Les tours à la conquête du monde et des cieux

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INFOGRAPHIE - On n’a jamais construit autant de gratte-ciel qui deviennent des cités verticales avec appartements, bureaux, hôtels de luxe…

Revoilà les gratte-ciel à Paris. La tour de 160 m qui accueillera le Palais de justice en 2017 est en construction dans le quartier des Batignolles. À la porte de Versailles, la tour Triangle de 180 m a obtenu l’imprimatur de la mairie de Paris après une polémique enflammée. Dans le XIIIe arrondissement, les tours Duo, qui ont un permis de construire en bonne et due forme, pourraient commencer à sortir de terre en 2016 si des locataires prélouent ces bureaux d’ici là. À la Défense, le projet Trinity - comportant une tour de 140 m de haut - doit voir le jour en 2017.

Une vogue des immeubles de grande hauteur (IGH) qui touche le monde entier. «En 2014, 97 tours de plus de 200 m ont été livrées, ce qui en fait une année record», explique dans son rapport annuel le Conseil des grands immeubles et de l’habitat urbain (CTBUH). La fièvre n’est pas retombée cette année. D’autant plus que la course à la hauteur se poursuit. Livrée en 2010, la Burj Khalifa, qui se dresse à 828 m à Dubaï, est l’édifice le plus élevé du monde. Mais, à Djedda, en Arabie saoudite, la Kingdom Tower, dont le chantier a commencé l’année dernière, est partie pour la détrôner en 2020 avec ses 1 001 m.

«Qu’il s’agisse des pyramides ou des cathédrales, les hommes ont toujours eu l’obsession de construire le plus haut possible, car c’est une façon de se dépasser. Ils continuent à le faire avec les tours», analyse le designer Didier Cornille, auteur de l’ouvrage Tous les gratte-ciel sont dans la nature. Un péché mignon pas près de disparaître. «Il n’y a pas de limite physique à la hauteur d’une tour. Rien n’empêchera demain d’en bâtir une de 2 000 m», estime Joseph Attias, directeur de l’ingénierie chez Vinci Construction.

Encore faut-il trouver les budgets pour ces Formule 1 des immeubles: à New York, le One World Trade Center, terminé en 2014 à l’endroit où s’élevaient les tours jumelles, aura coûté 3,9 milliards de dollars. Ce qui en fait l’édifice le plus cher du monde. La Kingdom Tower nécessitera «seulement» 1,2 milliard de dollars.

La Chine mène la course

Des édifices emblématiques qu’on trouve surtout dans les pays émergents: 76 % des gratte-ciel de plus de 200 m livrés l’année dernière ont été bâtis en Asie. «Ces pays utilisent les tours géantes comme un signal pour montrer leur nouvelle puissance», explique l’architecte Jean Pistre, qui est, avec Denis Valode, l’auteur d’une dizaine de tours en construction en Chine. Si on bâtit toujours plus d’IGH (immeubles de grande hauteur), c’est aussi pour des raisons rationnelles. Avec l’urbanisation galopante, les terrains sont rares. «Les tours permettent d’éviter l’étalement urbain et les déplacements à rallonge qui vont avec», affirme l’architecte Jean-Paul Viguier, «auteur» de six gratte-ciel, dont un à Chicago.

Mais, suivant les pays, les IGH n’ont pas la même fonction. En France, les gratte-ciel abritent essentiellement des bureaux. La tour Triangle à Paris, dont la livraison est envisagée en 2020, sera l’une des premières à comporter un hôtel. Et, comme les tours de logement des années 1970 ne sont pas des réussites architecturales dans l’Hexagone, on n’en construit plus. Ailleurs, en revanche, il y a pléthore de tours mixtes. Autrement dit, mêlant bureaux, appartements, hôtels.

Toujours plus spectaculaires

À Londres, 8000 personnes fréquentent The Shard, qui est le gratte-ciel le plus haut d’Europe (310 m): certains y vivent, d’autres y travaillent, séjournent dans le palace Shangri-La… À New York, les tours de logement de grand luxe se multiplient. Avec des appartements au prix astronomiques. 86,7 millions d’euros cette année pour un duplex de 1000 m2 dans la tour One 57, flambant neuve.

Des édifices toujours plus spectaculaires, car les géants du BTP sont devenus plus efficaces. «Nous avons développé un logiciel qui permet de mieux organiser les livraisons et les approvisionnements de matériel sur le chantier, et donc de construire plus vite», explique Albin Dargery, directeur Bouygues bâtiment Île-de-France construction privée. «Il y a trente ans, on mettait sept à huit jours pour construire un étage de tour, souligne Joseph Attias. Aujourd’hui, quatre jours suffisent.»

Les tours annoncent les crises

Les gratte-ciel sont-ils  le chat noir de l’économie? Andrew Lawrence, analyste financier  chez Dresdner Kleinwort, n’est pas loin de le penser. En 1999, il a montré que  la livraison des plus grandes tours coïncidait souvent avec des crises économiques. Cela s’est vérifié avec l’Empire State Building à New York, resté pendant quarante ans l’édifice le plus haut  du monde. Cette tour  de 319 m a ouvert ses portes en 1931, au cours  de la Grande Dépression qui, aux États-Unis, a suivi le jeudi noir boursier  de 1929. En 1998, bis repetita avec les tours Petronas (452 m) à Kuala Lumpur en Malaisie. Ces gratte-ciel, à l’époque les plus hauts du monde, ont été inaugurés au moment  où les marchés bousiers asiatiques se sont effondrés. Enfin, la Burj Khalifa à Dubaï qui détient toujours le record de tour la plus élevée du monde  a été livrée en 2010,  au plus fort de la tempête financière mondiale déclenchée par la crise  des subprimes.  Des coïncidences qui n’en sont pas. La construction de gratte-ciel très chers s’accompagne souvent  de surinvestissements  du pays concerné dans  les infrastructures.  Des mauvais choix  qui conduisent vite  à la récession quand la conjoncture se dégrade.

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  • mcarre1 le dimanche 1 nov 2015 à 18:12

    Délires de dingues, à qui aura la plus grosse. Je leur souhaite de devoir évacuer le dernier étage de leur phallus en béton par les escaliers un jour d'exercice incendie.