Les Thaïlandais aux urnes après le coup militaire de 2014

le , mis à jour à 07:20
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    * Référendum sur une nouvelle Constitution soutenue par la 
junte 
    * Le Premier ministre assure d'élections en 2017 
    * L'ancien PM Thaksin Shinawatra dénonce une "folie" 
 
 (Actualisé avec citations § 6 et 9, 10) 
    par Amy Sawitta Lefevre et Pairat Temphairojana 
    BANGKOK/KHON KAEN, 7 août (Reuters) - Les Thaïlandais ont 
commencé à voter ce dimanche pour un référendum sur une nouvelle 
constitution qui verrait les futurs gouvernements partager le 
pouvoir avec la junte militaire actuellement en place. 
    Le référendum est le premier test électoral de la junte 
dirigée par le Premier ministre Prayuth Chan-ocha, qui a mis fin 
à toute activité politique depuis son accession au pouvoir par 
un putsch en 2014. 
    Les sondages donnent au "oui" à la constitution une légère 
avance, mais de nombreux électeurs restent indécis. Le pays 
compte 50 millions de votants et la commission électorale 
anticipe une participation de 80%. Les bureaux de votre ont 
ouvert à 01h00 GMT et les premiers résultats sont attendus vers 
20h00 (13h00 GMT). 
    Le Premier ministre a annoncé qu'il ne démissionnerait pas 
si la Constitution est rejetée par les urnes, ajoutant que des 
élections auraient lieu quoi qu'il arrive en 2017. 
    "Nous en avons fait la promesse", a-t-il dit avant le vote. 
"Aucune Constitution ne plaît à 100%", a-t-il ajouté. 
  
    Le Premier ministre a en outre encouragé les Thaïlandais à 
aller voter, après avoir déposé son bulletin dans l'urne 
dimanche. "J'encourage tout le monde à sortir et aller voter 
(...) pour décider du futur du pays", a-t-il dit à des 
journalistes dans un bureau de vote du nord-ouest de Bangkok. 
    L'armée a renversé à deux reprises les gouvernement tenus 
par la dynastie Shinawatra dans les dix dernières années, sans 
toutefois parvenir à en éradiquer l'influence, jugent certains. 
    L'ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra, à tendance 
populiste, a été démis par les militaires en 2006, mais il garde 
une influence dans la politique thaïlandaise en dépit de son 
exil, notamment grâce à de nombreux partisans ruraux dans le 
nord du pays.  
    Sa soeur Yingluck a en outre remporté les élections de 2011 
à une large majorité. Exclue de la politique pour cinq ans par 
le régime à l'issue d'un procès en corruption qui s'est ouvert 
en janvier devant la Cour suprême, l'ex-Première ministre a voté 
dimanche. Elle avait précédemment qualifié le projet 
d'anti-démocratique. 
    "Je suis contente d'avoir pu quand même exercer mes droits 
de citoyenne thaïlandaise", a-t-elle dit à des journalistes. 
    Jeudi, Thaksin Shinawatra a qualifié de "folie" la nouvelle 
Constitution, jugeant qu'elle prolongerait le pouvoir de la 
junte et rendrait impossible un gouvernement indépendant. 
     
    RENDRE DE FUTURS COUPS INUTILES 
    Des interviews menées par Reuters avec des hauts 
responsables montrent que l'ambition de l'armée est de rendre de 
futurs coups inutiles, grâce à une Constitution qui affaiblit 
les partis politiques et assure aux militaires un rôle de 
superviseur de l'avenir économique et politique du pays. 
    Selon le texte, qui serait s'il est adopté la 20e 
Constitution du pays depuis l'abolition de la monarchie absolue 
en 1932, les membres du Sénat seraient nommés par la junte et 
des sièges y seraient réservés aux hauts responsables 
militaires, contrebalançant le pouvoir des législateurs élus. 
    "L'armée veut que les affaires d'Etat soient conduites plus 
ou moins sous sa supervision", estime Gothom Arya, directeur 
d'un institut de recherche à l'université de Mahidol et critique 
du régime. 
    A Khon Kaen, dans le nord-est du pays, une ex-responsable 
locale du mouvement des "chemises rouges", partisans de 
Shinawatra, juge que les militaires gagneront quelle que soit 
l'issue du scrutin. 
    "Certains en on assez", a dit Sabina Shah. "Peu importe si 
le vote passe ou non, la junte est là pour durer", 
ajoute-t-elle. 
    Le gouvernement a interdit aux partis politiques de prendre 
parti dans le référendum et plusieurs militants ont été arrêtés 
notamment pour avoir distribué des tracts, ce qui fait douter 
des ONG de la valeur du scrutin. 
    "Si les gens ne peuvent pas dire ce qu'ils pensent ou 
prendre part sans crainte à des activités politiques, comment 
peuvent-ils s'engager de manière significative dans ce 
référendum?", estime Josef Benedict, vice-directeur régional 
d'Amnesty International dans un communiqué publié vendredi. 
 
 (Panarat Thepgumpanat, Simon Webb et Patpicha Tanakasempipat; 
Julie Carriat pour le service français) 
 
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