Les ventes de Noël bloquées par la neige

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Victimes des intempéries depuis dix jours, les distributeurs font tout pour se rattraper d'ici à ce vendredi soir, à coups de promotions et d'ouvertures tardives.

Branle-bas de combat chez Carrefour. Aujourd'hui comme jeudi, 70% des 231 hypermarchés de l'enseigne ont exceptionnellement ouvert dès 8h30, au lieu de 9 heures. Jeudi, ils ont fermé à 23 heures, au lieu de 22 heures.

Officiellement, il s'agit de «permettre aux clients de faire leurs courses de Noël ». En réalité, l'enjeu est de sauver le chiffre d'affaires de décembre. Un mois traditionnellement «compte double» dans la distribution alimentaire. Cette année, il a été cauchemardesque. Les intempéries ont désorganisé l'approvisionnement des magasins et dissuadé des clients de prendre leur voiture. Dès mi-décembre, Arnaud Mulliez, le président d'Auchan France, qui réalise près de 15 % de son chiffre d'affaires annuel en décembre, pronostiquait de piètres performances en raison des fermetures de magasins liées aux chutes de neige. «Tous les distributeurs espèrent pouvoir rebondir, déclarait-il. Mais en alimentaire, ça va être difficile de compenser.» Chez Système U, les conséquences des fermetures et des ruptures de stocks ont été lourdes la semaine dernière. Depuis, la situation est suivie d'heure en heure. «On s'adapte comme on peut», indique un porte-parole

Dans l'univers du jouet, qui réalise entre 50% et 75% de son chiffre d'affaires pendant la saison de Noël, la neige a douché les espoirs. «Nous nous attendons à une croissance avoisinant les 2,5% pour l'ensemble de 2010», prévoit Frédérique Tutt, analyste chez NPD, contre plus de 3% prévus initialement.

 

Même le commerce en ligne est touché 

 

Pour limiter la casse, King Jouet offre depuis une semaine à tous ses clients un bon d'achat de 50 euros à utiliser en 2011. «Quand on a compris que la part du gâteau serait plus petite, on a voulu préserver notre budget prévisionnel, explique Sébastien Pingault, directeur achats marketing. D'ici à ce soir, une dizaine de milliers de clients en auront bénéficié.» King Jouet espère ainsi terminer la saison à +0,5%, contre +2% prévus au départ.

«Cela sera très difficile de rattraper le retard, tout dépendra de la semaine prochaine», selon Franck Mathais, porte-parole de La Grande Récré, deuxième enseigne spécialisée en France, qui parie sur un «effet étrennes». «Nous continuons à faire entrer de la marchandise, comme les toupies Beyblade d'Hasbro. Les clients se passent le mot, ça peut créer une dynamique de dernière semaine. »

«Heureusement, les épisodes neigeux n'ont pas duré plus de douze heures, ce qui n'a fait que décaler les livraisons, sans compromettre l'activité », explique Dominique Carlier, le patron de la logistique d'Auchan. Trois régions ont été fortement touchées : l'Ile-de-France, le Nord-Pas-de-Calais et la Normandie. Par ricochet, le fait que la région parisienne soit une zone de transit pour de nombreuses marchandises venues de l'Ouest, comme la volaille ou la marée, a eu un impact sur les livraisons dans l'Est. «Jusqu'à présent, on a toujours réussi à rattraper notre retard. Mais les prochaines vingt-quatre heures vont être cruciales» , indiquait jeudi Dominique Carlier.

Tous les commerçants attendent ce soir pour dresser un premier bilan. Il risque d'être très contrasté. Les hypers et centres commerciaux de périphérie sont victimes d'une désaffection des clients. Dans les commerces de centre-ville, où les consommateurs se rabattent pour faire leurs achats in extremis, l'histoire n'est pas la même.

Les grands magasins ont bénéficié d'un double effet : la proximité et la possibilité de grouper tous ses achats. À l'inverse, les grands centres commerciaux régionaux ont beaucoup souffert. Des baisses de fréquentation allant jusqu'à 25% sont évoquées. «C'est un cauchemar depuis le 8 décembre, reconnaît le directeur régional de Nature et Découvertes. À Parly 2, les clients ne sont toujours pas là. On ne récupérera pas le chiffre d'affaires perdu.»

Même chez les cybermarchands, après l'envolée des commandes ces quinze derniers jours, l'activité s'est très fortement ralentie, en raison des craintes que font peser les intempéries sur les délais de livraison. «Par sûreté, les clients préfèrent se rabattre sur le commerce physique», indique un vendeur en ligne. Un comble.

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