Les Syriens appelés à voter malgré la poursuite des violences

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Les Syriens appelés à voter malgré la poursuite des violences
Les Syriens appelés à voter malgré la poursuite des violences

par Mariam Karouny

DAMAS (Reuters) - Les Syriens ont voté lundi pour des élections législatives présentées par le pouvoir comme une vitrine des réformes politiques en cours et par l'opposition comme une farce sur fond de répression sanglante des manifestants hostiles au président Bachar al Assad.

"Tout cela est un théâtre d'ombres. Les candidats sont des hommes d'affaires et des pions au service des hommes forts au pouvoir", a déclaré un homme, souhaitant rester anonyme, près d'un bureau de vote à Damas.

Pour l'opposition, ces élections ne modifieront guère la composition d'un parlement qui joue un rôle de chambre d'enregistrement et dont les membres ont été choisis depuis une quarantaine d'années par la famille Assad, avec l'appui de la puissante police secrète.

Actuellement, pas un seul opposant ne siège au parlement. Les médias officiels ont annoncé que la moitié des sièges seraient réservés aux "représentants des ouvriers et paysans", dont les syndicats sont contrôlés par le Parti Baas, au pouvoir.

Les dirigeants de l'opposition boycottent le scrutin, estimant que la Constitution révisée -qui autorise théoriquement la création de nouveaux partis politiques- n'a rien changé.

"Peu importe qui vote", déclare Louay Hussein, un opposant qui dirige le Mouvement pour la construction d'un Etat. "C'est une élection faussée -contre la volonté des Syriens, sans participation populaire. Le parlement syrien n'a aucune autorité sur le moindre agent des renseignements. Il n'a aucun pouvoir."

"POUR UNE VIE NORMALE ET UN EMPLOI"

Des affiches électorales, celles de candidats pro-Assad pour l'essentiel, ont fleuri dans le centre de Damas et dans les régions favorables au pouvoir en place.

Les chaînes de télévision ont diffusé des images d'électeurs déposant leur bulletin dans l'urne mais en dépit d'une couverture médiatique intense ces derniers jours, les programmes ou les affiliations politiques n'ont guère été évoqués.

Dans un bureau de vote de la capitale, où les autorités ont déclaré que 137 personnes avaient voté durant les trois premières heures, les journalistes de Reuters présents n'ont vu que trois électeurs déposer leur bulletin en quarante minutes.

Parmi eux, Reem al Homsi, une jeune diplômée, dit avoir voté pour "une vie normale et un emploi".

Kadri Jamil, un candidat qui se présente sous l'étiquette d'indépendant, explique que ces élections pourraient constituer le point de départ d'un processus politique et permettre de réduire le niveau de violence.

Selon les autorités, 14 millions de Syriens sont habilités à voter, expatriés compris, et 7.195 candidats briguent les 250 sièges du parlement.

Mais dans les bastions du soulèvement qui a éclaté à la mi-mars 2011 contre Assad -dont la répression a fait plus de 9.000 morts selon les Nations unies-, le scrutin ne mobilise guère.

A Hama, des habitants se sont mis en grève et des opposants brûlent des pneus dans les rues.

"Aujourd'hui, jour des élections parlementaires, nous disons à Bachar al Assad que personne ne vote à Kalaat al Madik (un village de la région d'Hama-NDLR). Vous avez déplacé des gens, tué des femmes et des enfants. Nous sommes en grève", déclare un homme filmant des rues désertes et des boutiques fermées.

Dans la ville à majorité sunnite de Zabadani, 30 km au nord de Damas, quelques affiches sont visibles, en faveur d'un candidat unique. "Il est le seul et il gagnera, même si on ne vote pas pour lui", déclare un habitant nommé Yasser.

Un autre visage est apposé sur les murs, les rideaux des boutiques fermées ou les façades des immeubles, celui d'un jeune homme tué par les forces syriennes. "Votez pour votre candidat au parlement, le martyr Nour Adnan al Dalati", peut-on lire.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme, des accrochages ont eu lieu lundi entre rebelles et forces de sécurité à Hama et trois opposants ont été tués dans la province de Daïr az Zour (est) lors d'un raid des troupes gouvernementales.

Jean-Stéphane Brosse pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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