Les sous-marins, succès industriel à point nommé pour Hollande

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    * La France exporte de mieux en mieux ses armements 
    * En témoigne le contrat géant à l'Australie 
    * Le président français y voit un signe que "ça va mieux" 
 
    par Simon Carraud 
    PARIS, 26 avril (Reuters) - Les négociations avec 
l'Australie censées déboucher sur la signature d'un contrat de 
34 milliards d'euros pour la construction et la maintenance de 
sous-marins constituent pour la France une double victoire, 
politique et industrielle, sur laquelle le gouvernement a 
immédiatement tenté de capitaliser. 
    L'annonce de mardi, fruit d'un an et demi de discussions en 
coulisses, tombe au meilleur moment pour l'exécutif, qui tente 
ces jours-ci faire passer dans l'opinion l'idée que "ça va 
mieux" sur le front économique. 
    "Une très grande fierté" et la preuve du savoir-faire 
industriel français, s'est félicité François Hollande, au 
lendemain de l'appel téléphonique providentiel du Premier 
ministre australien, Malcolm Turnbull. 
    Grâce à ce seul accord désormais en bonne voie, le pays 
reprendrait une place parmi les tout premiers exportateurs 
mondiaux d'armements. 
    Sur la période 2011-2015, la France était, avec 5% du marché 
mondial, le quatrième plus gros marchand, juste derrière la 
Chine, et loin des Etats-Unis et de la Russie, d'après un 
classement de l'institut suédois Sipri. 
    Les sommes en jeu dans le contrat australien - 34 milliards 
d'euros, dont environ huit pour le seul constructeur naval 
français DCNS et davantage encore en comptant les 200 
sous-traitants français - permettraient au secteur de l'armement 
français de résister au moins un temps à l'essor chinois.     
    "Pendant la phase de finalisation du contrat, dans les huit, 
dix mois qui viennent, l'organisation industrielle va être 
précisée", dit-on dans l'entourage du ministre de la Défense 
pour expliquer la difficulté à chiffrer la part exacte de 
l'industrie française dans le contrat. 
     
    "VICTOIRES TRÈS SYMBOLIQUES" 
    Il n'en reste pas moins que ces montants sont colossaux au 
regard de celui, fourni par la Direction générale de l'armement, 
de 16 milliards d'euros de commandes signées à l'exportation en 
2015 - déjà deux fois plus qu'en 2014. 
    Au-delà de l'aspect comptable, une telle vente servirait à 
la France de vitrine, moins sensible que les transactions avec 
l'Arabie saoudite ou l'Egypte, lucratives mais controversées 
compte tenu de la situation politique dans ces deux pays. 
    Début 2015, le Caire a passé une commande de 5,2 milliards 
d'euros comprenant les premiers Rafale exportés par Dassault 
Aviation  AVMD.PA  et une frégate multimissions Fremm de DCNS, 
le constructeur retenu par l'Australie. 
    "C'est vraiment une formidable nouvelle pour l'équipe de 
France après ce qu'on a déjà vécu en 2015", a déclaré à Reuters 
Patrice Caine, PDG de Thales, actionnaire à 35% de DCNS, faisant 
allusion aux exportations en Egypte et au Qatar du Rafale  qu'il 
équipe. "2016 continue avec des victoires très symboliques et 
des projets considérables." 
    La forte implantation de Thales en Australie, où le groupe 
emploie 3.200 personnes, a joué dans la victoire de DCNS, 
estime-t-on dans l'entourage de Jean-Yves Le Drian, ministre de 
la Défense et VRP de l'armement à la française. 
    Et, contrairement à ses concurrents allemand et japonais 
dans l'appel d'offre australien, la France assure largement le 
"service avant vente" de son armement, qu'elle utilise notamment 
au Moyen-Orient. 
     
    "DONNER DE L'ESPOIR" 
    "La France a montré par ses interventions que ses systèmes 
étaient compétents et compétitifs et qu'elle avait les hommes 
capables d'assurer la formation", d'après Loïc Tribot La Spière, 
du Centre d'étude et de prospective stratégique. 
    "Avec cette victoire, nous nous affirmons comme le pays au 
monde qui sait le mieux fabriquer des sous-marins", a déclaré 
mardi matin Jean-Yves Le Drian sur Europe 1. 
    Selon lui, "la qualité technologique a prévalu" dans cet 
appel d'offres, qui a mis la filiale de l'équipementier Thales 
en concurrence avec l'allemand Thyssenkrupp Marine Systems 
(TKMS)  TKAG.DE  et un consortium japonais. 
    "Pourquoi est-ce que nous vendons à l'exportation des 
capacités militaires ? D'abord parce que, avec les pays avec 
lesquels nous sommes en partenariat, nous avons des enjeux 
stratégiques communs", a ajouté Jean-Yves Le Drian.  
    "Ensuite, parce que le fait de vendre à l'extérieur 
consolide notre propre industrie de défense, donc consolide 
notre propre sécurité. Et ensuite, ça crée de l'emploi", a-t-il 
encore dit. 
    D'après Hervé Guillou, PDG de DCNS, 4.000 personnes sont 
"concernées" en France, "plus ou moins longtemps", par le projet 
qui concerne Cherbourg, mais aussi Brest, Lorient ou Nantes. 
    "Et le travail sur le design et le transfert de 
technologies, c'est à peu près quatre millions d'heures de 
travail", a-t-il précisé sur BFM Business. 
    Un décompte plutôt de bon augure pour l'industrie française, 
au moment où le chômage reste à des niveaux élevés.   
    "Ça ne va pas mieux pour tout le monde. A l'évidence, il y 
en a beaucoup dans notre pays qui souffrent (...). Mais il faut 
avoir confiance en nous-mêmes", a dit François Hollande, venu 
témoigner de sa satisfaction au siège de DCNS.  
    "Vous avez peut-être une responsabilité encore plus grande", 
a-t-il lancé aux employés du constructeur. "C'est de donner de 
l'espoir à ceux qui attendent un avenir meilleur."  
     
    LIRE EGALEMENT 
    DCNS en négociations pour des sous-marins   
    Comment la France a gagné la bataille navale   
 
 (Avec Cyril Altmeyer, édité par Yves Clarisse) 
 

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