Les Roms privés de droit de sortie en Macédoine

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LA MACÉDOINE TENTE D'EMPÊCHER SA POPULATION ROM DE QUITTER LE TERRITOIRE
LA MACÉDOINE TENTE D'EMPÊCHER SA POPULATION ROM DE QUITTER LE TERRITOIRE

STRASBOURG (Reuters) - Le Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe dénonce, dans un rapport publié mardi, les mesures adoptées par la Macédoine pour empêcher ses citoyens, principalement les Roms, de quitter le pays et de demander l'asile dans un Etat membre de l'Union européenne.

Ces restrictions font suite aux mises en demeure de l'Union européenne, inquiète de l'afflux de réfugiés originaires des Balkans, depuis qu'elle a supprimé, en 2009, l'obligation de visas pour les citoyens de Macédoine, de Serbie, du Monténégro et de Bosnie-Herzégovine.

Le nombre de demandeurs d'asile en provenance de l'ex-Yougoslavie reçus par l'UE et la Suisse est passé de 838 en 2009 à 6.289 en 2010, selon le Haut-commissariat aux réfugiés des Nations unies.

"Les mesures adoptées par les autorités macédoniennes en réponse aux demandes de l'UE interfèrent avec la liberté de quitter un pays, y compris le sien, que garantit l'article 2 du protocole 4 de la Convention européenne des droits de l'homme", souligne dans son rapport Nils Muiznieks, commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe.

Elles contreviennent également "au droit de chercher asile dans un autre pays pour échapper à la persécution, qui est inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l'homme", ajoute-t-il.

L'importance croissante des migrations de Roms originaires des Balkans "puise ses racines dans la pauvreté et l'exclusion", affirme le commissaire en invitant les autorités à "s'attaquer systématiquement aux facteurs qui contribuent" à cette situation.

En réaction à la menace de l'Union européenne de rétablir le régime des visas, la Macédoine a notamment introduit la possibilité de confisquer pour un an le passeport de toute personne refoulée d'un pays tiers.

Elle a également renforcé les contrôles aux frontières et interdit la sortie du territoire aux personnes suspectées d'être de faux demandeurs d'asile, sur la base d'un "profilage" qui ciblerait notamment les Roms, ce que Skopje dément.

Selon Nils Muiznieks, qui cite le ministère macédonien de l'Intérieur, 7.000 Macédoniens auraient été empêchés de quitter leur pays depuis décembre 2009, y compris pour se rendre en Serbie.

Dans leur réponse, les autorités macédoniennes se défendent de toute violation de la Convention européenne des droits de l'homme en soulignant que celle-ci autorise des restrictions à la liberté de circulation quand il en va "des intérêts de la sécurité nationale, de l'ordre public ou de la prévention du crime".

Gilbert Reilhac, édité par Patrick Vignal

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