Les taux d'intérêt, un gisement d'économies pour l'Etat

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LES CONDITIONS DE FINANCEMENT OFFERTES À LA FRANCE DURERONT-ELLES ?
LES CONDITIONS DE FINANCEMENT OFFERTES À LA FRANCE DURERONT-ELLES ?

par Raoul Sachs

PARIS (Reuters) - Malgré la perte de son triple A, une gestion de ses finances publiques jugée discutable, la France a bénéficié cette année de conditions de financement exceptionnellement favorables sur le marché de la dette souveraine. Cette lune de miel va-t-elle durer?

A trois jours de la présentation du projet de budget 2013, la question se pose avec d'autant plus d'acuité que la majorité se divise sur ces questions à l'occasion de la ratification du nouveau traité budgétaire européen.

Le taux d'intérêt moyen payé par la France lors de ses émissions mensuelles de dette à moyen et long terme (toutes maturités confondues), est tombé à un plus bas record de 1,98% en cette fin septembre, selon les données de l'Agence France Trésor qui gère la dette de l'Etat.

Ce taux représente 0,55 point de pourcentage de moins que le précédent record en année pleine (2,53% en 2010) et 0,16 point de moins que les 2,14% payés en moyenne au premier semestre 2012.

Selon les derniers chiffres officiels connus, la France a déjà réalisé 1,4 milliard d'euros d'économies sur la charge de sa dette et ce montant va très probablement s'accroître d'ici à la fin de l'année si le taux moyen se maintient au niveau actuel, ou se détend davantage encore.

Les lois de finances rectificatives de mars et de juillet derniers ont chacune réduit la charge de la dette de 700 millions d'euros, la ramenant ainsi de 48,8 milliards en loi de finances initiale, adoptée en décembre, à 47,4 milliards début juillet.

Selon Les Echos, le projet de budget 2013 devrait prévoir une charge de la dette de l'ordre de 47 milliards d'euros.

Pour sa dette court terme, la France bénéficie comme l'Allemagne de taux d'intérêt négatifs. Lors de la dernière adjudication de bons du Trésor (BTF) lundi, le taux à trois mois est ressorti à -0,016%.

Le projet de loi finances initiale tablait sur un taux moyen à 10 ans de 3,7% et un taux moyen à trois mois de 1,4% sur l'ensemble de l'année 2012. Lors de la dernière adjudication d'obligations assimilables du Trésor (OAT) à 10 ans, le taux moyen était ressorti à 2,21%, un plus bas historique.

Le gouvernement de Jean-Marc Ayrault va, conformément aux engagements du président François Hollande, présenter un texte qui ramène le déficit public de la France à 3% du Produit intérieur brut (PIB) en 2013 contre 4,5% en 2012, sur la base d'une prévision de croissance économique de 0,8% jugée très optimiste.

HYPOTHÈSE DE CROISSANCE OPTIMISTE

Pour atteindre l'objectif des 3%, le gouvernement a besoin de trouver 30 milliards d'euros qu'il a répartis en 20 milliards d'euros d'impôts nouveaux et 10 milliards d'euros de réduction de dépenses.

"On va dans le mur, il faudrait d'abord réduire la dépense publique et rétablir la compétitivité de la France au lieu de nous imposer des économies reposant sur deux tiers d'impôts nouveaux et certains et un tiers de réductions de dépenses hypothétiques", s'est plaint récemment un patron du CAC 40.

Pour Laurence Boone, économiste Europe chez Bank of America-Merrill Lynch, "le budget 2013 de la France est bâti sur une hypothèse de croissance plutôt optimiste". Elle retient plutôt pour sa part une prévision de 0,3% tandis que le consensus se fait autour de 0,4%.

Elle souligne que le gouvernement n'a pas encore tracé une feuille de route pour les réformes structurelles dans les années à venir, la France ayant, contrairement à l'Italie et même la Grèce (après les récents ajustements drastiques), un solde primaire (solde budgétaire avant remboursement de la dette) constamment négatif.

"Si les perspectives macro-économiques viennent à se rapprocher de nos prévisions, le déficit public pourrait déraper de 0,5 à 0,7 point de PIB", dit-elle.

Pour Dominique Barbet et Patrick Jacq, économistes de marché chez BNP Paribas, le budget 2013 est "un pari sur la croissance".

"Une croissance de 0,8% c'est volontariste mais pas impossible", dit Dominique Barbet.

Patrick Jacq s'attend à un budget crédible mais il soulignent que les problèmes se poseront en 2014. Il n'y aura plus de marge de manoeuvre, et, s'il y en avait, un nouveau budget d'austérité pénaliserait l'économie.

Dans un contexte global de récession en zone euro et d'aversion pour les risque au cours du premier semestre, l'Allemagne d'abord ainsi que les autres pays du noyau dur de la zone euro, ont bénéficié d'une fuite vers la sécurité qui a fait chuter leurs taux d'intérêt, y compris en terrain négatif pour le papier à court terme.

Economistes et stratégistes s'attendent ainsi à une "normalisation des taux d'intérêt", c'est-à-dire à une hausse.

BNP Paribas et Dexia Asset Management voient le rendement du Bund allemand à 10 ans à 2% en fin d'année, et à 2,95% fin 2013 contre 1,53% aujourd'hui.

La France pourrait continuer de bénéficier en 2013 de taux bas mais toujours supérieurs à ceux de l'Allemagne avec des tensions au moment des élections italiennes au printemps.

L'écart de rendement (spread) entre l'OAT à 10 ans (2,26%) et le Bund, qui est aujourd'hui de 73 points de base, pourrait alors se creuser.

Raoul Sachs, édité par Jean-Michel Bélot

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