Les syndicats de Florange sceptiques sur l'accord avec Mittal

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L'ACCORD ENTRE LE GOUVERNEMENT ET MITTAL LAISSE SCEPTIQUES LES SYNDICATS DE FLORANGE
L'ACCORD ENTRE LE GOUVERNEMENT ET MITTAL LAISSE SCEPTIQUES LES SYNDICATS DE FLORANGE

STRASBOURG (Reuters) - Les syndicats d'ArcelorMittal restaient lundi sceptiques sur le contenu de l'accord entre le gouvernement et le groupe sidérurgique sur le site de Florange, aucune garantie n'y apparaissant sur l'avenir des hauts-fourneaux.

L'intersyndicale CFDT, CGT, FO, qui s'est réunie dans la matinée, a adressé un courrier à Jean-Marc Ayrault pour lui demander une copie du texte, en préalable à la rencontre prévue avec le Premier ministre mercredi à Matignon.

"On refuse de donner un blanc-seing à l'accord. On a besoin de savoir exactement ce qu'il y a dedans pour pouvoir l'analyser", a dit à Reuters Frédéric Weber, délégué de la CFDT, syndicat majoritaire à Florange. "On a des doutes très forts. Jean-Marc Ayrault ne nous a pas encore rassurés."

Le Premier ministre a annoncé vendredi soir que le géant de l'acier acceptait d'investir 180 millions d'euros sur cinq ans à Florange, dans la partie transformation de l'acier, et qu'il renonçait à y mettre en oeuvre un plan social.

En revanche, les hauts-fourneaux ne seront pas rallumés mais seulement maintenus en l'état dans l'attente d'une décision de la Commission européenne sur le projet Ulcos qui en ferait un site pilote pour le captage et l'enfouissement du CO2.

Le premier secrétaire de la fédération mosellane du Parti socialiste, Jean-Pierre Liouville, s'est lui-même adressé à Jean-Marc Ayrault pour lui demander "de rendre public dans les plus brefs délais l'accord signé avec M. Lakshmi Mittal".

"Ne pas le publier sous prétexte d'accords industriels connexes contribuerait à entretenir le doute", a-t-il précisé dans un communiqué.

Les investissements annoncés sont "absolument dérisoires", a-t-il dit à Reuters et le renoncement à un plan social est selon lui à relativiser du fait d'une pyramide des âges qui va mener bon nombre de salariés à la retraite.

Les services du Premier ministre ont apporté lundi une première précision, indiquant qu'ArcelorMittal s'engageait à maintenir "l'ensemble de ses centres industriels en France, notamment Dunkerque, Fos et Basse-Indre".

Il s'agit d'une réponse aux allégations de Hervé Gattegno, journaliste au Point, qui avait auparavant déclaré sur RMC que le maintien de l'activité sur ce dernier site, proche de Nantes, ville dont Jean-Marc Ayrault fut le maire, était une "clause secrète" de l'accord.

LES HAUTS-FOURNEAUX CONDAMNÉS

Le groupe a confirmé samedi les termes de cet accord, sans un mot sur les deux hauts-fourneaux, dont l'arrêt, en juillet et octobre 2011, avait motivé le déclenchement de la mobilisation syndicale en février dernier.

L'avenir de la filière à chaud, la partie de l'usine qu'ArcelorMittal avait accepté de vendre, suscite dès lors toujours interrogations et inquiétudes, les familiers du dossier ne pensant pas que les hauts-fourneaux puissent être pérennisés.

Edouard Martin, délégué CFDT et figure emblématique de l'intersyndicale, a accusé le gouvernement de trahison si se confirmait l'information selon laquelle la direction s'apprêterait à éteindre les hauts-fourneaux, installations qui doivent être maintenues en veille pour éviter leur destruction.

Mais Laurent Berger, nouveau secrétaire général de la CFDT, s'est chargé de démentir l'information.

"J'ai appelé le gouvernement hier soir, pour qu'on me dise que les hauts-fourneaux ne seraient pas coupés, comme il y avait la crainte à Florange, cette semaine", a-t-il dit sur RTL. "On a l'assurance que le gaz sera laissé jusqu'au moins en avril".

En dépit des propos de certains représentants de l'intersyndicale, centrales et représentants du personnel au niveau du groupe ont accueilli l'annonce de l'accord avec circonspection, mais comme une première victoire.

"Le combat des ?Florange' n'est pas vain", a affirmé samedi la Fédération générale des mines et de la métallurgie de la CFDT.

"RENONCEMENT CONDAMNABLE", DIT THIBAULT

La mobilisation, depuis neuf mois, des salariés de la dernière usine sidérurgique intégrée de Lorraine, s'est attiré un fort courant de sympathie mais n'a jamais mobilisé qu'une cinquantaine de syndicalistes et jusqu'à 150 salariés lors de manifestations.

Tous les syndicats, hormis la CFE-CGC, ont toutefois regretté l'abandon du projet de nationalisation transitoire, soutenu par Arnaud Montebourg, qui aurait été suivie par la vente du site à un autre industriel.

"Je qualifierais de renoncement condamnable du gouvernement" la décision de ne pas nationaliser, a déclaré lundi sur France Info le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault.

"Nous sommes bien informés par les attitudes de Mittal. Le dernier plan du genre a été pratiqué en Belgique (à Liège où le groupe a annulé ses projets d'investissements en septembre dernier, condamnant le site). Aujourd'hui, les activités sont rompues. Le groupe a déjà des problème de trésorerie gigantesque", a-t-il ajouté.

Les syndicats ont déjà indiqué à quelles conditions ils étaient susceptibles d'approuver l'accord.

Ils demandent qu'il s'applique également aux sous-traitants et aux intérimaires de la filière chaude, soit quelque 500 salariés en plus des 629 qui étaient concernés par le projet de plan social.

Ils exigent également la mise en place d'une commission tripartite -entreprise, gouvernement, syndicats- qui en précise les termes et en assure le suivi.

Gilbert Reilhac, édité par Yves Clarisse

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