Les spectateurs lassés de payer plus le ciné 3D

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Certains mettent en cause la location ou la vente des lunettes nécessaires pour visionner les films en relief. Ils estiment que les exploitants de salles en profitent pour gonfler leurs marges.

Le soufflé retombe. Deux ans après le succès du film de James Cameron Avatar, les spectateurs se lassent des films en relief. Selon un sondage réalisé à la rentrée par Le Film Français, Allociné et UP3D, 80% d'entre eux auraient préféré voir les films 3D en 2D. La cause principale de ce désamour: la majoration du prix du billet de cinéma, que certains consommateurs imputent à la location des lunettes 3D par les salles. Ce surcoût varie en France de 1,50 à 4 euros, alors que le prix moyen d'un billet était de 6,32 euros en 2010, selon la Fédération nationale des cinémas français (FNCF). Dans un courrier au magazine 60 Millions de consommateurs, un spectateur relève que les lunettes 3D peuvent s'acheter pour moins de 5 euros sur Internet et s'interroge sur la politique des cinémas. «Ne s'agit-il pas là de vente forcée ou en l'occurrence de location, lorsqu'il faut restituer les lunettes à la sortie?»

Les choses ne sont pas si simples. «La loi n'interdit pas aux salles de cinéma de subordonner la vente d'un billet à la location ou l'achat d'une paire de lunettes 3D, sauf si cette pratique est jugée déloyale», explique Patricia Foucher, juriste de l'Institut national de la consommation (INC). C'est-à-dire si elle apparaît «trompeuse», selon la définition de l'article L.121-1 du Code de la consommation, ou «agressive» (article L.122-11). Tout repose donc sur l'interprétation du caractère «déloyal» de la vente et les plaintes éventuelles ne seront étudiées qu'au cas par cas. Un recours est d'autant plus complexe que «les professionnels remettent en cause la qualité des lunettes vendues sur Internet, en arguant que seules celles qu'ils louent ou vendent sont adaptées à la technologie 3D qu'ils utilisent dans leurs salles».

Des «profits colossaux»

Pour certains consommateurs, les cinémas réalisent des «profits colossaux» en louant plusieurs fois ces lunettes. Les exploitants de salles, de leur côté, leur opposent les «coûts incompressibles» qui justifient la majoration des billets. «Nous payons des droits de licence au développeur de la technologie 3D», souligne Jocelyn Bouyssy, directeur général des circuits CGR. Ces «royalties» s'élèvent à 40 à 50 centimes d'euros par billet en moyenne, dit-il. «La majoration nous permet aussi d'amortir les investissements réalisés pour numériser nos salles, une condition préalable à la 3D.» En trois ans, CGR a numérisé 100% de ses 420 salles. Coût de l'opération: entre 80 et 90.000 euros par écran. «Outre le coût du matériel de projection et les ‘royalties', les films en relief sont plus chers à produire que les films en 2D», ajoute Jean-Marie Dura, directeur du réseau de salles du groupe UGC, dont un tiers des 90 écrans est équipé pour la 3D. Or, plus de 40% du prix d'un billet est redistribué aux producteurs et distributeurs d'un film. «Pour les exploitants de salles, les films 3D coûtent plus cher que leur version en 2D», selon le responsable.

Ce modèle économique devrait évoluer, assure Jocelyn Bouyssy. Il fait le pari que la «majoration sur le prix du billet de cinéma devrait bientôt baisser», car les coûts de la 3D «devraient être mieux partagés». En attendant, dans une enquête menée par le site Le Courant.info, un cadre du groupe MK2 affirme qu'après déduction des frais liés à la 3D, les exploitants empocheraient au moins 30 centimes d'euros de bénéfice sur le prix d'un billet. Rien que pour Avatar, qui a séduit 15 millions de spectateurs en France, cette manne représenterait alors 4,5 millions d'euros de recettes supplémentaires!

 

 

Deux technologies 3D se partagent le marché en France

En France, 2368 salles sont équipées pour la 3D, sur un total de 3650 salles converties au numérique et pour un parc de 5465 salles, selon les derniers chiffres de la Fédération nationale des cinémas français (FNCF). Deux technologies se partagent le marché. «Le système dit ‘passif', tout d'abord, nécessite un écran adapté et des lunettes qui servent de filtre polarisant. Peu chères, ces lunettes peuvent être conservées ou jetées par le spectateur», explique Stéphane Landfried, chargé des questions techniques à la FNCF. «Le système ‘actif', lui, est plus lourd. Il s'appuie sur un boîtier en cabine de projection qui émet des signaux captés par les lunettes à cristaux liquides et synchronisés avec les images.» Les réseaux CGR et UGC ont tous deux misé sur la technologie «passive». «Nous avions auparavant expérimenté pendant trois mois le système ‘actif', mais il est plus adapté aux petits cinémas», raconte Jocelyn Bouyssy, directeur général des circuits CGR. En effet, la gestion de la récupération des lunettes à la sortie d'un film est un casse-tête pour les multiplexes. «Une paire de lunettes perdue représente un coût de 20 à 25 euros pour le cinéma», souligne le patron de CGR.

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