Les sous-traitants de PSA se préparent à une onde de choc

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par Gilles Guillaume

PARIS (Reuters) - La restructuration en cours chez PSA Peugeot Citroën risque de provoquer une onde de choc encore plus violente bien que moins visible chez les sous-traitants, souvent des petites entreprises très vulnérables face à la crise qui frappe l'industrie automobile en France.

PSA Peugeot Citroën a annoncé jeudi 8.000 nouvelles suppressions d'emplois en France, une réduction de la capacité de production de son usine de Rennes (Ille-et-Vilaine) et la fermeture de son site d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis).

"L'annonce de PSA fait peser un risque considérable sur l'ensemble de l'écosystème entrepreneurial qui l'entoure", a déclaré Guillaume Cairou, président du Club des entrepreneurs dans un communiqué publié après les annonces du premier constructeur automobile français.

"Il y a un risque d'effondrement de l'activité impactant 25.000 emplois au moins dans l'ensemble des PME déjà fragilisées par l'instabilité fiscale."

Il a lancé notamment un appel à Oseo, la banque de financement des PME, pour qu'elle mette rapidement en place des mesures de soutien de la trésorerie des entreprises comme lors du plan de relance de 2008.

Toute suppression de poste chez un constructeur a un effet démultiplicateur chez les fournisseurs. Selon des données 2010 du Comité des constructeurs français d'automobiles (CCFA), les activités de production de véhicules en France représentent en tout près de 600.000 emplois, dont seulement 160.000 dans la construction finale.

Chaque emploi supprimé dans l'assemblage peut ainsi entraîner la perte de trois ou quatre emplois dans le tissu fournisseur.

"PSA a une chaîne de valeur qui le dépasse, s'il réduit sa production ou ferme une usine, c'est aussi le tissu fournisseur qui s'écroule comme un château de cartes", observe Fred Dijoux, délégué syndical central de la fédération CFDT des mines et de la métallurgie.

MOINS DE 50 SALARIÉS DANS 80% DES CAS

L'usine PSA de Rennes emploie ainsi 5.600 personnes, mais induit directement et indirectement quelque 17.000 emplois dans toute la région bretonne. La fermeture de l'usine d'Aulnay, qui emploie de son côté 3.000 personnes, pourrait mettre en péril indirectement plus de 7.000 emplois dans les services et le commerce dans tout le département de Seine-Saint-Denis, a estimé vendredi la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME).

Les emplois menacés par ricochet sont par ailleurs souvent plus fragiles car les équipementiers -surtout ceux de rang 2 et plus, qui ne traitent pas en direct avec les constructeurs- ont rarement la taille critique pour parer à un ajustement brutal des commandes en amont.

Le Fonds de modernisation des équipementiers automobiles (FMEA), créé en 2009 pour soutenir les sous-traitants, estime qu'en 2011, 80% des entreprises automobiles françaises étaient des PME de moins de 50 salariés.

A Aulnay par exemple, si PSA compte reclasser la moitié des salariés de l'usine sur le site voisin de Poissy (Yvelines), rien ne dit qu'une proposition similaire sera faite aux employés de Magneto Automotive, le sous-traitant chargé d'emboutir les tôles sur place pour le compte du constructeur.

En juin 2009, pour éviter que les sous-traitants ne deviennent une variable d'ajustement en temps de crise, l'Etat avait également créé la "Plate-forme" de la filière automobile pour améliorer le dialogue entre les constructeurs et leurs fournisseurs, très dégradé par le fonctionnement en flux tendu et la pression permanente sur les prix.

Cette structure, présidée depuis mai dernier par l'ancien président de Michelin Michel Rollier, avait vu le jour dans un contexte de conflits sociaux très durs chez plusieurs sous-traitants de l'automobile: Molex, Continental ou encore New Fabris, où les salariés ont même menacé un moment de faire sauter leur usine.

Avec Pierre-Henri Allain, édité par Jean-Michel Bélot

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