Les "Tambours de Brazza" à l'âge de maturité

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Les membres des "Tambours de Brazza" AFP PHOTO / SEBASTIEN BOZON
Les membres des "Tambours de Brazza" AFP PHOTO / SEBASTIEN BOZON

(AFP) - Cela fait vingt ans qu'ils battent leurs "Tambours de Brazza" venus tout droit des forêts congolaises : arrivé à l'"âge de maturité", ce groupe phare de percussions d'Afrique Centrale s'autorise pour son dernier album une incursion vers les musiques actuelles.

L'opus intitulé "Sur la route des caravanes" (Buda musique - Universal) sortira le 28 janvier, avant une tournée qui débutera le 1er février par un concert au Trianon à Paris, avant une tournée en France.

La dizaine de musiciens congolais vient d'achever quinze jours de résidence à Besançon (est de la France), où ils ont présenté devant près de 800 spectateurs le spectacle de leur nouvel album.

"Les Tambours de Brazza, ça fait 20 ans que ça dure et c'est une histoire qui va continuer", promet le créateur de cette formation, Emile Biayenda, pour qui "20 ans c'est l'âge de la maturité et cet âge marque une rupture pour le groupe: sans perdre ses racines, il entre dans la musique contemporaine".

Le tambour sacré ngoma reste l'instrument phare de la formation. Dans la tradition congolaise, le ngoma est créé à partir d'un arbre soigneusement sélectionné dans la forêt par l'artisan. C'est un instrument de communication censé faire retentir la voix des ancêtres, et qui peut peser jusqu'à 15 kilos.

Outre ses huit joueurs de tambour, également danseurs et chanteurs, qui se présentent torse nu et crâne rasé, la formation s'étoffe sur scène d'une batterie, d'une guitare et d'une basse, sur fond de rumba congolaise.

Musique urbaine

"Nous faisons de la musique urbaine, avec des maîtres tambours originaires du Congo, mais aussi des jeunes issus du rap, du reggae et une chanteuse venue du jazz", explique Émile, batteur de 47 ans, initié aux rythmes congolais depuis l'âge de cinq ans.

Sur le nouvel album, le violon classique et la trompette jazz sont également de la partie, avec des invités tels que Ray Léma (claviers), Sylvain Kassap (clarinette basse) ou Régis Gizavo (accordéon).

Pionnier de la world music africaine, le Congolais Ray Léma se "félicite" de l'orientation du groupe vers de nouveaux styles musicaux. "Il faut qu'on se regarde les uns et les autres, mais pour bien s'ouvrir au monde, il faut être assis sur un socle culturel", comme les Tambours de Brazza qui "ont une connaissance privilégiée des rythmes traditionnels Kongo" (nom de l'ancien royaume).

"Cette ouverture est aussi une porte qui nous permet de diffuser notre musique à d'autres publics", explique Emile Biayenda.

Selon lui, l'album retrace, avec "tous les sons qui résonnent dans (sa) tête", la route des esclaves africains, de Zanzibar à Pointe noire.

"Mon combat est de faire reconnaître le tambour, non pas comme un instrument traditionnel, mais comme un instrument à part entière", dit le musicien installé, avec sa femme et ses enfants, à Angoulême (ouest), la ville du festival Musiques Métisses, l'un des plus anciens consacré aux musiques du monde et plus particulièrement africaines.

Depuis cette base, Les Tambours de Brazza sillonnent l'Europe depuis deux décennies en diffusant les rythmes du Congo, un pays qu'ils ont quitté en 1997 alors que la guerre civile battait son plein.

"En tant que musicien, on ne pouvait pas vivre au Congo pendant la guerre, car il n'y avait pas de boulot", se souvient Émile.

Désormais les Tambours de Brazza sont installés en France et la fierté de leur leader est de "constater une prolifération des groupes au Congo", ainsi qu'une prise de conscience des jeunes Congolais "que la musique peut devenir un métier".

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