Libération des deux cadres de Goodyear-Amiens

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LIBÉRATION DES DEUX CADRES DE GOODYEAR-AMIENS
LIBÉRATION DES DEUX CADRES DE GOODYEAR-AMIENS

LILLE (Reuters) - Les ouvriers de l'usine Goodyear d'Amiens-Nord ont libéré mardi les deux cadres qu'ils détenaient depuis 24 heures pour obtenir des indemnités de licenciement conséquentes, prélude à de possibles négociations pour une reprise partielle du site.

Le directeur de la production et le directeur des ressources humaines sont sortis encadrés par des policiers alors que la CGT avait annoncé son intention d'aller "jusqu'au bout" mais les syndicalistes ont ensuite décidé d'occuper le site.

"Nous exigeons des négociations, nous exigeons que Goodyear mette de l'argent sur la table, nous voulons une prime de départ, à partir de maintenant nous occupons l'usine pour obtenir cela", a déclaré par téléphone à Reuters Mickaël Wamen, responsable de la CGT.

Le conflit s'était radicalisé dans la journée, après une nuit de séquestration des deux cadres de l'usine. La CGT espérait pouvoir négocier de meilleures conditions de départ pour les salariés dans la journée mais la direction a exigé la libération de ses cadres avant d'entamer des discussions.

La direction de Goodyear avait saisi mardi le tribunal de grande instance d'Amiens qui avait désigné un huissier dans la matinée pour constater la situation au sein de l'usine.

"Dans le cadre de la concertation et de la médiation engagées depuis (lundi) avec l'entreprise et les représentants des salariés, le syndicat CGT a annoncé avoir accepté la libération des cadres retenus contre leur gré", a expliqué le préfet de la Somme dans un communiqué.

LES SYNDICATS DÉBOUTÉS

La fermeture du site Goodyear d'Amiens-Nord a été annoncée en janvier 2013, après des années de relations tendues entre les dirigeants de Goodyear et les syndicats.

La direction de Goodyear a annoncé en novembre que la procédure de consultation du personnel était terminée.

Les syndicats, qui avaient entamé des procédures pour faire annuler le plan social annoncé et les 1.170 suppressions d'emplois, ont été déboutés le 20 décembre.

La CGT réclame, s'il n'y a pas de repreneur, "un plan de départs volontaires" assorti d'indemnités importantes pour tous les salariés licenciés.

"On demande la base du plan de départs volontaires, c'est-à-dire le minimum de 80.000 euros pour les nouveaux embauchés et jusqu'à 180.000 euros pour les anciens, plus 1.500 euros par année d'ancienneté", a précisé Franck Jurek, un autre responsable de la CGT.

REPRISE PARTIELLE?

Le gouvernement français, qui a condamné mardi les méthodes de la CGT, a appelé les parties à se mettre autour de la table de la négociation pour trouver une solution.

"Les conditions qui ont été posées par le repreneur sont que le conflit soit enfin soldé, ce qui n'est toujours pas le cas", a déclaré le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, lors des questions au gouvernement à l'Assemblée.

"J'appelle Goodyear et la CGT, et les salariés, à se concilier et à trouver enfin le chemin de la reprise de cette usine, elle sera partielle mais elle aura sauvé un outil industriel auquel nous tenons", a-t-il ajouté.

Le patron du groupe américain Titan, un temps intéressé par le rachat de l'usine avec la reprise de 333 salariés, a qualifié sur RTL les syndicalistes d'Amiens-Nord de preneurs d'otage.

"C'est vraiment stupide", a déclaré Maurice Taylor. "Aux Etats-Unis, c'est du kidnapping. S'ils faisaient ça là-bas, ils iraient en prison. Pourquoi ne vont-ils pas (...) faire un hold-up dans une série de banques françaises? Ainsi, ils pourraient racheter Goodyear (...) Ils sont fous."

Le Medef, principale organisation patronale française, a pour sa part condamné la séquestration des deux cadres -"des pratiques d'un autre âge, totalement inacceptables".

Le secrétaire national du Parti communiste français, Pierre Laurent, a en revanche jugé "légitime" la colère des salariés de Goodyear, dans une interview à RMC et BFMTV.

"Je les soutiens, je les ai soutenus depuis le premier jour. Moi, ça me tord les tripes quand j'entends ça."

Pierre Savary à Lille, avec Emmanuel Jarry à Paris, édité par Yves Clarisse

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