Les "sages" contraignent Lisbonne à trouver d'autres économies

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LE PORTUGAL CONTRAINT DE TROUVER D'AUTRES ÉCONOMIES
LE PORTUGAL CONTRAINT DE TROUVER D'AUTRES ÉCONOMIES

par Andrei Khalip

LISBONNE (Reuters) - Le gouvernement portugais va devoir couper dans les dépenses de santé ou l'éducation pour atteindre les objectifs du plan de sauvetage, après l'invalidation de mesures d'austérité dans les services publics.

La Cour constitutionnelle a censuré vendredi la baisse programmée des primes de vacances dont bénéficient les fonctionnaires et les retraités. De même, les diminutions des indemnités-maladie et des indemnités-chômage ont été jugées contraires à la Constitution. Les hausses d'impôts d'une ampleur sans précédent ont en revanche été validées.

Cet arrêt risque de creuser le fossé entre une fonction publique qui semble protégée et un secteur privé mis à mal par une récession sans précédent depuis les années 70.

Bien que leurs traitements aient baissé plus vite que ceux des salariés du privé, les fonctionnaires gagnent encore deux fois plus en moyenne.

Tous pâtissent néanmoins d'une hausse sans précédent de la fiscalité mise en oeuvre depuis janvier et la plupart des économistes tablent sur de nouvelles mesures d'austérité qui risquent d'aggraver ou de prolonger la récession.

"Cette décision m'a beaucoup inquiétée (...) C'est dans la fonction publique que le gouvernement doit trancher", estime Sonia Castro, une secrétaire au chômage âgée de 39 ans.

RIGUEUR

Le Premier ministre, Pédro Passos Coelho, a parlé dimanche "d'obstacles et des risques sérieux" pour l'exécution du budget cette année et en 2014.

Il a toutefois réaffirmé l'engagement de son gouvernement à mettre en oeuvre le programme d'assainissement des finances publiques et de l'économie dans le cadre du plan de renflouement de 78 milliards d'euros négocié avec l'Union européenne et le Fonds monétaire international en 2011.

Lisbonne s'est engagé à ramener son déficit public de 6,4% du PIB en 2012 à 5,5% cette année.

Les partenaires européens du Portugal - notamment le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble - se sont empressés de rappeler la nécessité de maintenir le cap de la rigueur et donc de prévoir de nouvelles réductions des dépenses publiques.

La Commission européenne a quant à elle invité le Portugal à rester fidèle aux mesures d'austérité prévues par ses créanciers internationaux s'il veut disposer de plus de temps pour rembourser les prêts liés à son plan de sauvetage.

Si elle l'a fragilisé, la décision de la Cour constitutionnelle n'a toutefois pas causé la perte du gouvernement, qui a en outre échappé la semaine dernière à une motion de censure et obtenu l'appui du président Anibal Cavaco Silva.

PAS DE CRISE POLITIQUE

"L'essentiel, c'est qu'il n'y a pas de crise politique, que le gouvernement reste en place et qu'il n'est pas prévu de renégocier les objectifs du plan de sauvetage. Les choses auraient pu tourner beaucoup plus mal", souligne Filipe Garcia, directeur d'Informaçao de Mercados Financieros, une société de conseil de Porto.

S'il décide de tailler dans les dépenses de santé et les retraites, l'exécutif risque toutefois d'avoir de nouveau affaire aux "sages".

"Ils vont devoir trouver des solutions qui ne soient pas contraires à la position de la Cour constitutionnelle, mais je pense qu'il est possible de faire des économies y compris dans la santé en évitant la censure de la Cour. A en juger par sa première réaction, le gouvernement a un plan B tout prêt", poursuit Filipe Garcia.

Les observateurs évoquent ainsi le gel des investissements dans le système hospitalier et la réduction des remboursements, qui permettrait de dégager des centaines de millions d'euros.

"Le fossé budgétaire qui s'ouvre est assez large, mais pas impossible à combler avec d'autre mesures", écrivent quant à eux les analystes de Citi, selon lesquels l'arrêt de vendredi pourrait toutefois retarder le retour du Portugal sur les marchés.

Jean-Philippe Lefief pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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