Les Syriens appelés à voter dans un pays en guerre

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    par John Davison et Laila Bassam 
    DAMAS, 13 avril (Reuters) - Les Syriens sont appelés aux 
urnes mercredi dans les seules zones où l'autorité de Damas 
s'exerce encore pour des législatives en forme de défi aux 
opposants de Bachar al Assad.  
    Le scrutin, qui coïncide avec la reprise à Genève des 
négociations menées sous l'égide de l'Onu, a lieu conformément 
aux calendrier fixé par la Constitution, souligne 
l'administration syrienne. Pour l'opposition, cette consultation 
illégitime ne fera qu'ajouter aux obstacles qui se dressent déjà 
en travers du processus de paix.  
    "Nous votons pour le bien du peuple syrien et pour le bien 
d'Assad. Assad est déjà en position de force, mais ces élections 
montrent que le peuple l'approuve et le soutient", assure un 
étudiant interrogé dans le bureau de vote installé dans une 
université de Damas. 
    La consultation ne concerne évidemment pas les zones tenues 
par les djihadistes de l'Etat islamique ou du front Al Nosra, ni 
celles aux mains des puissantes milices kurdes, ce qui la limite 
au tiers du territoire national. L'essentiel se trouve dans 
l'Ouest où vivent la majorité des Syriens qui n'ont pas fuit le 
conflit. En cinq ans, 4,8 millions ont trouvé refuge à 
l'étranger et 250.000 ont été tués, selon l'Onu.  
    Des législatives avaient déjà eu lieu en 2012, un an après 
le début de la guerre civile, et Bachar al Assad a par ailleurs 
été réélu en 2014. Les électeurs sont invités mercredi à 
attribuer les 250 sièges d'une Assemblée du peuple qui n'a pas 
de réels pouvoirs. "Voter renforce votre ténacité", dit le 
slogan retenu pour l'occasion.  
     
    PARIS ET LONDRES CONTESTENT, MOSCOU JUSTIFIE 
    A Genève, les membres du Haut Comité des négociations (HCN) 
mis sur pied par l'opposition doivent reprendre dans la journée 
leurs discussions avec Staffan de Mistura, l'émissaire de l'Onu. 
La délégation gouvernementale n'est quant à elle attendue que 
vendredi en Suisse.  
    "Ces élections ne signifient rien. Elles sont illégitimes 
(...) C'est une mascarade à travers laquelle le régime cherche à 
s'octroyer un tant soi peu de légitimité", s'est indigné Asaad 
al Zoubi, négociateur en chef du HCN.  
    A l'étranger, Paris a également dénoncé un "simulacre 
d'élections".  
    Pour le ministère français des Affaires étrangères, ces 
législatives "se tiennent sans vraie campagne électorale, sous 
l'égide d'un régime d'oppression et sans observation 
internationale. Seuls sont appelés aux urnes les résidents d'une 
partie réduite du territoire, excluant des millions de Syriens 
déplacés ou réfugiés à l'étranger". 
    L'organisation de ces élections "montre à quel point (le 
régime) est déconnecté de la réalité", a par ailleurs estimé le 
gouvernement britannique.   
    Selon le ministre russe des Affaires étrangères, en 
revanche, "les législatives organisées ce mercredi en Syrie ont 
pour but d'éviter un vide politique avant la tenue d'un nouveau 
scrutin régi par une nouvelle constitution".  
    "Les Syriens vont devoir s'entendre sur une nouvelle 
constitution, sur la façon dont ils voient les structures 
nécessaires à une transition sans accroc vers un nouveau 
système", a poursuivi Sergueï Lavrov lors d'un point de presse. 
 
 (Avec Suleiman al-Khalidi à Amman, Tom Perry et Angus McDowall 
à Beyrouth, John Irish à Paris; Jean-Philippe Lefief pour le 
service français) 
 
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