Les salariés d'Alcatel-Lucent sous le choc

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LES SALARIÉS D'ALCATEL-LUCENT SOUS LE CHOC
LES SALARIÉS D'ALCATEL-LUCENT SOUS LE CHOC

par Pierre-Henri Allain

RENNES (Reuters) - L'annonce de la fermeture du site Alcatel-Lucent de Rennes a été ressenti comme un "coup de massue" et "une trahison" par les salariés, qui ont spontanément débrayé mardi matin devant leurs locaux, à la périphérie de l'agglomération.

L'équipementier du secteur des télécommunications a annoncé la suppression de 10.000 postes dans le monde, dont environ 900 en France, dans le cadre d'un plan visant à économiser un milliard d'euros d'ici 2015.

L'usine de Rennes, qui emploie 120 personnes, est un des sites touchés.

"Les gens sont anéantis, ils ont l'impression qu'on leur tape sur la tête en permanence", déclare à Reuters Pierre Ketels, délégué CFDT. "Après avoir déjà vécu la fermeture du site de Cesson-Sévigné, près de Rennes, en 2007, ils ont un sentiment de trahison exacerbé."

Parmi quelque dizaines de personnes rassemblées devant l'immeuble de verre d'Alcatel-Lucent, beaucoup ont déjà subi les restructurations d'il y a six ans, avec parfois un déménagement à la clé. Elles ont l'impression de revivre la même situation.

"On a un sentiment de gâchis. Alors qu'on s'est réinvesti dans d'autres activités, il va falloir à nouveau essayer de se projeter dans l'avenir, avec toutes les questions que cela pose sur le plan familial et professionnel", s'inquiète Jacques Viel, un ingénieur de 50 ans.

Malgré les rumeurs qui couraient dans l'entreprise sur la fermeture des sites les plus modestes, beaucoup croyaient encore à la pérennité de celui de Rennes, où la moyenne d'âge, entre 40 et 45 ans, est une des plus basses du groupe en France.

"On a l'impression que cette fermeture ne repose pas sur des critères objectifs mais est avant tout dogmatique. On avait l'habitude de travailler en multi-sites depuis des années, ce qui ne coûte pas énormément cher", remarque Pierre Ketels.

PROTESTATION DES ÉLUS NANTAIS

Malgré des annonces rassurantes pour le site de Lannion, en Côtes d'Armor, dont l'activité 4G devrait être renforcée, l'inquiétude est aussi de mise chez les quelque 750 salariés de cet établissement, qui ont débrayé plusieurs fois ces dernières semaines pour protester contre des menaces de licenciements.

"Même si le site est maintenu, nous allons aussi subir de nouvelles suppressions de postes, alors que nous sortons à peine du 'plan performance' qui a supprimé 120 emplois à Lannion depuis mai dernier", redoute Hervé Lasalle, délégué CFDT.

A Rennes comme à Lannion, on attend désormais le détail des restructurations et, pour le site rennais, où l'on travaillait à la fois sur les technologies 4G, les produits vidéo pour la téléphonie mobile et les messageries automatiques, les possibilités éventuelles de reclassement.

Les élus de la région nantaise ont également dénoncé le plan de restructuration, qui se traduira selon eux par la fermeture du site d'Orvault (Loire-Atlantique), avec plus de 500 emplois supprimés.

"La fermeture annoncée est un non-sens. Le site d'Orvault doit au contraire être conforté", écrivent Jacques Auxiette, président de la région Pays-de-la-Loire, Philippe Grosvalet, président du conseil général de Loire-Atlantique, Gilles Retière, président de Nantes Métropole et Patrick Rimbert, maire de Nantes, dans un communiqué.

Ces élus "exigent de la direction d'Alcatel-Lucent France de renoncer à ce plan et de préserver l'emploi en France et notamment sur le site d'Orvault".

Ailleurs en France, le site de Toulouse devrait aussi être fermé rapidement. Ceux d'Eu (Seine-Maritime) et d'Ormes (Loiret) ont vocation à être cédés d'ici 2015.

Avec Jean-Baptiste Vey à Paris, édité par Emmanuel Jarry

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