarquent d'ailleurs par leur politique salariale, qui introduit une part variable importante, avec un plafond raisonnable -à l'échelle du football- de la part fixe. Une tendance que beaucoup de clubs pourraient suivre.

"Il y a eu beaucoup d'excès en matière de salaires. On a trop facilement donné de bons salaires à des joueurs moyens, des très bons salaires même", explique l'agent Bruno Satin.

"En général, vous les prenez pour trois ou quatre ans. Après, il faut les payer. Et s'il se révèle qu'ils ne sont pas attendus, il faut leur trouver un point de chute avec une moins-value en terme d'indemnité de transfert."

Lyon, troisième budget de Ligue 1 (133 millions d'euros) en est l'illustration. L'OL, engagé dans une stratégie à long terme avec la construction de son stade des Lumières et contraint de résorber son imposant déficit, a rangé le carnet de chèques qu'il avait utilisé pour Lisandro Lopez ou Yoann Gourcuff.

Il se désespérait jusqu'aux derniers jours de vendre Bafétimbi Gomis et a finalement laissé filer l'Argentin après, déjà, Dejan Lovren, Michel Bastos ou Fabian Monzon.

Dans le sens inverse, Lyon a pris Gaël Danic pour 800.000 euros, Henri Bedimo pour deux millions et Miguel Lopes en prêt, en attendant peut-être un remplaçant pour Lisandro.

A l'image de l'OL, la plupart des clubs français ont limité les frais, même ceux qui comme Lille ont bien vendu.

"Avant, il n'y avait pratiquement pas de transferts entre 500.000 et un million d'euros. Tout était en millions. On va revenir à une espèce de norme. Les gens vont se sécuriser comme ça", prédit Bruno Satin, qui s'attend tout de même à un peu d'agitation fin août, grâce aux clubs anglais.

Car, explique-t-il: "Nous sommes, plus que jamais, le centre de formation de l'Europe."

Edité par Julien Prétot

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