Libéré, Mikhaïl Khodorkovski gagne aussitôt l'Allemagne

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MIKHAÏL KHODORKOVSKI EN ALLEMAGNE
MIKHAÏL KHODORKOVSKI EN ALLEMAGNE

par Lidia Kelly et Michelle Martin

MOSCOU/BERLIN (Reuters) - L'ancien oligarque russe Mikhaïl Khodorkovski, que Vladimir Poutine vient de gracier, est arrivé vendredi en Allemagne, quelques heures après avoir été libéré de la colonie pénitentiaire où il a passé des années dans le Grand Nord russe.

"Je peux confirmer que Mikhaïl Khodorkovski est arrivé à l'aéroport (berlinois) de Schönefeld aujourd'hui" a déclaré un porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères.

L'intéressé a été accueilli à sa descente d'avion par Hans-Dietrich Genscher, l'ancien chef de la diplomatie de la RFA qui a joué un rôle majeur dans les relations Est-Ouest à la fin de la Guerre froide et qui a aidé à organiser son voyage à Berlin.

Genscher a déclaré à la chaîne de télévision ARD avoir été reçu deux fois par Poutine pour évoquer l'affaire Khodorkovski. Il a révélé que la chancelière Angela Merkel avait "exhorté à plusieurs reprises" le président russe d'élargir l'ancien oligarque.

Les services pénitentiaires russes avaient fait savoir que l'ancien oligarque avait demandé les documents nécessaires pour sortir de Russie et était parti pour l'Allemagne.

Un temps incarcéré en Sibérie, Mikhaïl Khodorkovski a passé ses dernières années de détention dans la colonie pénitentiaire n°7, à Segueja près de la frontière finlandaise, à 300 km du cercle polaire, dans une région naguère célèbre pour ses goulags.

Vladimir Poutine a surpris tout le monde jeudi en annonçant, au terme d'une conférence de presse de quatre heures, son intention de gracier l'ancien oligarque, emprisonné depuis dix ans pour détournement de fonds.

De source gouvernementale russe, on déclarait vendredi que la grâce présidentielle permettrait d'atténuer, à un moment opportun, les critiques de l'Occident concernant la situation des droits de l'homme en Russie.

EN VUE DE SOTCHI

L'annonce de sa libération tombe de fait à quelques semaines de l'ouverture, en février, des Jeux olympiques d'hiver de Sotchi, dont Vladimir Poutine veut faire une vitrine de la réussite et de la puissance de la Russie.

"Je pense que la décision de libérer les 'Pussy Riot' et Khodorkovski a été prise juste avant les Jeux olympiques de manière à ce qu'ils (les détracteurs occidentaux de Poutine) ne puissent plus brandir ces arguments-là," a-t-on ajouté.

Vladimir Poutine a également annoncé jeudi la grâce des deux membres encore emprisonnés du groupe punk "Pussy Riot", Nadejda Tolokonnikova, 24 ans, et Maria Alyokhina, 25 ans, qui purgeaient une peine de deux ans de camp pour leur "prière punk" dirigée contre le président russe, en février 2012 dans la basilique du Christ-Sauveur à Moscou.

Les deux membres des "Pussy Riot" bénéficient d'une amnistie qu'a adoptée la chambre basse du Parlement russe cette semaine à l'occasion du 20e anniversaire de la Constitution russe post-soviétique.

"PRINCIPES D'HUMANITÉ"

Le décret présidentiel précise que la grâce accordée par Vladimir Poutine "est guidée par les principes d'humanité", et qu'elle prend effet immédiatement.

En annonçant la grâce jeudi, Vladimir Poutine avait affirmé répondre à une demande formulée par Khodorkovski en raison de la mauvaise santé de sa mère, Marina.

Mikhaïl Khodorkovski a confirmé vendredi, après avoir recouvré la liberté, avoir demandé la clémence de Vladimir Poutine pour des raisons familiales. Il a assuré qu'il n'avait pas pour autant reconnu la moindre culpabilité dans les faits qui lui avaient valu sa condamnation.

Arrêté sur une piste d'aéroport en Sibérie en octobre 2003 puis condamné à dix ans de prison pour détournement de fonds et fraude, Mikhaïl Khodorkovski, 50 ans, aurait normalement fini de purger sa peine dans huit mois, soit en août prochain.

Le groupe pétrolier Ioukos qu'il dirigeait a été démantelé et ses différentes branches ont été mises en vente. Une bonne part d'entre elles ont fini dans l'escarcelle de la compagnie pétrolière nationale russe Rosneft.

Le PDG de Rosneft, Igor Setchine, a estimé vendredi qu'il n'y avait pas de risque d'action en justice de la part de Mikhaïl Khodorkovski après sa libération.

Pour ses partisans, Mikhaïl Khodorkovski a été emprisonné avant tout pour des raisons politiques car il pouvait devenir un rival de l'actuel chef du Kremlin. Et ses partisans craignaient que sa peine ne soit prolongée, comme cela a déjà été le cas une fois par le passé.

Pour le politologue Gleb Pavlovski, interrogé par la radio indépendante Echo de Moscou, Vladimir Poutine n'aurait pas permis la libération de Khodorkovski s'il le considérait encore comme une menace.

Avec Alissa de Carbonnel et Vladimir Soldatkin à Moscou et Tatyana Makeyeva à Segezha, en Russie; Pascal Liétout, Eric Faye et Jean-Loup Fiévet pour le service français

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