Les "vapoteuses" resteront en vente libre

le
0
LA CIGARETTE ÉLECTRONIQUE RESTE EN VENTE LIBRE
LA CIGARETTE ÉLECTRONIQUE RESTE EN VENTE LIBRE

STRASBOURG (Reuters) - Le Parlement européen a adopté mardi en première lecture une série de mesures visant à réduire l'usage du tabac mais a refusé que la cigarette électronique ne soit vendue qu'en pharmacie.

La "vapoteuse", ont estimé une majorité de députés européens, doit rester un produit de consommation courante et non être assimilée à un produit pharmaceutique à partir d'un certain seuil, comme le préconisait la Commission européenne.

Ils demandent en contrepartie que les cigarettes électroniques contenant de la nicotine soient soumises aux mêmes règles que les produits du tabac pour leur mise sur le marché mais aussi leur vente, qui doit être interdite aux moins de 18 ans.

De même devront-elles, si la proposition de directive est définitivement adoptée, comporter un avertissement sanitaire couvrant 40% d'une des faces de l'emballage pour signifier: "Ce produit est destiné à être utilisé par des fumeurs. Il contient de la nicotine, substance qui crée une forte dépendance".

La cigarette électronique, qui reproduit la forme des cigarettes classiques, est de plus en plus prisée par les fumeurs tentés par le sevrage tabagique sans que ses effets sur la santé soient encore vraiment connus.

Pour certains spécialistes du secteur, son succès est tel -on recense 500.000 utilisateurs en France- que ses ventes pourraient dépasser celles des cigarettes classiques d'ici 2023.

MESSAGES DISSUASIFS

Les députés européens ont dans le même temps adopté un ensemble de mesures contre le tabac, moins coercitives cependant que les propositions de la Commission européenne.

Sur la présence de messages à caractère sanitaire et dissuasif sur les paquets de cigarettes et de produits issus du tabac, que la Commission souhaitait porter à 75% de la surface totale, les députés européens ont opté pour une surface de 65%.

Il s'agit toutefois d'un compromis par rapport aux 50% proposés par certains amendements, émanant notamment du Parti populaire européen (PPE, droite). Les avertissements ne couvrent actuellement que 30% de la face avant du paquet et 40% de la face arrière.

Ils ont rejeté une interdiction à la vente des cigarettes "slim", ou fines, considérées comme un produit marketing pour attirer de nouveaux consommateurs, mais suivi la Commission dans sa volonté de proscrire les paquets de moins de 20 cigarettes ou adoptant des formes suggestives sans rapport avec leur contenu.

Ils ont également accepté d'interdire dans un délai de trois ans les arômes tels que fraise ou chocolat, susceptibles de favoriser l'addiction au tabac d'une clientèle de néophytes, notamment parmi les jeunes, tout en accordant un sursis supplémentaire de cinq ans aux cigarettes mentholées.

DIRECTIVE TABAC

Des négociations vont s'engager avec la Commission et les Etats membres pour qu'une directive tabac puisse entrer en vigueur avant la fin de l'actuelle législature, en mai prochain.

"C'est un jour de honte pour le Parlement européen. La majorité de droite a suivi les directives de l'industrie du tabac et voté pour des règles plus laxistes", a déploré le Suédois Carl Schlyter, élu écologiste au Parlement européen.

Ainsi mis en cause, le PPE, principal groupe représenté au Parlement européen, a estimé que l'Union européenne, même avec les modifications apportées par les députés, restait en pointe dans la lutte contre la tabagie.

"J'aurais préféré des mesures plus strictes, mais je salue le fait que nous avons réussi à éviter des mesures inappropriées comme l'appel à des paquets neutres", a dit Karl-Heinz Florenz, qui représentait le PPE lors des discussions parlementaires.

"La nouvelle Directive sur les produits du tabac sera finalisée l'an prochain en dépit d'un intense et solide travail de lobbying mené par l'industrie du tabac qui visait à reporter toute décision", a-t-il ajouté.

Le groupe des Verts a lui-même reconnu dans un communiqué que "le rapport de forces au sein du Parlement européen permet de limiter la casse face aux lobbies cigarettiers".

Après l'avoir amendée, le Parlement a en effet approuvé la proposition de la Commission à une très forte majorité de 560 voix contre 92 contre 32, ce qui lui permet d'aborder en position de force les négociations avec les Etats.

"La présidence lituanienne veut faire avancer le dossier. Il y a une volonté d'avoir un accord avant la fin de l'année", a dit un porte-parole du Parlement.

D'après des documents internes de Philip Morris qui ont été publiés dans la presse, les lobbyistes de la cigarette ont eu plus de 250 réunions avec des eurodéputés avant le débat parlementaire.

Le tabac est considéré comme responsable de la mort de 700.000 personnes chaque année dans l'Union européenne.

Gilbert Reilhac, avec Claire Davenport à Bruxelles et Henri-Pierre André pour le service français, édité par Gilles Trequesser

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant