Les Saoudiennes autorisées à voter pour la première fois

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    par Angus McDowall  
    RYAD, 12 décembre (Reuters) - Pour la première fois, les 
femmes saoudiennes sont autorisées à voter et à se présenter aux 
élections municipales de ce samedi en Arabie saoudite mais cette 
évolution n'est qu'un petit pas franchi vers l'égalité des 
sexes. 
    "Depuis dix ans, depuis que les hommes ont voté pour la 
première fois, nous attendions cette occasion", explique Faouzia 
al Harbi, une candidate parmi le petit millier de femmes à 
briguer les suffrages de leurs compatriotes. 
    Sa campagne auprès des électeurs, elle l'a menée en abaya, 
la robe longue et couvrante qui ne laisse que les yeux et les 
mains apparents, avec des accompagnateurs masculins à ses côtés. 
    L'Arabie saoudite est le seul pays au monde qui interdit aux 
femmes de conduire et les oblige à avoir un "tuteur" masculin, 
généralement leur père, leur mari ou leur frère, qui peut les 
empêcher de voyager, de se marier, de travailler voire d'avoir 
accès à certaines interventions médicales. 
    Sous le règne de feu le roi Abdallah, auquel a succédé le 
roi Salman, le royaume a cependant mis en oeuvre quelques 
réformes pour faire progresser les droits des femmes qui restent 
toutefois strictement encadrés et qui se heurtent à la 
résistance du pouvoir religieux et de l'ultraconservatisme de la 
société saoudienne. 
    L'Arabie saoudite va ainsi permettre aux veuves et aux 
divorcées de prendre en main seules les affaires domestiques et 
familiales, rapportait au début du mois le quotidien d'Etat Al 
Riyadh. (voir  ID:nL8N13R23E ) 
     
    7.000 CANDIDATS DONT 978 FEMMES 
    Avec la possibilité qui leur est accordée de voter pour la 
première fois, le royaume wahhabite fait du Vatican le dernier 
Etat au monde où les femmes n'ont pas le droit de vote (exclues 
de la prêtrise, elles ne peuvent de fait accéder au rang de 
cardinal et prendre part à l'élection du pape). 
    Mais cette ouverture reste timide, de même que la 
libéralisation des institutions saoudiennes. 
    Les électeurs auront samedi la responsabilité de désigner 
deux tiers des membres des conseils municipaux, contre la moitié 
seulement lors des scrutins de 2005 et 2011 dont les femmes 
étaient exclues. 
    Mais les partis politiques restent interdits et plusieurs 
candidatures ont été invalidées. La campagne est par ailleurs 
strictement régentée. 
    Traduction du peu d'attentes placées dans les futurs élus: 
sur les 20 millions de Saoudiens, seuls 1,74 million d'hommes et 
130.000 femmes seulement (moins de 10%) se sont inscrits sur les 
listes électorales. Sur les 7.000 candidats en lice, on ne 
compte que 978 femmes. 
     
    ÉVOLUTION LENTE 
    La famille régnante des Saoud n'a nullement l'intention de 
partager le pouvoir avec des dirigeants élus, soulignent des 
analystes, et redoute que des campagnes électorales énergiques 
ou des réformes sociales trop rapides ne débouchent sur des 
troubles. 
    Et même si le sujet fait l'objet d'un débat en privé, la 
possibilité de procéder à des élections pour le Conseil de la 
Choura, sorte de parlement aux membres désignés par le pouvoir, 
demeure une lointaine perspective. 
    "Les Saoud reconnaissent la nécessité d'un changement. Ils 
ont commencé avec ces élections municipales", note le 
politologue saoudien Khaled al Dakhil. "Ils n'en parlent pas en 
public, mais en privé, ils discutent d'élections au Conseil de 
la Choura", ajoute-t-il. 
    En 2011, peu après que feu le roi Abdallah eut annoncé que 
les femmes pourraient participer aux élections municipales, le 
grand mufti, plus haute autorité cléricale, avait écrit 
qu'autoriser des femmes à prendre part à la vie politique 
revenait à "ouvrir la porte au diable". 
    Début 2013, Abdallah a néanmoins désigné 30 femmes parmi les 
150 membres du Conseil de la Choura. 
 
 (avec Magdalena Mis à Londres; Henri-Pierre André pour le 
service français) 
 
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