Les USA entendent empêcher l'Iran d'avoir l'arme nucléaire

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BARACK OBAMA À LA TRIBUNE DE L'ONU
BARACK OBAMA À LA TRIBUNE DE L'ONU

par Matt Spetalnick et Mark Felsenthal

NATIONS UNIES (Reuters) - Les Etats-Unis feront "ce qu'ils doivent faire" pour empêcher l'Iran d'acquérir l'arme nucléaire, a déclaré mardi Barack Obama à la tribune de l'Assemblée générale des Nations unies.

Le président américain a en outre exhorté son auditoire à dresser un front uni contre les récentes violences anti-américaines dans le monde musulman et à promouvoir la tolérance malgré la colère suscitée par le film islamophobe "L'innocence des musulmans".

"Aucun mot ne peut justifier la mort d'innocents", a-t-il dit, alors que cette flambée de violences ternit son bilan en matière de politique étrangère à six semaines de l'élection présidentielle aux Etats-Unis.

Le président américain a jugé que la voie diplomatique n'était pas épuisée pour tenter d'apaiser les tensions liées au programme nucléaire iranien. Il a toutefois averti que "le temps n'est pas illimité".

Face aux pressions d'Israël en faveur d'un durcissement de sa position, Barack Obama a certes répété sa détermination à ne pas laisser l'Iran se doter d'un arsenal nucléaire que les Etats-Unis tenteraient ensuite d'endiguer. Il a toutefois refusé d'imposer à l'Iran une "ligne rouge" à ne pas franchir sous peine d'action militaire, ainsi que le réclame le chef du gouvernement israélien, Benjamin Netanyahu.

"Un Iran doté de l'arme nucléaire n'est pas une menace qui pourrait être endiguée. Il menacerait Israël d'une élimination, il menacerait la sécurité des pays du Golfe et la stabilité de l'économie mondiale", a dit le président américain avant d'indiquer : "Les Etats-Unis feront ce qu'ils doivent faire pour empêcher l'Iran d'acquérir l'arme nucléaire."

TENSIONS AVEC ISRAËL

L'attitude à adopter vis-à-vis du programme nucléaire iranien, que Téhéran présente comme purement pacifique, est source de tensions exposées au grand jour entre Israël et les Etats-Unis.

Benjamin Netanyahu laisse planer la menace d'un bombardement des installations nucléaires iraniennes, un projet que Barack Obama récuse à l'heure actuelle. De même, le chef du gouvernement israélien demande au président américain d'imposer un ultimatum à l'Iran, ce qu'il refuse.

Signe de ces tensions, Barack Obama a décidé de ne pas rencontrer Benjamin Netanyahu lorsque ce dernier viendra à New York cette semaine.

En allusion apparente à la crise autour du nucléaire iranien, Ban Ki-moon, secrétaire général de l'Onu, a pour sa part déclaré mardi que "toute attaque (d'un pays contre un autre) serait dévastatrice".

Lundi, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a déclaré qu'Israël n'avait "aucune racine" au Moyen-Orient et qu'il serait "éliminé". Ces propos ont été jugés "écoeurants" par la Maison blanche.

Sans citer le président iranien, Barack Obama a déclaré mardi que la communauté internationale devait "laisser de côté" ceux qui nient l'extermination des juifs par les nazis ou prônent l'élimination d'Israël.

PAS DE PROPOSITION CONCRÈTE

Le président américain a commencé son intervention à la tribune de l'Onu par un hommage à Christopher Stevens, l'ambassadeur des Etats-Unis en Libye tué lors de l'attaque du consulat américain à Benghazi le 11 septembre, au premier jour des manifestations anti-américaines dans le monde musulman.

"Les attaques des deux dernières semaines ne visaient pas seulement l'Amérique. Elles portent également atteinte aux idéaux qui fondent l'existence des Nations unies", a-t-il dit.

Barack Obama, dont le discours a été écouté dans un silence poli et n'a déclenché que de rares applaudissements, a déclaré que le régime de Bachar al Assad "doit parvenir à sa fin" et il a renouvelé son appel en faveur d'une reprise des négociations israélo-palestiniennes, l'un des échecs de son mandat.

Un an et demi après le déclenchement du "printemps arabe", il n'a toutefois proposé aucune solution concrète à des crises qui jettent une ombre sur un bilan diplomatique que son équipe pensait hors d'atteinte pour Mitt Romney, son adversaire républicain toujours menaçant en termes d'intentions de vote.

Sa priorité immédiate reste la campagne. Aussi a-t-il renoncé aux traditionnelles rencontres bilatérales organisées en marge de l'Assemblée générale pour participer à une émission de télévision, ce qui lui a valu les critiques du camp conservateur.

Il doit rester au final moins de 24 heures à New York et retrouvera les tréteaux de campagne mercredi dans l'Ohio, l'un des "Swing States" dont dépend l'issue du scrutin du 6 novembre.

Malgré l'accumulation des revers diplomatiques, son équipe reste convaincue qu'il n'y a pas grand-chose à attendre de la politique étrangère dans une campagne qui reste largement centrée sur l'économie des Etats-Unis.

Le camp démocrate s'est par ailleurs délecté des récents faux pas de Mitt Romney sur les dossiers internationaux.

En outre, la Maison blanche ne se lasse jamais de rappeler la mort d'Oussama ben Laden et la fin de la guerre en Irak, considérés comme deux succès majeurs du mandat de Barack Obama.

Le peu d'enthousiasme suscité par sa venue à l'Assemblée générale de l'Onu contraste toutefois fortement avec l'optimisme né de son arrivée à la Maison blanche, qui lui avait valu quelques mois plus tard le prix Nobel de la paix.

Jean-Philippe Lefief et Bertrand Boucey pour le service français

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