Les triplettes d'Addis-Abeba

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Tous les jours, qu'il pleuve ou qu'il vente, les pointeurs pointent et les tireurs tirent au club d'Addis Abeba, situé dans l'ancienne maison d'un médecin du chemin de fer.
Tous les jours, qu'il pleuve ou qu'il vente, les pointeurs pointent et les tireurs tirent au club d'Addis Abeba, situé dans l'ancienne maison d'un médecin du chemin de fer.

Arrivée dans les bagages des travailleurs, missionnaires et colons français, la pétanque compte de nombreux adeptes africains, notamment en Ethiopie.

Il hésite. Doit-il tirer ou pointer ? Là-bas, au bout du terrain de sable tassé, le cochonnet vert semble le narguer. Les boules d’acier de ses adversaires étincellent sous le soleil d’après orage. Autour, les habitués, des vieux à casquette suspendus aux mouvements de ses mains. Il tire. La boule part très haut et vient choquer les autres. Beau bruit de métal heurté. Compliments des habitués : « Gobez ! » (« Parfait ! », en amharique). Nous sommes en Ethiopie. Au Club des cheminots d’Addis-Abeba, où, chaque jour, se disputent des parties de pétanque dont Pagnol ne rougirait pas.

Mengeshaw, le « champion », comme on l’appelle ici, vient donc de tirer. Il porte beau, Mengeshaw. Grand, altier, le pardessus bleu marine sur la chemise bien repassée. De l’avis général, c’est le meilleur joueur du club. Le champion. Et il le sait. Pour lui parler ? « Il faut prendre rendez-vous », assène-t-il, un peu hautain. Et il n’a vraiment pas le temps à cela. Qu’importe, au Club des cheminots, ce ne sont pas les bavards qui manquent. Et en français, s’il vous plaît.

« La pétanque, c’est l’empreinte des Français », ­explique un joueur, pieds dans le cerceau. C’est une longue histoire ici. Qui remonte au siècle ­dernier, quand des cheminots de l’Hexagone ­venaient ­travailler en Ethiopie sur la ligne de train Addis-Abeba-Djibouti, construite par Paris au tout début du XXe siècle. Le chemin de fer était alors géré par des Français, qui ont imposé leur langue au travail, tout en initiant au j...

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