Les sondeurs britanniques dans la tourmente

le , mis à jour à 09:35
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par Estelle Shirbon LONDRES, 9 mai (Reuters) - Les électeurs britanniques ont infligé une sévère défaite au Parti travailliste, mais aussi aux instituts de sondage, qui annonçaient une tout autre issue pour les législatives de jeudi. Tout au long de la campagne, le Labour a fait jeu égal avec le Parti conservateur dans les intentions de vote, or le scrutin s'est soldé par une très large victoire du second. Avec 331 sièges, soit 99 de plus que les travaillistes, les Tories disposent à eux seuls d'une solide majorité, ce qui n'était pas arrivé depuis 1992. "Il n'y a qu'un sondage qui compte, c'est celui du scrutin et je pense que ça n'a jamais été plus vrai qu'aujourd'hui", a souligné le Premier ministre David Cameron, après sa propre réélection dans la circonscription de Witney. La plupart des instituts créditaient les deux grandes formations d'un score équivalent aux alentours de 33%, parfois avec un ou deux points d'écart, or les conservateurs ont recueilli 37% des voix, soit six points de plus que les travaillistes. Lorsque les résultats beaucoup plus justes du sondage réalisé à la sortie des urnes sont tombés, le scepticisme était tel que Paddy Ashdown, ancien chef de file du parti libéral-démocrate, s'est dit prêt à "manger son chapeau" s'ils s'avéraient exacts. Beaucoup l'ont depuis mis au défi de mettre sa promesse à exécution, le revers des Lib-Dems ayant été encore plus grave que l'enquête ne l'annonçait. Le politologue John Curtice, président du Conseil britannique des instituts de sondage, a annoncé l'ouverture d'une enquête, confiée à des statisticiens indépendants, et a évoqué deux pistes : un renversement de dernière minute en faveur des conservateurs et un problème méthodologique. "Il y a des précédents. Le fait est que, dans presque tous les scrutins récents, les sondages ont eu tendance à sous-estimer les conservateurs et à surestimer le Labour", reconnaît-il. Certains instituts admettent s'être complètement fourvoyés sans comprendre pourquoi. "Le résultat des élections doit amener tous les sondeurs à se poser de sérieuses questions", dit Populus, l'un des plus en vue, sur Twitter. "NOUS SOMMES SOUS LE CHOC" Sur la défensive, d'autres, comme Survation, ComRes ou Ipsos MORI, rappellent qu'ils ont prédit le triomphe du Parti nationaliste écossais, le naufrage des Lib-Dems et le succès des europhobes du Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP). La dispersion des voix, qui a donné "la migraine" aux sondeurs, a tellement transformé le paysage politique que les législatives se sont résumées à un "patchwork de batailles régionales" sans grand rapport avec les tendances nationales, fait quant à lui valoir Andrew Hawkins, président de ComRes. Le scrutin de 1992, rappelle Rob Ford, professeur de sciences politiques à l'université de Manchester, avait déjà fait mentir les sondages. Donnés gagnants, les travaillistes avaient finalement été devancés de neuf points par les Tories. "Les instituts de sondage parlent toujours de 1992 sur un ton horrifié. Ils peuvent désormais ajouter 2015 à leur musée des horreurs", ironise le chercheur. En 1992, l'erreur avait été imputée aux "shy Tories", les électeurs conservateurs qui n'osaient pas exprimer leur choix, mais qui ont effectivement voté conservateurs. Le phénomène s'est sans doute reproduit cette fois, mais ses conséquences ont sans doute été beaucoup plus marginales, dans la mesure où les instituts le prennent désormais en compte, estime Rob Ford. D'autres s'interrogent sur les méthodes utilisées pour constituer les échantillons, que seule l'expérimentation permet d'ajuster. "Au Royaume-Uni comme ailleurs, les sondages semblent de moins en moins exacts parce qu'il est de plus en plus difficile de contacter des échantillons d'électeurs représentatifs", écrit Nate Silver, l'un des grands pontes des sondages aux Etats-Unis, sur son site FiveThirtyEight. Il est donc également possible qu'au tout dernier moment, les indécis aient basculé massivement en faveur des conservateurs, poursuit Rob Ford. Reste à savoir pourquoi tant d'enquêtes donnaient un résultat si éloigné de la réalité. "Il y avait différents instituts avec différentes méthodologies, mais tous sont passés à côté. C'est un très, très gros ratage et, à ce stade, on ne comprend pas pourquoi. Nous sommes sous le choc", dit-il. (Jean-Philippe Lefief pour le service français)

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  • s.thual le samedi 9 mai 2015 à 09:54

    il n y a pas que dans ce genre de sondage qui peut etre sujet a de nombreux facteurs de derniere minute pour etre detrompés , mais regardons déjà en bourse et finances toutes les erreurs des experts,,,petrol or actions immobilier,,,mettez leurs déclarations au fil des jours , c est encore pire !et meme quand on est nombreux a leur dire qu ils se trompent ils ne vous croient pas ! parfois on peut meme les suspecter de vouloir surtout influencer en faveur de ,,,,mais leurs compétences ???

  • janaliz le samedi 9 mai 2015 à 09:32

    Ce qui pose quand même le principe de leur existence, vu que insidieusement la promulgation de ces hypothèses influencent certainement le choix des électeurs, soit en réaction, soit par effet moutonnier.