Liesse dans les rues de Téhéran après l'accord sur le nucléaire

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(Actualisé avec scènes de fête après la rupture du jeune) par Bozorgmehr Sharafedin Nouri et Babak Dehghanpisheh DUBAI/BEYROUTH, 14 juillet (Reuters) - Jeunes Iraniens et Iraniennes ont dansé dans les rues de Téhéran mardi pour célébrer l'accord avec les grandes puissances sur le nucléaire, dont l'annonce a été accueillie par des concerts de klaxons par une population qui espère la levée des sanctions économiques et la fin de l'isolement international de son pays. Dans les quartiers plutôt aisés du nord de Téhéran, les grands axes ont été envahis à la nuit tombée par des automobilistes dont les autoradios crachaient de la musique et qui soufflaient dans des trompettes qui n'ont habituellement droit de cité que lorsque l'Iran se qualifie pour la Coupe du monde de football. Les festivités qui avaient débuté au moment de la conférence de presse finale des négociations de Vienne, retransmise en direct à la télévision d'Etat comme -- chose impensable la veille encore -- le discours du président américain Barack Obama, ont gagné en intensité après la rupture du jeune de ramadan. Une Iranienne jointe par téléphone sur la place Vanak, dans le nord de la capitale, a raconté à Reuters que les habitants achetaient des sucreries qu'ils distribuaient aux passants. Des jeunes, les épaules recouvertes du drapeau iranien, brandissaient des portraits du président Hassan Rohani, d'autres des panneaux sur lesquels on pouvait lire "Ne renoncez jamais à l'espoir", le mot d'ordre de Mir Hossein Moussavi, un des deux chefs de ville de la "révolution verte" avortée de 2009, qui vit en résidence surveillée depuis quatre ans. Les Iraniens, qui ont subi de plein fouet l'effet des sanctions sur leur vie quotidienne, notamment ces trois dernières années depuis que Téhéran n'a plus accès au système bancaire international, ont écouté Hassan Rohani saluer "la fin des actes de tyrannie contre notre pays et le début de la coopération avec le monde". "Les gens peuvent enfin voir leur vote se concrétiser", a réagi Behrouz Janfada, responsable informatique d'un institut d'éducation, qui avait voté en 2013 pour le chef de l'Etat, présenté comme le candidat le plus "modéré" lors de la dernière présidentielle. "Rohani avait promis pendant sa campagne électorale de résoudre la question nucléaire, il a été élu et il a réussi à sauver l'Iran des sanctions et de la menace d'une guerre. Cela nous donne de l'espoir et le sentiment que l'on a notre mot à dire", a-t-il confié. LA POLICE LAISSE FAIRE Même si les conservateurs, qui contrôlent l'appareil sécuritaire, sont loin de partager cet enthousiasme, la police avait indiqué qu'elle n'empêcherait pas les Iraniens de faire la fête tant que les lois et la morale religieuse sont respectées. Selon des habitants du nord de Téhéran, des policiers ont même participé aux festivités dans la soirée. L'ayatollah Ali Khamenei, le guide suprême de la République islamique, qui s'était livré ce week-end à une violente charge contre les Etats-Unis (voir ID:nL8N0ZR0PJ ) ne s'est pas encore exprimé sur l'accord, après avoir soutenu du bout des lèvres les négociations. En revanche, les dirigeants réformistes, marginalisés depuis la répression de la "révolution verte" de 2009, ont fait part de leur satisfaction. "L'important, à mes yeux, c'est que l'Iran ait réussi à s'entendre avec le reste du monde, et qu'il n'ait pas été humilié", a déclaré à Reuters Abbas Abdi, un des étudiants qui avaient attaqué l'ambassade des Etats-Unis à Téhéran en 1979, prenant 52 diplomates en otage pendant 444 jours, mais a depuis rejoint le camp réformateur. Chez certains, la prudence reste cependant de mise tant que les sanctions n'ont pas été levées et, surtout, disent-ils, que cela ne se traduit pas de manière réellement positive sur la vie des Iraniens. "On dirait qu'on a gagné la Coupe du monde mais ce n'est pas ce que je ressens", a expliqué Nassim, un graphiste qui peine à joindre les deux bouts. "Les rues de Téhéran sont pleines de voitures hors de prix. C'est ça l'effet des sanctions. Ceux qui avaient de l'argent se sont enrichis et les pauvres sont restés pauvres et le resteront." Selon des habitants joints sur place, les festivités ont d'ailleurs été beaucoup plus discrètes dans les quartiers défavorisés du sud et de l'est de Téhéran que dans le nord de la capitale. (Tangi Salaün pour le service français)

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