Les Suisses votent sur les réserves d'or et l'immigration

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* Trois "votations populaires" ont lieu ce dimanche * Le "non" devrait l'emporter, selon les enquêtes d'opinion * Résultat crucial pour les relations entre la Suisse et l'UE par Alice Baghdjian ZURICH, 30 novembre (Reuters) - Les Suisses sont appelés aux urnes ce dimanche pour trois référendums d'initiative populaire par lesquels ils doivent se prononcer sur l'éventuelle augmentation des réserves d'or de la banque centrale, l'instauration de quotas d'immigration et l'abandon des "forfaits fiscaux". L'organisation de "votations populaires" est possible en Suisse à condition de recueillir 100.000 signatures de soutien. Si la motion est adoptée, elle doit être inscrite dans la loi dans les trois ans. La multiplication de ces initiatives ces dernières années traduit l'inquiétude d'une partie de la société suisse face à la mondialisation - que ce soit l'immigration ou les pressions des partenaires commerciaux de la Suisse pour que cette dernière renonce à son modèle économique reposant sur le secret bancaire. "Ce dimanche est crucial pour l'avenir de la Suisse en Europe", écrivait jeudi le journal TagesAnzeiger. "Le vote sur l'immigration est aussi un vote sur les relations bilatérales avec l'Union européenne." Les récentes enquêtes d'opinion laissent penser que le "non" devrait l'emporter dans les trois votations. La première initiative, présentée par le Parti populaire suisse, un mouvement d'extrême droite, prévoit que la Banque centrale devra détenir au moins 20% de ses actifs en or (contre 8% à l'heure actuelle) et qu'elle ne pourra jamais se séparer de ces réserves, déjà les septièmes au monde. Si la motion est adoptée, la Banque nationale suisse, qui a appelé les électeurs à rejeter cette proposition, estime qu'elle devra acheter en cinq ans pour 70 milliards de francs suisses d'or (environ 58 milliards d'euros), soit deux-tiers de la production annuelle de ce métal. "CAPRICE DE L'EXTRÊME DROITE" Le poids d'une telle mesure inquiète les milieux économiques et financiers helvétiques, qui craignent notamment son impact sur le taux de change entre le franc suisse et les principales devises alors que la banque centrale doit déjà s'adapter à la baisse de l'euro. "Ce n'est certainement pas le bon moment pour dépenser des dizaines de milliards de francs pour satisfaire un caprice de l'extrême droite, alors que la Banque centrale européenne se prépare à lancer le mois prochain un assouplissement quantitatif de grande ampleur", souligne Ipek Ozkardeskaya, un analyste de la banque Swissquote. La seconde votation portera sur l'instauration d'un quota d'immigration qui se traduirait par la réduction de 75% du nombre d'étrangers actuellement autorisés à s'installer dans la Confédération. L'adoption de cette initiative compliquerait encore la tâche du gouvernement de Berne pour respecter le principe de libre circulation des citoyens, base des relations économiques entre la Suisse et l'Union européenne. La troisième initiative, intitulée "Halte aux privilèges fiscaux des millionnaires", pose la question de l'abandon des "forfaits fiscaux". Cette disposition permet aux étrangers résidents en Suisse mais qui n'y travaillent pas d'être imposés non pas en fonction de leurs revenus mais de leur train de vie, ce qui a fait de la Confédération une destination très prisée des milliardaires. Cinq cantons, dont celui de Zurich, l'ont déjà abolie et le Parti social démocrate a réuni les signatures nécessaires à la tenue de cette "votation populaire" en vue de son abrogation à l'échelle nationale. (Jean-Philippe Lefief et Tangi Salaün pour le service français) )

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