Les suspects islamistes présentés mercredi à un juge

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PARIS (Reuters) - Douze islamistes présumés arrêtés samedi dans l'enquête sur un attentat à la grenade contre un commerce juif ont été transférés à Paris en vue de l'engagement de poursuites devant un juge d'instruction, apprend-on de sources policière et judiciaire.

Le parquet ouvrira mercredi une information judiciaire sans doute pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste", un délit passible de dix ans de prison.

Il devrait le faire aussi pour l'attaque contre une épicerie juive de Sarcelles (Val-d'Oise) le 19 septembre, qui recevra une qualification criminelle, punie plus sévèrement.

On ignorait mardi si tous les suspects seraient poursuivis. Jérémie Louis-Sidney, principal responsable présumé de ce qui est présenté par l'accusation comme une "cellule" terroriste, est mort lorsque les policiers venus l'arrêter à Strasbourg ont riposté à ses tirs de 357 Magnum.

Son ADN a été retrouvé sur les débris de la grenade de Sarcelles. La police a en outre découvert lors de perquisitions plus de 27.000 euros en espèces, des munitions, une liste d'associations juives de la région parisienne, des testaments laissant penser à un prochain passage à l'acte et du matériel informatique.

AUTRES ARRESTATIONS ?

Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, et le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, ont laissé entendre que le démantèlement de ce groupe n'était pas terminé.

"Nous continuerons sans faiblesse à combattre les groupes terroristes, qu'ils viennent de l'extérieur, ou qu'ils soient initiés de l'intérieur ainsi que les individus radicalisés qui menacent non seulement notre sécurité, mais également les valeurs les plus fondamentales de notre pays", a dit le chef du gouvernement mardi à l'Assemblée nationale.

Le groupe est composé, en l'état du dossier, exclusivement de jeunes Français d'une vingtaine d'années avec pour certains un casier judiciaire.

Ils n'ont pas apparemment effectué de formations militaires à l'étranger, comme cela a pu se voir dans les dossiers des "filières afghanes" des années 1990 ou irakiennes des années 2000, mais certains auraient connu une formation idéologique.

"Incontestablement, des séjours en Tunisie ou en Egypte ont conforté les parcours des interpellés de samedi. Il semblerait bien que certains d'entre eux avaient le projet d'aller combattre en Syrie. Nous devons donc améliorer la capacité du suivi de ces itinéraires", dit Manuel Valls dans un entretien à Paris Match.

VIDÉO SUR INTERNET

Il y a onze hommes et une femme - l'épouse de Jérémie Louis-Sidney - et les arrestations se sont produites en plusieurs lieux, à Cannes, Torcy (Seine-et-Marne), dans le Val-d'Oise et à Paris. Certains des suspects, comme Yann Nsaku, sont des chrétiens convertis à l'islam. Ce dernier avait posté une vidéo sur internet pour l'expliquer.

Ce phénomène de radicalisation "franco-français" est imputé par les autorités aux prisons françaises, où la surpopulation favoriserait la propagation d'idées extrémistes. Le ministère de l'Intérieur envisage donc d'agir en prison par une meilleure sélection des imams ou aumôniers.

Le syndicat FO-Pénitentiaire estime que le "prosélytisme en détention" fait l'objet d'une "omerta". Il rappelle toutefois dans un communiqué "que la prison ne pourra résoudre totalement l'échec scolaire, social, familial constaté chez un bon nombre de personnes incarcérées et qui pourraient être tentées de se radicaliser dans nos quartiers avant de rentrer en prison".

Les responsables de la communauté juive ont exprimé durant le week-end leur inquiétude, les dirigeants de la communauté musulmane soulignant pour leur part que les hommes arrêtés ne représentaient ni les musulmans ni les valeurs de l'islam.

Thierry Lévêque, avec Nicolas Bertin, édité par Gilles Trequesser

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