Les Tunisiens votent dimanche pour les secondes élections libres

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par Patrick Markey et Tarek Amara TUNIS, 23 octobre (Reuters) - Du parti islamiste Ennahda aux anciens ministres du dirigeant déchu Zine ben Ali, les figures du passé dominent les élections législatives qui se tiendront dimanche en Tunisie et qui devraient mener à un gouvernement de coalition. Lors de cette seconde élection libre depuis le "Printemps arabe" de 2011, les Tunisiens voteront pour désigner les 217 membres de l'assemblée, qui nommeront ensuite un Premier ministre pour diriger le gouvernement et prendre la suite du cabinet de transition. Si lors des premières élections la place de l'islam et l'identité tunisienne avaient été au coeur des débats, les questions économiques, notamment celles de l'emploi et du coût de la vie, sont les principaux thèmes de la campagne actuelle. Alors que la Libye, le Yémen ou la Syrie sont encore le théâtre d'affrontements, en Tunisie, les adversaires politiques se sont réconciliés avec le passé, ont approuvé une nouvelle Constitution et se disent prêts à travailler ensemble. Aucun des principaux partis ne semble d'ailleurs être en position de remporter une majorité claire et la formation d'un gouvernement d'unité nationale apparaît comme le scénario le plus probable. "S'il existe une chance de former un gouvernement d'unité nationale, alors je suis pour", a déclaré Kamel Morjane, ex-ministre des Affaires étrangères sous Ben Ali et fondateur d'Al Moudabara ayant aujourd'hui rallié le Parti de l'Initiative nationale destourienne, lors d'un rassemblement politique à Sousse. "De la même manière que nous ne voulons pas être exclus, nous n'exclurons personne. Nous pouvons tirer des leçons du passé", a-t-il dit. Près de quatre ans après la "Révolution de jasmin", l'Initiative, pourtant fondé après la révolte populaire de 2011, compte dans ses rangs nombre d'anciens piliers de l'administration Ben Ali et de son parti aujourd'hui dissous, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD). ENNAHDA PLAIDE POUR UNE COALITION De son côté, le parti islamiste Ennahda, dirigé par Rached Ghannouchi qui avait été le grand vainqueur des élections de 2011, remportant environ 40% des sièges et formant ensuite un gouvernement de coalition comprenant deux partis laïcs, se dit également ouvert à une coalition. Interrogé régulièrement sur la capacité du parti à relancer l'économie et à créer de l'emploi, l'un de ses conseillers, Lofti Zitoune, plaide pour le rassemblement. "Nous ne pouvons pas le faire seuls, même si nous obtenons la majorité", déclare-t-il. "Nous devons rassembler autant de partis que possible." Le parti islamiste a dirigé le pays jusqu'à la crise politique qui a suivi l'assassinat de deux dirigeants de l'opposition. Accusé de laxisme envers les extrémistes islamistes, il avait fini par accepter de céder le pouvoir à un gouvernement de techniciens. Si la situation sécuritaire s'est depuis améliorée, des tensions persistent. Un policier tunisien a été tué jeudi au cours d'un affrontement avec des islamistes dans les faubourgs de la capitale Tunis, alors que des policiers avaient encerclé une maison lors d'une opération contre des activistes qui, selon les autorités, préparaient des attentats destinés à perturber le déroulement des élections. ID:nL6N0SI3CD Ce mois-ci, les forces de sécurité ont arrêté un groupe d'islamistes, dont deux femmes, soupçonnés de préparer des attentats qu'ils comptaient commettre dans la capitale avant le jour des élections. ID:nL6N0S95G9 Après les législatives, se tiendra l'élection présidentielle, prévue le 23 novembre avec si nécessaire un second tour le 28 décembre. Vingt-sept candidatures ont été approuvées pour le premier tour, notamment celle de l'actuel chef de l'Etat Moncef Marzouki et de cinq anciens ministres de Ben Ali. Ennahda n'a pas présenté de candidat. (Agathe Machecourt pour le service français)

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