Les sondages ne voient plus François Bayrou "troisième homme"

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FRANÇOIS BAYROU EN PERTE DE VITESSE DANS LES SONDAGES
FRANÇOIS BAYROU EN PERTE DE VITESSE DANS LES SONDAGES

par Marine Pennetier

PARIS (Reuters) - François Bayrou, qui avait créé la surprise en 2007 en arbitrant le duel entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, voit s'éloigner l'espoir de conserver son titre de "troisième homme" de l'élection présidentielle en 2012, selon les analystes.

Le candidat du MoDem, dont le discours antisystème avait séduit il y a cinq ans 18,57 % des électeurs au premier tour, souffre d'un resserrement de l'espace politique au centre qui s'est accentué après l'assassinat de sept personnes par Mohamed Merah, qui a été abattu jeudi dernier par la police.

Dans deux sondages publiés mardi, le candidat centriste apparaît en perte de vitesse et arrive en cinquième position, derrière Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et les deux favoris, Nicolas Sarkozy et François Hollande.

Selon un sondage Ipsos réalisé pour Radio France, France Télévisions et Le Monde, le candidat du Front de Gauche gagne 1,5 point en une semaine, à 13%, devant le candidat du MoDem (-1,5 point, à 11,5%) mais derrière la présidente du FN qui gagne un point à 16%.

Une étude distincte Harris Interactive pour VSD et LCP semble confirmer le décrochage de François Bayrou et la "tentation Mélenchon" entamée la semaine dernière dans un sondage BVA qui plaçait pour la première fois le candidat au rang de troisième homme de l'élection (14%), devant Marine Le Pen (13%) et François Bayrou (12%).

Dans le sondage Harris Interactive, Marine Le Pen reste stable à 16% des suffrages et Jean-Luc Mélenchon progresse de 2 points, à 13% devant le candidat centriste, qui continue de perdre du terrain (11%, -1 point).

CONTRECOUP DE L'AFFAIRE MERAH

Après avoir quasiment doublé son score dans les intentions de vote en récupérant des déçus de Nicolas Sarkozy cet hiver, le député des Pyrénées-Atlantiques subit de plein fouet les répercussions de l'affaire Mohamed Merah, dont la gestion par le chef de l'Etat est saluée par deux tiers des Français.

"On est dans une séquence où les électeurs de droite vont revenir vers Nicolas Sarkozy", souligne Gaël Sliman, de l'institut BVA.

"Le chef de l'Etat s'est 'représidentialisé' avec l'affaire Mohamed Merah, il a moins intérêt à se positionner très à droite. Et François Hollande, à part la proposition de la création d'une tranche d'imposition fixée à 75% des revenus annuels supérieurs à un million d'euros, ne s'est pas spécialement gauchisé. Il y a donc moins d'oxygène, moins d'espace pour Francois Bayrou."

Le déclin amorcé par François Bayrou dans les sondages pourrait s'inscrire dans la durée, soulignent les sondeurs, qui doutent d'une possibilité d'un rebond.

"La difficulté que rencontre aujourd'hui François Bayrou, c'est son discours selon lequel les Français refusent le système bipartisan gauche-droite et refusent qu'il y ait une forme de bipolarisation de la vie politique", explique Jean-Daniel Lévy, de Harris Interactives.

Contrairement à 2007, "cela ne fonctionne pas, il y a un refus qui peut être intellectuel mais qui ne se traduit pas aujourd'hui dans le cadre du comportement électoral des Français."

Il y a cinq ans, le candidat du MoDem avait également profité de la candidature de la socialiste Ségolène Royal qui "déstabilisait beaucoup plus fortement une frange de son électorat que ne le fait aujourd'hui François Hollande."

BATAILLE ENTRE LES EXTRÊMES

Preuve du décrochage du candidat béarnais, François Bayrou est de plus en plus populaire dans les sondages de popularité.

"Tout se passe comme s'il était perçu par les gens comme étant un grand témoin mais pas un acteur", relève Gaël Sliman. "C'est ce qu'on peut observer concernant des Bertrand Delanoë, des Bernard Kouchner ou des personnalités qui apparaissaient neutres, extérieures au système. C'est ce qui semble se produire pour François Bayrou."

Avec la disqualification anticipée du leader du MoDem, la course au titre de "troisième homme" devrait se jouer entre l'extrême droite, avec Marine Le Pen, et l'extrême gauche incarnée par Jean-Luc Mélenchon.

Sous l'impulsion de son rassemblement place de la Bastille, le candidat du Front de Gauche est arrivé pour la première fois depuis le début de la campagne en troisième position dans un sondage BVA publié la semaine dernière.

"Jean-Luc Mélenchon joue le rôle de trublion qu'avait joué François Bayrou à cette époque-là mais ce n'est pas le même type d'électorat ni le même type de campagne", indique Daniel Lévy.

Quant à Marine Le Pen, la "représidentialisation" de Nicolas Sarkozy lui ouvre un boulevard et une voie beaucoup plus dégagée qu'elle ne l'était ces dernières semaines", conclut Gaël Sliman.

Edité par Yves Clarisse

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