Les Turcs à la frontière syrienne inquiets pour l'avenir

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par Jonathon Burch

AKCAKALE, Turquie (Reuters) - Les habitants inquiets de la localité frontalière turque bombardée par la Syrie se demandaient vendredi matin si la fermeté affichée en réponse par Ankara serait suffisante pour dissuader Damas de procéder à de nouvelles frappes.

En réponse au tir de mortier qui a tué cinq civils mercredi à Akçacale, l'artillerie turque a bombardé des objectifs militaires syriens mercredi soir et jeudi, faisant plusieurs morts au sein de l'armée syrienne.

De son côté, le parlement turc mettait la pression sur le front politique en autorisant les actons militaires par delà la frontière dans l'éventualité d'une nouvelle agression.

A New York, le Conseil de sécurité des Nations unies, saisi à la demande d'Ankara, a produit une déclaration condamnant "dans les termes les plus fermes" les tirs syriens, malgré les réticences de la Russie, allié de la Syrie, et exigé l'arrêt immédiat de ces "violations du droit international".

Un consensus au sein du Conseil sur la Syrie est chose rare. Le Conseil est bloqué sur le dossier syrien depuis plus d'un an, la Russie et la Chine rejetant les appels à des sanctions contre le gouvernement de Damas.

Jeudi soir, les armes turques s'étaient tues. Mais le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, s'est montré néanmoins "alarmé par l'escalade des tensions le long de la frontière syro-turque", selon son porte-parole, Martin Nesirky.

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré qu'Ankara n'avait pas l'intention de s'engager dans une guerre et que le vote du parlement n'était qu'un moyen de dissuasion, mais, sur le terrain, les gens ont peur.

"Nous sommes coincés au milieu", estime Ibrahim Cilden, 33 ans, membre des services de sécurité à Akçakale. "S'il faut aller à la guerre, allons à la guerre, mais pour l'instant, nous restons là, comme des cibles."

VILLE-FANTÔME

Sa maison est à quelques portes de celle touchée mercredi dans le sud d'Akçakale près de la barrière frontalière. La zone ressemble à une ville-fantôme, portant les traces de bombardements syriens, d'obus de mortiers et de balles perdues.

La Russie, alliée de la Syrie, a dit avoir reçu l'assurance de Damas que la frappe au mortier de mercredi était un accident tragique, qu'elle s'est produite dans le cadre des combats entre les forces loyales au président Bachar al Assad et les rebelles qui essaient de le renverser.

Les Etats-Unis ont fait savoir qu'ils considéraient la réponse turque au bombardement syrien comme proportionnée et conçue pour être dissuasive.

A Istanbul, 5.000 personnes ont défilé pacifiquement jeudi soir "contre la guerre", mais aussi contre l'AKP du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan.

Le slogan "Savasa hayir" ("Non à la guerre") a été le plus répété jeudi sur les comptes Twitter à travers le pays.

"L'AKP veut la guerre, le peuple veut la paix", scandaient les manifestants en passant devant les cordons de police. "Non à la guerre, la paix maintenant !"

Auparavant, la police avait tiré des grenades lacrymogènes pour repousser un petit groupe de manifestants anti-guerre qui se dirigeait vers le Parlement à Ankara en scandant "Nous ne voulons pas la guerre" et "les Syriens sont nos frères".

Selon un sondage réalisé sur internet par le journal Hurriyet, 60% des Turcs sont hostiles au déploiement de forces militaires hors du territoire turc, de crainte que le pays ne soit entraîné dans un conflit extérieur.

La Turquie accueille plus de 90.000 réfugiés en provenance de Syrie et craint un afflux massif, comme ce qui s'était passé après la première guerre du Golfe en 1991, avec l'arrivée sur son sol d'un demi-million de Kurdes irakiens.

Guy Kerivel et Danielle Rouquié pour le service français

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