Licencié pour avoir fait du covoiturage avec sa voiture de fonction

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Durant trois ans, un employé réalisait ses trajets professionnels en covoiturage avec sa voiture de fonction, rapporte Ouest-France. Le Figaro a tenté de faire le point sur les usages que peut faire un salarié avec ce véhicule.

Utilisez-vous votre voiture de fonction pour faire du covoiturage? Durant trois années consécutives, un directeur d'une agence bordelaise inscrivait son véhicule de fonction sur le site de Blablacar, pour réaliser ses trajets professionnels entre Bordeaux et Bouguenais, près de Nantes, où se situe le siège de son entreprise, rapporte Ouest-France , ce mardi. Si covoiturer avec une voiture de fonction n'est pas interdit par la loi, l'entreprise l'a tout de même licencié.

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Premier motif avancé par le salarié, le désir de ne pas réaliser ce long voyage de trois heures seul. Il semble également avoir une fibre altruiste: les gains empochés au cours d'une vingtaine de trajets étaient en partie reversés à deux associations caritatives: les Clowns Stéthoscopes et Surf Ride. «Soit 610€, relevé d'imposition à l'appui», souligne le quotidien. Une cause qui n'a visiblement pas ému son employeur. «Son couplet de personne désintéressée est bien gentil, mais il est clairement dans une démarche onéreuse», soutient l'avocate de l'employeur, citée par Ouest-France. Résultat, l'affaire se retrouve aujourd'hui au tribunal des Prud'hommes. Le salarié exige 340.000 euros, et dénonce un licenciement abusif. Il soutient que l'interdiction de faire du covoiturage n'est pas stipulé dans le règlement intérieur. Il faudra attendre le 4 juillet prochain pour connaître la décision du juge.

Vérifiez que votre assurance est conforme

Pour l'instant, difficile de savoir si le licenciement sera validé comme reposant sur une cause «réelle et sérieuse». De fait, il subsiste un véritable flou juridique sur les différents usages d'un véhicule de fonction. «Il n'existe aucune réglementation, claire et stricte, en la matière», explique Stéphane Béal, directeur du département Droit social au cabinet FIDAL. «Toute l'ambiguïté se situe dans l'usage “privé” d'une voiture de société». Lorsque cette dernière est octroyée pour un usage, professionnel et privé, elle peut être utilisée à des fins personnelles. En principe, le salarié peut donc transporter n'importe qui.

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Dans les faits, covoiturer avec sa voiture de fonction pose plusieurs difficultés pour l'employeur. «La problématique réside surtout dans l'assurance du véhicule», explique Xavier Berjot, associé au cabinet OCEAN Avocats. «Le Conducteur d'un véhicule de fonction doit spécialement vérifier que son assurance lui permet de transporter des passagers et que son assurance couvre toutes les personnes transportées ainsi que les éventuelles conséquences résultant d'un incident pouvant intervenir sur un trajet de covoiturage», spécifie le site de Blablacar, dans ses Conditions Générales. En l'absence d'assurance conforme, «faire du covoiturage peut être considéré comme une faute grave par l'employeur», selon Xavier Berjot. De fait, en cas d'incident ou d'accident plus grave, la faute peut retomber sur l'entreprise, en tant que propriétaire du véhicule, chargé de souscrire à une assurance adéquate.

Tirer des bénéfices d'un covoiturage avec une voiture de fonction, «une activité illicite»?

Le covoiturage avec une voiture de fonction présente aussi un autre inconvénient pour l'entreprise. Il doit en effet, en tant que risque routier, figurer dans un document d'évaluation des risques professionnels auxquels sont soumis les salariés. «Toute la difficulté pour les entreprises est d'évaluer le risque du covoiturage», assène Stéphane Béal. «En cas de manquement, l'employeur risque d'engager sa responsabilité pénale», rappelle un document réalisé par l'Assurance Maladie. Pour le directeur du département de Droit social du cabinet FIDAL, un employeur peut tout à fait interdire le covoiturage avec un véhicule de fonction pour ce motif.

Une entreprise peut également proscrire le covoiturage au motif que le salarié peut en dégager des bénéfices financiers. Un arrêt de la Chambre commerciale de la Cour de cassation rendu le 12 mars 2013 semble faire jurisprudence à ce sujet. «Cet arrêt explique que des salariés d'une entreprise peuvent faire du covoiturage tant qu'ils partagent les frais, mais qu'ils n'en tirent pas des revenus», détaille Stéphane Béal. «Dans le cadre d'une voiture de fonction, quels frais voulez-vous que l'employé partage avec les passagers puisque tout est pris en charge par l'employeur?». Faire du covoiturage avec sa voiture de fonction peut donc être perçu comme «une activité illicite», voire porter «atteinte à l'image de l'entreprise», selon Xavier Berjot.

Vérifier son contrat de travail et le règlement intérieur.

«L'enjeu, entre l'employeur et l'employé, c'est la loyauté et le respect du contrat de travail», insiste l'avocat associé au cabinet OCEAN Avocats. «Il est donc primordial que chaque salarié, qui se voit attribuer une voiture de fonction, consulte à la fois son contrat de travail, et le règlement intérieur de l'entreprise pour vérifier les usages qu'il peut faire de sa voiture de fonction». S'il n'existe aucune mention relative à cette question, les deux avocats consultés par Le Figaro préconisent d'interroger l'employeur.

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Vidéo: les motifs de licenciement

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