Les Verts saluent "Dany" par un procès d'intentions européennes

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LES VERTS SALUENT "DANY" PAR UN "PROCÈS" D'INTENTONS EUROPÉENNES
LES VERTS SALUENT "DANY" PAR UN "PROCÈS" D'INTENTONS EUROPÉENNES

par Gregory Blachier

PARIS (Reuters) - Daniel Cohn-Bendit a été appelé jeudi à répondre de dizaines d'années d'activisme européen, lors d'un insolite et ultime meeting avec ses compagnons de route écologistes en forme de procès, clin d'oeil à la fin de sa carrière politique.

L'homme qui avait permis à Europe Ecologie-Les Verts de faire un score historique aux élections européennes de 2009 (16,28%) quitte Strasbourg après vingt années de présence, durant lesquelles il aura alterné mandats allemands et français.

"J'ai déjà eu 24 procès ! La seule chose à laquelle ils ne peuvent pas me condamner c'est être encore député européen", a-t-il dit à la presse. "Ça me fait quelque chose mais le samedi d'après, je suis dans l'avion pour Rio."

L'ex-député européen suivra en effet la Coupe du monde de football, une de ses passions, et réalisera un documentaire sur l'événement pour la chaîne de télévision Arte et Libération.

A 69 ans, Daniel Cohn-Bendit, fils de juifs allemands réfugiés en France durant la Seconde Guerre mondiale, expulsé et donc exilé à son tour Outre-Rhin après les événements de Mai-68, demeure un modèle d'Européen convaincu, acharné même.

Cela lui a parfois valu de s'éloigner d'EELV, comme en 2012, lorsqu'il a suspendu son adhésion après le "non" du parti au traité de stabilité européen, énième coup d'éclat dans la carrière du tribun, qui n'en manque pas.

Jeudi, les principaux dirigeants d'EELV ont fait à Paris le procès-hommage non de cette prise de distance mais du militant, pour "trouble à l'ordre établi", "publicité mensongère sur l'Europe" ou encore "occupation illégale de l'espace public".

"PREMIER HOMME POLITIQUE EUROPÉEN"

Ce dernier grief pourrait être à la charge de l'ensemble du parti qui a dû faire appel à lui durant la campagne, alors que les sondages le créditent d'entre 9% et 10% des voix dimanche.

"Ce soir, c'est un événement particulier parce que Daniel Cohn-Bendit est le premier et le seul vrai homme politique européen", a déclaré à Reuters Cécile Duflot, l'ancienne dirigeante d'EELV à Reuters. "Ce n'est pas un homme politique français, pas un homme politique allemand, c'est un homme politique européen."

Avant d'être jugé par Pascal Durand (en président), Eva Joly (en juge d'instruction) et l'ensemble des candidats EELV, "Dany" lui-même regrette ce recul mais en exonère ses amis.

"En France, il y a peu de personnel politique qui incarne l'Europe. Certains de mes camarades montent en puissance, mais c'est compliqué", dit-il jeudi dans un entretien à Libération. "Ils ont fait une bonne campagne mais elle a été trop courte et ce n'est pas de leur fait."

Eux lui savent gré de les avoir accompagnés une dernière fois et d'avoir ajouté sa conviction à leur programme.

Au crépuscule de sa vie parlementaire, Daniel Cohn-Bendit déplore l'absence "d'espace public européen", de ministre des Affaires européennes de plein exercice en France et l'oubli "des grands enjeux de l'Union" dans les débats.

"IL PARLE TROP TÔT ET IL DIT N'IMPORTE QUOI"

Car il est fédéraliste, libéral en économie au point d'être plus proche parfois du centre que de la gauche, et espère voir un jour le président de la Commission européenne élu au suffrage universel direct en même temps que les parlementaires.

"Là, on renforcerait à la fois le pouvoir du Parlement européen et on donnerait une vraie légitimité au président de la Commission (...) Ce serait un big-bang dans l'espace démocratique européen. On ferait exploser les nombrilismes nationaux", dit-il dans Libération.

La semaine dernière, il s'est livré à un énième plaidoyer pour des "Etats-Unis d'Europe", voyant plus loin que les partis de gouvernement français pour qui seule la zone euro paraît digne d'une intégration plus forte.

Lui, ex-co-président du groupes des Verts au Parlement européen, veut une armée et une diplomatie communes, voit dans l'Europe fédérale "l'avenir du bien social".

Il a milité pour cela pendant vingt années, ponctuées de sorties retentissantes qui ont tantôt fait sourire, même ses cibles lorsqu'il a évoqué la "coalition des hypocrites" lors de la réélection de José Manuel Barroso à la tête de la Commission en 2009, tantôt fait réfléchir.

Dans son dernier discours au Parlement, il y a un mois, il avait voulu incarner, plus que jamais, l'Europe.

"Je suis né en 1945, le 4 avril. Imaginez que le 4 avril, j'arrive sur Terre et je commence à parler et je dis à mes parents : 'Dans 50 ans, il n'y aura plus de frontières entre la France et l'Allemagne, le Rhin ne sera plus un frontière mais un fleuve commun'", avait-il lancé.

"Mes parents auraient dit : 'on a un problème. Il parle trop tôt et il dit n'importe quoi. Voilà l'histoire européenne, voilà mon histoire."

(Edité par Yves Clarisse)

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