Les tours Hermitage à la Défense chahutées

le
11
Le gouvernement devrait réexaminer le projet de gratte-ciel géant dans le quartier d'affaires.

L'horizon s'obscurcit pour le projet à 2 milliards d'euros des tours Hermitage à la Défense porté par le promoteur russe du même nom. En fait, aujourd'hui personne ne sait si ces deux gratte-ciel conçus pour être les plus hauts d'Europe (323 m) sortiront un jour de terre. Premier problème: si Nicolas Sarkozy soutenait l'idée de construire deux tours mixtes mêlant bureaux, logements et hôtels, le gouvernement actuel est plus prudent. «Le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, m'a fait savoir dans un courrier qu'il avait demandé à Cécile Duflot, la ministre du Logement et de l'Aménagement des territoires, de réfléchir à l'avenir de la Défense et à ses très grandes tours», explique Jean-André Lasserre, conseiller général PS de Courbevoie, très hostile aux tours Hermitage.

Or l'ex-présidente des Verts n'a jamais caché que les IGH (immeubles de grande hauteur) n'étaient pas sa tasse de thé. Elle a également remarqué que le projet suscitait une opposition locale assez soutenue. De là à le bloquer, il y a un pas qu'elle n'a pas franchi pour l'instant. Avant de trancher, elle devrait consulter les élus du territoire. Un risque que le PDG de Hermitage, Emin Iskenderov, balaie d'un revers de main. «Cécile Duflot a dit être opposée aux tours à Paris mais jamais à la Défense», affirme-t-il.

Recours devant la justice

Deuxième zone d'ombre, le permis de construire obtenu en mars 2012 pour ces tours de 91 étages a suscité plusieurs recours devant la justice. Certains déposés par des propriétaires d'immeubles proches du projet comme Axa, Allianz ou le fonds immobilier Beacon. D'autres par des associations d'habitants de la commune. Sur le papier, ces procédures en justice n'empêchent pas le début des travaux. Mais les banques n'accordent pas de crédits en cas de recours sur un projet immobilier. Or, pour financer ces deux tours à 2 milliards, Hermitage qui a déjà investi près de 200 millions a besoin d'emprunter 700 millions.

Un obstacle franchissable, selon Emin Iskenderov: «Sur les deux recours sérieux concernant Allianz et Axa, nous allons trouver une solution pour qu'ils retirent leur plainte, explique-t-il. Par exemple, nous prendrons à notre charge le déplacement du hall d'entrée de l'immeuble d'Allianz.» Quant aux autres recours, Hermitage se fait fort de démontrer, avocat à l'appui, qu'ils ne sont pas dangereux. Et donc d'obtenir d'ici à la fin 2012 la signature d'un prêt avec un pool bancaire constitué «d'établissements européens mais non français». Mais la réalité est un peu plus compliquée: propriétaire de la tour First, Beacon, par exemple, estime souffrir d'un vrai dommage à cause de la perte de vue que lui occasionnerait les tours Hermitage.

Dernier sujet de préoccupation: avant de construire ses gratte-ciel, le promoteur russe a besoin de détruire les petits immeubles installés à leur place. Or, en octobre 2011, l'association des copropriétaires des bâtiments jouxtant le projet a obtenu devant la justice l'interdiction de démolir. Elle pourrait retirer sa plainte si le promoteur l'indemnisait suffisamment pour les frais liés à la construction de deux tours à proximité. Mais elle vient de refuser la dernière proposition de Hermitage qui proposait 8 millions pour compenser des frais de chauffage en hausse. Malgré tout, Emin Iskenderov reste confiant: «Nous commencerons les travaux en mars 2013 et les terminerons fin 2018», affirme-t-il. L'avenir dira s'il avait raison.

LIRE AUSSI:

» À Londres, inauguration du plus haut gratte-ciel d'Europe

» Les tours les plus hautes du monde

» Vidéo de présentation des tours jumelles Hermitage à La Défense

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • M632191 le mardi 24 juil 2012 à 18:22

    Cela s'appelle se défausser : Pas sa tasse de thé, et l'autre pas ministre du cours de bourse....

  • dub22 le mercredi 18 juil 2012 à 11:53

    Tout ceci me fait penser aux éoliennes... tout le monde est pour mais à condition que ce soit trés loin de son domicile. Continuons comme cela, avec nos restrictions et recours à tout va et notre pays finira par n'être qu'un vaste musée à ciel ouvert!!! a titre d'exemple, Londres n'a pas ce genre d'état d'âme... cela ne l'empêche pas d'être très agrèable a vivre!!!

  • v.brugio le mercredi 18 juil 2012 à 09:26

    @dmorvan4: on voit bien que tu n'habites pas à la défense.J'habite Courbevoie et je peux faire remarquer deux choses :_l'immeuble qui doit être construit n'est pas au milieu des autres gratte-ciels mais à côté (il empiète sur une zone de logements). c'est comme si on construisait un gratte-ciel à côté de chez toi sous prétexte qu'il y en a un peu plus loin._cet immeuble va supprimer une passerelle sur laquelle plusieurs milliers de gens passaient tous les jours pour aller travailler.

  • jlgatel le mardi 17 juil 2012 à 15:56

    "pas sa tasse de thé" a Dufflot, c'est tout comme argument

  • M4841131 le mardi 17 juil 2012 à 10:31

    pots de vin versés à droite en cours de renégo à gauche, la vrai politique en marche.....

  • M4118344 le mardi 17 juil 2012 à 09:49

    prefere-t-on l'argent russe ou l'argent quatari?that is the question?

  • M146250 le mardi 17 juil 2012 à 09:44

    M86, ce ne sont pas tout à fait des logements sociaux, j'avais regardé le projet: c'est du 12000 euros le m2 ! Maintenant que les tours alentour se plaignent, ça me fait marrer, surtout la tour First qui bloque juste toute la vue sur Paris depuis le parvis !

  • dmorvan4 le mardi 17 juil 2012 à 09:27

    Quand on habite La Défense, on ne se comporte pas comme si on habitait dans le Larzac, il faut accepter les inconvénients de l'environnement urbain. La dogmatiste Duflot va faire fuir les investisseurs, une fois de plus.

  • manta92 le mardi 17 juil 2012 à 09:17

    C'est sur, il vaut mieux détruire des immeubles historiques en plein coeur de Paris pour y construire de gigantesques pyramides de verre immondes tout ça parce que Mr Delanoé l'a décrété...

  • lorant21 le mardi 17 juil 2012 à 09:09

    2 milliards de travaux, cela ne se refuse pas. ce sera un "geste architectural" important.. mais certainement invivable..