Les syndicats sceptiques sur l'objectif de Hollande sur l'emploi

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CFDT ET CGT SCEPTIQUES FACE À L?OBJECTIF DE HOLLANDE D?INVERSER LA COURBE DU CHÔMAGE D?ICI UN AN
CFDT ET CGT SCEPTIQUES FACE À L?OBJECTIF DE HOLLANDE D?INVERSER LA COURBE DU CHÔMAGE D?ICI UN AN

PARIS (Reuters) - Les dirigeants de la CFDT et de la CGT se sont montrés sceptiques mercredi sur l'objectif affiché par François Hollande d'une inversion d'ici un an de la courbe du chômage, qui touche officiellement trois millions de personnes en France.

François Chérèque et Bernard Thibault ne cachent en revanche pas leurs divergences sur la finalité d'un accord que le chef de l'Etat souhaite voir les partenaires sociaux conclure d'ici la fin de l'année sur la réforme du marché du travail.

Dans une interview publiée par Le Monde, le secrétaire général de la CGT va jusqu'à accuser la CFDT de former un "duo" avec le Medef, principale organisation patronale française.

Le président de la République a promis dimanche soir une inversion de la courbe du chômage d'ici un an, dans le cadre d'un "agenda" de redressement de la situation économique et financière de la France, dont il a fixé l'échéance à 2014.

Bernard Thibault a déclaré sur Europe 1 ne pas y croire si le gouvernement maintient son objectif de réduction des déficits publics à 3% du PIB en 2013.

"Il faut d'autres mesures structurelles que celles que l'on prend aujourd'hui", a-t-il dit. "On n'aura pas d'inversement de la courbe du chômage en nous disant, par exemple, qu'il faut modifier le marché du travail (...), si on continue de voir les usines fermer en étant impuissant sur ce genre de décision."

Son homologue de la CFDT doute aussi de la compatibilité des deux objectifs du chef de l'Etat.

"Je ne sais pas s'il a parlé trop vite, en tout cas c'est très difficile à faire. Je reconnais qu'il a fait un pari qui est risqué", a déclaré François Chérèque sur France Info.

THIBAULT NE SIGNERA PAS SUR LA FLEXIBILITÉ

Pour le leader de la CFDT, le traitement social du chômage, les emplois d'avenir et les contrats de génération mis en place par le gouvernement et un effort général pour embaucher les jeunes peuvent permettre de "stabiliser la courbe du chômage".

Mais "s'il y a une récession dans notre pays (...) ça sera difficile", a-t-il ajouté. "Je dis au président de la République, je dis au gouvernement, certes il faut maîtriser les dépenses publiques (...) mais si la situation économique s'aggrave, se raccrocher absolument aux 3% de déficit risque de nous mettre en difficulté de façon plus importante."

Lors de son intervention dimanche sur TF1, François Hollande a exhorté les partenaires sociaux à conclure d'ici fin 2012 un "compromis historique" sur la compétitivité, la flexibilité du travail et la sécurisation des parcours professionnels.

Si François Chérèque admet l'existence en France d'un problème de coût du travail, il estime que ce n'est pas le seul et, surtout, qu'il ne doit pas être réglé au détriment du pouvoir d'achat des salariés.

"Ce n'est pas la baisse des salaires, c'est maintenir le pouvoir d'achat des salariés et faire en sorte qu'on transfère une partie du financement de la protection sociale sur les revenus du capital et du patrimoine", a-t-il expliqué.

Pour Bernard Thibault, il n'est pas question que la CGT signe un accord qui ferait la part belle à la flexibilité du marché du travail réclamée par les chefs d'entreprise.

"Si c'est un accord qui permet d'améliorer la situation faite aux salariés, de faire reculer la précarité, la CGT signera sans hésitation", a-t-il déclaré sur Europe 1.

"Si c'est, comme nous l'entendons (...), modifier le marché du travail au motif que ce serait la condition pour améliorer l'emploi, nous contestons ce diagnostic et il ne faudra pas compter sur une signature de la CGT", a-t-il ajouté.

"INTERLOCUTEUR PRIVILÉGIÉ"

En tout état de cause, renchérit-il dans Le Monde, "l'agenda du président sera très difficile à faire passer socialement".

Le dirigeant de la CGT, dont la centrale se débat dans des rivalités autour de sa succession, déplore que le gouvernement ne veuille pas prendre des décisions qui fâchent le Medef.

La CGT est prête à débattre de compétitivité mais sous l'angle des choix de gestion des entreprises, notamment concernant l'utilisation de leurs marges, dit Bernard Thibault.

Il récuse en revanche l'idée que les entreprises aient besoin de plus de souplesse en matière d'emploi et juge imprudent, de la part de François Hollande, d'évoquer un "compromis historique".

"Sauf à penser qu'il serait déjà rédigé par le nouveau duo de la rentrée, le Medef et la CFDT!" ajoute-t-il. "La CFDT compte sans doute sur son statut d'interlocuteur privilégié pour renforcer sa renommée. Nous n'en avons pas besoin, à la CGT, pour être sûr de notre influence."

"Il faut accepter des différences d'appréciation, voire des divergences", insiste Bernard Thibault, qui assure cependant ne pas refuser le dialogue avec la CFDT.

Emmanuel Jarry, édité par Patrick Vignal

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  • ANOSRA le mercredi 12 sept 2012 à 17:19

    Le "moi-président" a copié le social démocrate Allemand Schröder en utilisant le terme agenda, mais il n'a pas bien compris le contenu! Un Enarque est formaté pour ne rien réformer et à part supprimer tout ce que son prédécesseur a fait!

  • ANOSRA le mercredi 12 sept 2012 à 17:08

    Il n'y a pas que les syndicats qui sont sceptiques, les 51,6% qui ont voté F.H. n'y croient déjà plus!