Liban-Manifestation à Beyrouth, le PM menace de démissionner

le , mis à jour à 23:20
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* Le Premier ministre menace de démissionner * Risque d'une crise constitutionnelle * Un Etat quasiment défaillant (Actualisé tout du long) par Laila Bassam et Tom Perry BEYROUTH, 23 août (Reuters) - Des violences ont émaillé une nouvelle manifestation réunissant dimanche dans le centre de Beyrouth plusieurs milliers de personnes contre le gouvernement d'union nationale du Premier ministre libanais Tammam Salam qui a menacé de démissionner. Les protestataires, qui se sont rassemblés près du siège du gouvernement dans le centre de Beyrouth, réclamaient des mesures pour mettre fin à la crise du ramassage des ordures ménagères. Le cabinet dirigé par Tammam Salam est pris dans des rivalités politiques et communautaires exacerbées par les différentes crises au Proche-Orient et notamment par la guerre civile en Syrie. Dans une allocution télévisée, le chef du gouvernement a mis en garde ses concitoyens contre le risque d'un effondrement politique, un scénario dont il n'entend pas faire partie, a-t-il dit ajoutant qu'au-delà de la crise des ordures ménagères se posait le problème du "dépotoir politique" que représetait le pays. Exaspérés par le problème du ramassage des ordures ménagères, les habitants de la capitale libanaise ont lancé une opération baptisée "You Stink" ("Tu Pues") visant directement le gouvernement. Les forces de l'ordre ont fait usage de canons à eau et de gaz lacrymogène pour disperser les manifestants qui ont lancé des bouteilles et des pierres en direction des cordons de police. Des coups de feu ont été entendus lorsque les forces de sécurité ont tiré en l'air. "Le peuple veut la chute du régime", scandaient certains manifestants. L'agence nationale de presse a rapporté que des cocktails Molotov avaient été lancés sur les forces de l'ordre. "Les gens manifestent parce qu'il n'y a plus d'électricité. Il y a un million de problèmes et les ordures ménagères ne sont que la goutte d'eau qui fait déborder le vase", a expliqué Samer Abdoullah, un manifestant de 39 ans. ENTRE L'IRAN ET L'ARABIE SAOUDITE Des scènes similaires s'étaient produites samedi soir, se traduisant par une trentaine de blessés. "Ce que nous voulons est de récupérer nos droits - l'électricité, l'eau et les ordures que nous voulons voir ramassées dans les rues", a dit Ahmed Koubaissi, se décrivant comme un militant âgé d'une vingtaine d'années. Tammam Salam, 70 ans, a souvent exprimé sa frustration face aux moyens limités dont disposait son gouvernement qui réunit les principaux partis libanais, dont le Courant du futur (sunnite) de Saad Hariri, le Hezbollah (chiite) et les formations chrétiennes. Le gouvernement de Salam s'est constitué avec l'approbation des puissances étrangères, d'une part l'Iran chiite et d'autre part l'Arabie saoudite sunnite qui l'un et l'autre exercent une influence sur les factions rivales. "Je préviens que nous allons vers l'effondrement si cette affaire continue", a prévenu le chef du gouvernement. "Honnêtement, je ne ferai pas partie et je ne collaborerai pas à cet effondrement", a dit Salam. "Que tous les responsables et toutes les fores politiques endossent la responsabilité", a-t-il ajouté. Si Salam démissionnait, un gouvernement de transition serait mis en place mais ce départ provoquerait une crise constitutionnelle. Suivant la constitution libanaise, c'est le chef de l'Etat qui désigne le chef du gouvernement. La présidence est toutefois vacante depuis que le mandat de Michel Souleiman est arrivé à terme il y a plus d'un an. Son remplacement exigerait un accord politique qui ne pourrait être obtenu qu'avec l'approbation de l'Iran et de l'Arabie saoudite. "La crise des ordures ménagères n'est que la goutte d'eau qui fait déborder le vase mais le problème est bien plus compliqué. Le problème est celui du dépotoir politique de ce pays", a commenté Salam. Il a rappelé que le gouvernement fortement endetté pourrait ne plus être en mesure d'acquitter les salaires des fonctionnaires le mois prochain et le Liban pourrait se voir classer dans la catégorie des "Etats défaillants". La dette publique atteint 143% du PIB, a précisé une source gouvernementale. (Tom Perry; Pierre Sérisier pour le service français)

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