Les scènes hallucinantes de la tuerie de Toulouse

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par Guillaume Serries

TOULOUSE (Reuters) - Lundi à 07h55, dans l'étroite rue Dalou du quartier résidentiel de la Roseraie à Toulouse, un homme casqué descend d'un scooter de forte cylindrée.

Il ouvre aussitôt le feu sur les adultes et les enfants présents devant le portail de l'établissement scolaire juif Ozar Hatorah pour l'ouverture des classes.

La scène, filmée par les trois caméras de surveillance positionnées de part et d'autre du lourd portail vert, est hallucinante : le tireur abat à bout portant un homme de 30 ans, professeur d'hébreu, et son fils, âgé de 2 ans.

La petite fille de six ans du professeur parvient à s'enfuir dans la cour de l'établissement mais le tireur la poursuit sur une dizaine de mètres, la rattrape, et l'abat, selon les témoins.

Il tire également sur une fillette de 8 ans, la fille du directeur de l'école, ainsi que sur un lycéen de 17 ans, gravement blessé.

Le tireur fait alors demi-tour, sort de l'établissement, et s'enfuit sur son scooter, toujours filmé par les caméras de surveillance.

La fille du directeur est transportée par un lycéen dans la synagogue de l'école, où son père termine la prière du matin.

"Cet homme à vu mourir sa petite fille sous ses yeux", dira quelques heures plus tard le président Nicolas Sarkozy, arrivé à 11h30 sur les lieux du drame.

Peu de temps avant, le directeur de l'école, portant une kippa, le visage hagard, et la mère des deux enfants dont le mari a été également tué, portant une longue robe et un foulard noir, étaient évacués, soutenus par des proches.

Arrivé sur les lieux vers 9 heures, Michel Valet, le procureur de Toulouse, effectue les premières constatations: au moins 6 impacts de balle sont relevés sur la barrière en métal située à droite du portail.

DES SONNERIES DANS LE VIDE

C'est une arme de gros calibre, 11.43, qui a été utilisée, la même que pour les meurtres de militaires la semaine dernière à Toulouse puis à Montauban.

Le tireur a également fait usage d'une seconde arme, certainement de calibre 9 mm, parce que la première se serait enrayée, explique Michel Valet.

Dans la foulée, le parquet de Toulouse est dessaisi de l'enquête, au profit de la section antiterroriste du parquet de Paris, qui est sur l'hypothèse d'un même auteur, "avec des actes prémédités, organisés et réfléchis".

Le nouveau magistrat responsable de l'enquête, Olivier Christen, précise qu'un autre magistrat parisien doit arriver dans les heures qui viennent à Toulouse.

"On ne peut pas ignorer qu'il s'agit d'une école juive", explique un jeune homme, présent sur place, portant la kippa.

Cet établissement, qui dispose d'un service d'ordre armé, n'est pas particulièrement repérable. Il est situé dans un quartier calme, desservi par une petite rue.

Les liens effectués par le procureur et les services de police entre cette affaire et les meurtres de militaires la semaine dernière à Toulouse et à Montauban laissent à penser à des motivation plus larges.

Le tireur a en effet ciblé des hommes d'origine maghrébine et antillaise, avant de s'en prendre lundi à la communauté juive.

"La prudence est la règle", précisera Nicolas Sarkozy à son arrivée sur place. "Tout doit être mis en ouvre pour que le tireur soit arrêté".

A cet instant, dans la cour de récréation, deux sonneries de l'établissement se mettent à sonner. Elles indiquent la fin des cours de la matinée, l'heure du repas. Elles sonnent dans le vide. Il n'y a plus d'enfants dans l'école.

Edité par Yves Clarisse

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