Les vins australiens dopés par le dollar faible

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Depuis deux ans, le dollar australien pénalisait les exportations. La tendance s'est inversée au début de l'été.

Envoyé spécial à Yarra Valley (Australie)

«Parler de taux de change entre ces murs n'est permis que depuis deux mois.» Le regard est franc, mais le rictus affiché par James Wilson, responsable commercial de Casella Wines, trahit la crise à laquelle son entreprise, le plus gros exportateur viticole australien vers les États-Unis (39% des volumes), a dû faire face ces dernières années.

Jusqu'au début de l'été, le dollar australien fort a lourdement pénalisé les exportations de ses industriels, à l'exception notable des miniers. Les vignerons australiens ont dû faire le dos rond en s'asseyant sur leur marge afin de maintenir leur volume aux États-Unis où, avec 18 % de part de marché, ils sont les deuxièmes acteurs étrangers du secteur derrière l'Italie. «Notre marque, Yellow Tail, est en volume la troisième aux États-Unis après Mondavi et Barefoot, on ne pouvait pas se permettre d'abandonner le marché américain avec la concurrence que nous y mènent d'autres pays. Il fallait attendre que l'orage passe», poursuit James Wilson, qui produit 110 millions de litres de vins par an. Ainsi, au printemps, alors que le dollar australien était encore à son faîte, cette multinationale, dont le capital demeure familial, a enregistré sa première perte trimestrielle en vingt ans. Casella, qui revendique des vins «faciles à boire» au goût standardisé, vendus environ 6 ¤ chez le détaillant américain, s'est tourné vers d'autres marchés, comme la Chine et le reste de l'Asie, ou encore le Royaume-Uni. Tout en maintenant ses volumes outre-Pacifique, elle a ramené la part de ses revenus américains de 90% en 2004 à 66% en 2012.

Les taxes sur le vin s'élèvent à 41% en Australie

Le taux de change défavorable n'explique pas à lui seul tous les déboires qu'a connus le vin australien ces derniers mois. Ici, la politique des volumes supplante celle de la qualité. À une cinquantaine de kilomètres au nord de Melbourne, dans la Yarra Valley, les vignerons du cru tentent de faire émerger un vignoble supérieur. «Nos gros exportateurs Casella et Treasure Wines font un travail commercial remarquable, mais ils donnent à voir des vins australiens de faible qualité. Cette image nous pénalise. Il est difficile pour nous d'accéder à certains marchés», regrette Clare Halloran, ½nologue de TarraWarra, un vignoble niché au c½ur d'un complexe ½notouristique.

«Notre part à l'export a représenté jusqu'à 60% de nos ventes, explique pour sa part William Lunn, l'½nologue de Yering Station, le plus vieux vignoble de l'État de Victoria, créé en 1838. Aujourd'hui, l'étranger ne représente plus que 40% de nos volumes. Nous avons été chassés par les vins bon marché. La contrepartie, c'est que si les volumes ont chuté, nos marchés à l'export sont devenus plus rentables en Angleterre, en Chine et en Thaïlande.»

Si la cherté du dollar australien a également encouragé les producteurs à se tourner davantage vers un marché domestique qui lui préfère encore la bière, le vin se trouve également confronté à un autre frein d'ordre fiscal. La taxe sur le jus de treille s'élève ici à 41%.

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