Les violences en Syrie sèment le doute sur la mission de l'Onu

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LES VIOLENCES COMPLIQUENT LA MISSION DES OBSERVATEURS DE L'ONU EN SYRIE
LES VIOLENCES COMPLIQUENT LA MISSION DES OBSERVATEURS DE L'ONU EN SYRIE

par Douglas Hamilton

BEYROUTH (Reuters) - Les violences en Syrie ont compliqué mardi les préparatifs de la mission des six premiers observateurs de l'Onu, chargée de veiller au respect du cessez-le-feu négocié par Kofi Annan, dont les effectifs prévus à terme pourraient ne pas suffire à leur tâche.

Ce premier groupe d'observateurs, arrivés à Damas dimanche, a pour mission de préparer l'arrivée de 250 observateurs supplémentaires pour veiller au respect du cessez-le-feu.

Mais le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, qui a déclaré mardi que le cessez-le-feu avait été "observé de manière globale" même si la violence continuait, a estimé que les effectifs complets prévus pour la mission ne seraient "pas suffisants au regard de la situation actuelle et de la taille du pays".

Les Nations unies, a-t-il ajouté, demanderont à l'Union européenne de lui fournir des hélicoptères et des avions pour faciliter la mobilité de la mission, ce qu'il proposera officiellement mercredi au Conseil de sécurité.

Néanmoins, il n'est pas certain que le président Bachar al Assad autorisera l'envoi d'un plus grand nombre de soldats de l'Onu et d'avions étrangers.

Seules de courtes trêves ont pour l'instant été observées.

L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), qui avait fait état de 23 morts lundi, rapporte qu'au moins trois personnes ont été tuées mardi et une dizaine d'autres blessées lors de bombardements de l'armée sur la ville de Basr al-Harir, dans la province de Deraa.

Au nord, dans la province d'Idlib, des tirs de mortier et de mitrailleuses ont également fait quatre morts dans deux villages, toujours selon cette source.

A Homs, les quartiers de Khalidiya et de Bayada ont été pris pour cible, après la reprise des attaques de l'artillerie samedi, deux jours après l'entrée en vigueur du cessez-le-feu.

Une vidéo amateur mise en ligne sur internet ce week-end montre par ailleurs des militaires cantonnés dans la campagne tirant calmement en cercle, sur des cibles non visibles, à l'aide de mortiers de différents calibres.

"Nous soutenons totalement M. Annan et son plan en six points, mais malheureusement, les assassinats se poursuivent", a déclaré le Premier ministre du Qatar à l'issue d'une rencontre entre des ministres de la Ligue arabe et Kofi Annan, l'émissaire spécial pour la Syrie à l'origine du cessez-le-feu et du déploiement d'observateurs.

"Nous craignons que le régime ne joue avec le temps. Nous en avons fait part à M. Annan", a ajouté cheikh Hamad bin Jabr al Thani.

MAINTENIR LA PRESSION

La France accueillera jeudi une réunion des ministres des Affaires étrangères des pays du groupe des "Amis de la Syrie" pour adresser un message de fermeté au régime de Bachar al Assad.

Dans la journée, Alain Juppé, le chef de la diplomatie française, a prôné un durcissement des sanctions contre Damas après le gel d'actifs financiers de dignitaires et d'exportation de pétrole.

"Nous devons maintenir la pression sur le régime syrien. Cela passe par le renforcement des sanctions, qui ont un impact sur les autorités syriennes", a-t-il dit lors d'une conférence internationale sur la Syrie à Paris.

"Le régime syrien doit comprendre qu'il ne peut continuer impunément à poursuivre la répression et refuser la transition politique prévue par le plan Annan et attendue par les Syriens", a-t-il ajouté.

De son côté, Susan Rice, représentante des Etats-Unis à l'Onu, a jugé que "la sagesse et la viabilité de l'envoi de la mission à effectifs complets" seraient remises en question si la violence ne cesse pas.

Les six observateurs de l'Onu, qui se sont pour la première fois aventurés mardi hors de Damas, se rendant à Deraa, dans le Sud, ont été placés sous la direction du colonel marocain Ahmed Himmiche.

Le général norvégien Robert Mood était arrivé le 5 avril en Syrie avec une équipe de dix personnes avant de repartir à Genève le 10 avril pour faire son rapport à Kofi Annan.

Depuis, il est rentré à Oslo et n'a plus fait parler de lui en public, laissant courir l'idée qu'il ne souhaiterait pas être associé à une nouvelle mission qu'il ne soutiendrait pas.

L'ambassadeur de Russie auprès de l'Onu, Vitali Tchourkine, l'a accusé de "fuir au milieu de l'action". L'équipe d'Annan a démenti l'existence d'un problème. Mood n'a pas pu être joint.

Ban Ki-moon a déclaré que l'équipe Himmiche "essaiera de faire des propositions concrètes d'ici le 18 avril pour l'envoi d'une mission d'observation officielle". La prochaine étape prévoit l'envoi à Damas d'un groupe de 25 observateurs.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a dénoncé mardi des ingérences extérieures en Syrie, qui sapent selon lui les efforts en vue d'un règlement pacifique de la crise en aidant l'opposition.

"Les forces gouvernementales prennent bien sûr des mesures pour réagir à de telles provocations et il ne faut pas s'étonner que tout ne se passe pas tout à fait comme prévu jusqu'à maintenant", a-t-il dit.

Avec Dominic Evans et Oliver Holmes à Beyrouth et les rédactions de Moscou, des Nations unies et de Paris; Hélène Duvigneau pour le service français, édité par Henri-Pierre André

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